UNSPECIAL No 613– Décembre - December 2002

ÉDITORIAL

The 2002 vintage
Le cru 2002

INTERVIEW

Vers l'universalisme de la connaissance?
Security at the Palais des Nations: What does the task really involve?

PERSONNEL

Le HIV/SIDA sur le lieu de travail
HIV/AIDS in the UN System Workplace
A day in the life of...
La carrière onusienne d'un marin daltonien
La "résistance au changement"
Don't Fear Whistle-Blowers
When...
Journals at your fingertips/Journaux et revues sur vos écrans
Gagnants du concours UN Special 2002/UN Special 2002 Quiz Winners

SPÉCIAL ESCALADE

400e ammiversaire de l'Éscalade de 1602
L'Éscalade, c'était il y a 400 ans
Fabrication de la marnite en chocolat

ARTS

Que mangerons-nous demain?
Le Jardin des Nations
Safety technology by means of the...Arts?

 

LAST MINUTE

WHO's 8th Annual Solidarity Fair/8e Fête de solidarité de l'OMS
Hommage à Charlie Chaplin

 

OBITUARY

Doreen Maria Brown, WHO
Francis Couty, le 20 juin 2002

ROSES & CACTUS

Des roses et des cactus/Roses and cactus

 

(Suite du No 611 d’UN Special, des épisodes marquants de la carrière de l’auteur.)

La carrière onusienne d’un marin daltonien

Anders Tholle, ONU

La Guerre des Six Jours

En 1967, onze ans après la guerre de Suez, une autre guerre a éclaté entre Israël et trois de ses voisins, l’Egypte, la Jordanie et la Syrie. J’étais alors affecté à l’Organisme Chargé de la Surveillance de la Trêve (ONUST), dont le siège est à Jérusalem depuis 1948. Les locaux étaient situés sur une colline qui offre une vue parfaite des secteurs israélien et arabe de Jérusalem, y compris la Vieille Ville. Deux portes nous séparaient du monde extérieur. L’une, la «Porte Est», donnait accès à la Jordanie. L’autre, la «Porte principale», nous reliait aux secteurs israéliens de Jérusalem. Les bâtiments étaient connus sous le nom de «Government House», car ils avaient servi de résidence au Gouverneur britannique pendant la période du protectorat. La colline sur laquelle ils sont situés est nommée Jebel al-Mukhabeer, ce qui signifie la Colline du mauvais conseil.

L’ONUST a pour mandat de contrôler l’application des cessez le feu entre Israël et les Etats arabes voisins. Ce contrôle est effectué par des observateurs militaires ; des fonctionnaires civils du Service mobile et des agents locaux fournissent le soutien administratif et logistique. Elle dispose aussi d’un réseau de postes d’observation sur le terrain, ainsi que de bureaux de liaison dans les capitales des différents pays. Après avoir travaillé quelque temps à Jérusalem, je fus transféré, en 1966, à un bureau des Nations Unies à Amman, en Jordanie. Celui-ci avait deux fonctions, servant, d’une part, de Bureau de liaison de l’ONUST et, d’autre part, de siège d’une petite mission politique, la Mission des Nations Unies à Amman (UN Mission in Amman, UNMIA). Cette dernière avait été établie quelques années auparavant à l’occasion d’une sérieuse crise politique entre, d’un coté la République Arabe Unie, composé alors de l’Egypte et de la Syrie, et de l’autre coté de la Jordanie, celle-ci accusant les autres pays d’attenter à la vie du Roi Hussein.


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La Mission était dirigée par l’Ambassa- deur Spinelli, Directeur général de l’Of- fice des Nations Unies à Genève. Ce transfert m’a valu ma première promo- tion: d’opérateur radio, et je suis passé Assistant du Service mobile. J’avais le titre de fonctionnaire responsable (Offi- cer in Charge) et étais assisté par deux commis chauffeurs locaux. M. Spinelli faisait de temps à autre une mission auprès de notre bureau, situé dans une petite villa d’Amman, pour examiner la situation et faire rapport au Secrétaire général. André Courtois, qui m’avait choisi pour ces tâches, était mon contact avec M. Spinelli et me supervi- sait depuis Genève.

Cette affectation fut intéressante, et très plaisante sur le plan familial. Nous nous sommes fait des amis dans le monde international et local, nos enfants ont fréquenté de bonnes écoles, et le temps était presque toujours beau (même si nous nous sommes retrouvés bloqués par la neige dans un hôtel d’A- qaba lors d’un week-end de Pâques parti- culièrement froid). Les occasions d’ap- procher le Roi Hussein étaient nombreuses, qu’il s’agisse de rallyes automobiles, de réceptions diploma- tiques, ou à Aqaba, sa station balnéaire favorite, où l’on pouvait l’observer se liv- rer aux joies du ski nautique.

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Au début de l’été 1967, il n’était plus possible d’ignorer les signes précurseurs d’une nouvelle guerre entre Israël et les pays arabes. A l’insistance du Président Nasser, la FUNU se retirait du Sinaï et de Gaza. La flotte égyptienne ne permet- tait pas aux bateaux se rendant en Israël de traverser la Baie d’Aqaba, faisant ainsi blocus contre le port israélien d’Eilat sur la Mer Rouge. Sur la rive occiden- tale, la Jordanie concentrait des troupes le long des lignes de cessez le feu avec Israël. Les ambassades étrangères à Amman évacuaient les familles, et l’é- cole internationale que fréquentaient nos enfants se vidait. Dès que les Nations Unies eurent autorisé l’évacua- tion, j’ai envoyé ma famille au Dane- mark. Le 6 juin 1967, une semaine après leur départ, l’aéroport d’où avaient embarqué ma femme et mes enfants était bombardé: Israël venait de lancer des attaques aériennes surprise sur l’E- gypte et la Jordanie.

Seul fonctionnaire des Nations Unies à Amman à disposer d’un contact radio avec le reste du monde, je me suis retro- uvé dans une situation cruciale. Le 7 juin, je reçus un appel radio désespéré du chef des opérations militaires (Chief Operations Officer) de l’ONUST à Jérusalem: l’armée jordanienne – que l’on appelait aussi la Légion arabe – venait de forcer la «Porte Est», avait positionné son artillerie dans les jardins de Government House, et pilonnait les positions israéliennes dans la vallée qu’elle surplombait ainsi. Mon interlocuteur me demanda de téléphoner au Roi Hussein pour demander à Sa Majesté de faire retirer ses troupes, car elles occupaient un territoire neutre, lequel abritait en outre nombre de dépendants qui n’avaient pas été évacués à temps et sur lequel on les avait repliés, considérant le lieu sûr. J’ai fait de mon mieux pour appeler le Palais et, sans jamais pouvoir joindre le Roi lui-même, j’ai prié avec force, à qui voulait bien me parler, de faire décréter le retrait des troupes jordaniennes de Government House. Plus tard dans la journée, je perdis contact avec le siège de l’ONUST, alors que la BBC diffusait la nouvelle que l’armée israélienne s’était rendue maîtresse de Government House. Fort heureusement, aucune des personnes qui s’y étaient réfugiées ne fut blessée au cours de l’attaque. L’armée israélienne conduisit ensuite le personnel des Nations Unies et les dépendants dans un hôtel. Le bâtiment ne fut rendu aux Nations Unies que quelque temps après la fin de la guerre des Six Jours.

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L’ensemble du personnel des Nations Unies à Amman avait été évacué à Téhéran peu avant le début des hostilités. Nous nous retrouvions à trois, trois jeunes hommes chargés de veiller sur leur mission respective: Per Sjogren, du PNUD, qui devint ensuite Directeur, à New York, du Service mobile des NU et Directeur de l’Administration de l’ONUG ; John Clarke de la FAO et moi – qui n’estimais pas pouvoir quitter les lieux une seule minute à cause de la radio. Ils apportaient de quoi manger au bureau où nous avons passé ensemble toutes nos soirées pendant la Guerre des Six Jours.

Pendant les jours qui suivirent, la résistance jordanienne s’est effondrée, et les réfugiés palestiniens qui vivaient depuis 1948 dans des camps le long de la rive occidentale ont commencé à traverser le Jourdain en direction d’Amman. Des files de voitures, de carrioles et de gens se pressaient vers la ville, fuyant les combats.

Et une fois de plus, on m’a demandé de faire cesser les hostilités ! Cette fois, c’était le Ministre des Affaires étrangères de la Jordanie qui sonnait à la porte de notre mission. Il souhaitait que j’informe le Secrétaire général des Nations Unies, via le réseau radio des Nations Unies, que la Jordanie demandait un cessez le feu immédiat. J’ai dû l’informer que le regrettable incident de la veille au Government House m’avait privé de tout contact radio avec les Nations Unies et que j’étais dans l’incapacité d’envoyer des messages depuis Amman. A son insistance, j’ai toutefois essayé d’entrer en contact radio avec d’autres stations de l’ONUST à Tibériade (Israël), Gaza et Damas, mais tout le réseau des Nations Unies était mort. J’ai recommandé à mon interlocuteur de tenter sa chance auprès de l’Ambassade des Etats Unis d’Amérique.

Les conséquences de cette guerre furent désastreuses pour la Jordanie, qui perdit toute la Rive occidentale, y compris ce qui constituait alors le secteur arabe de Jérusalem.

Une semaine après le cessez le feu final, nos contacts radio étaient rétablis. L’un de premiers messages est parvenu de Ralph Bunche, qui me remerciait d’être resté fidèle au poste et me remerciait pour les services que j’avais rendus pendant la Guerre des Six Jours. Un autre message provenait du Service d’Assurance des Nations Unies: ils me chargeaient de me rendre à l’aéroport d’Amman pour m’enquérir du sort du DC3 de l’ONUST, que l’on avait garé là, l’endroit

étant considéré sûr. Une fois sur place, je dus constater que l’appareil avait été complètement détruit par les bombardements israéliens.

A l’exception de l’aéroport, Amman n’avait pas été affectée directement par les hostilités durant la Guerre des Six Jours. Cependant, certains agents du Service mobile dans d’autres lieux d’affectation avaient vécu des jours difficiles. Je pense notamment à deux membres de l’AAFI-AFICS, Verner Andersen, qui se trouva mêlé aux combats au sein et alentour de Government House, et Rafael Hidalgo, qui cherchait à s’abriter des bombardements à Gaza.