| UNSPECIAL
No 613 Décembre - December 2002
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| ÉDITORIAL INTERVIEW Vers l'universalisme
de la connaissance? PERSONNEL Le HIV/SIDA
sur le lieu de travail SPÉCIAL ESCALADE 400e ammiversaire
de l'Éscalade de 1602 ARTS Que mangerons-nous
demain?
LAST MINUTE WHO's 8th
Annual Solidarity Fair/8e Fête de solidarité de l'OMS
OBITUARY Doreen Maria
Brown, WHO ROSES & CACTUS Des roses et des cactus/Roses and cactus |
La «résistance au changement»Marlène Sequeira, ONU Les événements de ces derniers jours relatifs à la représentation du personnel et la manière avec laquelle ils se sont développés me poussent à madresser à chacun de vous pour éclairer un tant soit peu le long chemin ardu que doit parcourir un responsable syn- dical du XXIe siècle. Ce qui suit est fondé sur la notion de «résistance au changement» de certains groupes qui sarc-boutent sur des méthodes vieilles de plus de vingt ans pour empêcher par tous les moyens le changement nécessaire à toute société qui évolue avec son temps.
Je reconnais que les opinions qui existent sur la «résistance au changement» et la manière de la gérer peuvent être variées. Toutefois, mes décennies de travail au service de lOrganisation des Nations Unies mont offert la possibilité dêtre témoin de toutes les réformes entreprises par lOrganisation et de toutes les contraintes y attachées. Jai ainsi en mémoire lépoque où les coupures budgétaires étaient si importantes que quelques secrétaires récoltaient dans les couloirs et les ascenseurs les trombones que le magasin ne pouvait plus fournir faute de fonds. Le verso des documents imprimés servait de papier brouillon et les feuilles non utilisées sur toute leur longueur étaient découpées au massicot pour ne pas tout perdre. Lorsque lOrganisation a décidé de passer de la machine à écrire manuelle à la machine électrique, puis à la machine électrique à boule, il a fallu une période dadaptation. Lorsquil a été décidé de moderniser les sections de traitement de texte (anciennement appelées «pools dactylographiques») et dinstaller des Wang, nos collègues de New York se sont mis en grève ; à pré- sent, personne ne doute de la nécessité de travailler sur ordinateur. A chaque fois quun changement a eu lieu sans heurt et avec la participation de tous les acteurs, il y avait eu concertation, discussions parfois vives mais il y avait eu dialogue et échange. Il nexiste aucune raison pour que nous fassions quoi que ce soit dune façon précise, sil ny a pas eu dabord une explication donnée, des exemples fournis pour appuyer la raison du changement. Nous préférons et cest humain assurer la continuité du «connu», qui nest pas une menace. Nous avons ten- dance à étendre lhorizon de nos connaissances doucement et avec pré- caution, car nous percevons linconnu comme un danger potentiel. Je voudrais prendre pour exemple un film dhorreur classique. Ce nest pas davoir vu la hache du méchant couper la tête de quelquun qui nous a effrayés ; ce nest pas non plus davoir vu le méchant pen- dant les trois minutes qui ont précédé lacte qui nous a fait peur. Ce qui nous effraie cest de ne pas savoir ce qui va se passer ou quand ça va se passer. Ces deux notions: lincertitude et la percep- tion de la menace au statu quo sont les plus importantes à prendre en considération lorsque lon veut essayer de comprendre et de gérer la résistance au changement. Le changement est considéré par de nombreux collègues comme négatif. Lhistoire individuelle nous porte à éviter le changement, facteur de perte dem- ploi, de fonctions, de prestige et de tant dautres éléments liés à linconnu. En fait, lhistoire syndicale du XXe siècle est jonchée de ces enquêtes menées par des représentants du personnel pour prouver que le changement proposé était inacceptable. Plusieurs dentre eux ont mené ces enquêtes non pas pour voir si lon pouvait accepter le changement mais pour voir comment le saboter. Lincertitude qui naît du changement a des effets très négatifs sur certaines per- sonnes. Lorsque lincertitude sur ce qui va se passer quant à leur situation actuelle est associée à lincertitude quant à leur propre capacité à gérer une nouvelle situation, le pessimisme et la peur du «pire» sinstallent. Bien sûr, ces personnes ne vont pas exprimer ce pes- simisme par crainte dêtre considérées comme allant à contre-courant. Et, si la période dincertitude sallonge, alors elles font de la «résistance». Offrir des propositions de changement a toujours été une entreprise à haut risque ; mais, ce nest certainement pas une raison pour ne pas proposer le chan- gement. Le Conseil de coordination du personnel de lOffice des Nations Unies à Genève a travaillé pendant près de deux ans sur une proposition de nouveau règlement électoral qui permet au personnel de pouvoir choisir ses repré- sentants en toute liberté, par un panachage des candidats (individuels et/ou sur liste politique) ; le texte permet également aux parties à un différend de choisir chacune un arbitre sur une liste mise à jour annuellement pour régler un différend résultant de lapplication du règlement électoral ; les arbitres à leur tour choisissent un troisième dentre eux comme président de linstance pour le différend en question ; la composition de cette instance arbitrale varie pour chaque différend selon le choix des parties concernées ; enfin, si cette instance arbi- trale narrive pas à prendre une décision, cest au Conseil de le faire ; ainsi le Conseil retrouve lautorité qui doit être la sienne et qui lui avait été retirée du fait des luttes entre les partis politiques qui le compose. Le personnel a été informé régulièrement ; des assemblées de secteur se sont tenues pour en parler ; une assemblée générale dinformation a eu lieu à ce sujet ; il y a eu des bulletins «flash» précisant les modifications proposées: en résumé, il y a eu échanges, discussions, concertation. La peur du changement a été la plus forte: certains partis politiques ont eu peur de perdre le peu de pouvoir qui leur restait. Le référendum na pas eu lieu les 19 et 20 novembre 2002 comme prévu parce que la Commission darbitrage en exercice a accepté deux recours fondés sur des points de procédure. Les vrais perdants sont: a) les fonc- tionnaires à qui était donnée une réelle possibilité de choisir leurs représentants au suffrage direct et non plus à la proportionnelle ; b) la fonction de représentant du personnel, affaiblie par ces manœuvres dilatoires ; c) les relations entre les représentants du personnel et ladministration, car toute négociation se doit dêtre faite en toute bonne foi par deux parties crédibles parce que compétentes et sérieuses. Le référendum aura lieu un peu plus tard. Il faut aller jusquau bout de laction pour essayer le changement. Il en va de la survie de la représentation du personnel. Lauteur est Secrétaire exécutive du Conseil de coordination de lONUG.
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