| UNSPECIAL
No 613 Décembre - December 2002
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| ÉDITORIAL INTERVIEW Vers l'universalisme
de la connaissance? PERSONNEL Le HIV/SIDA
sur le lieu de travail SPÉCIAL ESCALADE 400e ammiversaire
de l'Éscalade de 1602 ARTS Que mangerons-nous
demain?
LAST MINUTE WHO's 8th
Annual Solidarity Fair/8e Fête de solidarité de l'OMS
OBITUARY Doreen Maria
Brown, WHO ROSES & CACTUS Des roses et des cactus/Roses and cactus |
(Suite du No 611 dUN Special, des épisodes marquants de la carrière de lauteur.) La carrière onusienne dun marin daltonienAnders Tholle, ONU La Guerre des Six Jours En 1967, onze ans après la guerre de Suez, une autre guerre a éclaté entre Israël et trois de ses voisins, lEgypte, la Jordanie et la Syrie. Jétais alors affecté à lOrganisme Chargé de la Surveillance de la Trêve (ONUST), dont le siège est à Jérusalem depuis 1948. Les locaux étaient situés sur une colline qui offre une vue parfaite des secteurs israélien et arabe de Jérusalem, y compris la Vieille Ville. Deux portes nous séparaient du monde extérieur. Lune, la «Porte Est», donnait accès à la Jordanie. Lautre, la «Porte principale», nous reliait aux secteurs israéliens de Jérusalem. Les bâtiments étaient connus sous le nom de «Government House», car ils avaient servi de résidence au Gouverneur britannique pendant la période du protectorat. La colline sur laquelle ils sont situés est nommée Jebel al-Mukhabeer, ce qui signifie la Colline du mauvais conseil. LONUST a pour mandat de contrôler lapplication des cessez le feu entre Israël et les Etats arabes voisins. Ce contrôle est effectué par des observateurs militaires ; des fonctionnaires civils du Service mobile et des agents locaux fournissent le soutien administratif et logistique. Elle dispose aussi dun réseau de postes dobservation sur le terrain, ainsi que de bureaux de liaison dans les capitales des différents pays. Après avoir travaillé quelque temps à Jérusalem, je fus transféré, en 1966, à un bureau des Nations Unies à Amman, en Jordanie. Celui-ci avait deux fonctions, servant, dune part, de Bureau de liaison de lONUST et, dautre part, de siège dune petite mission politique, la Mission des Nations Unies à Amman (UN Mission in Amman, UNMIA). Cette dernière avait été établie quelques années auparavant à loccasion dune sérieuse crise politique entre, dun coté la République Arabe Unie, composé alors de lEgypte et de la Syrie, et de lautre coté de la Jordanie, celle-ci accusant les autres pays dattenter à la vie du Roi Hussein.
La Mission était dirigée par lAmbassa- deur Spinelli, Directeur général de lOf- fice des Nations Unies à Genève. Ce transfert ma valu ma première promo- tion: dopérateur radio, et je suis passé Assistant du Service mobile. Javais le titre de fonctionnaire responsable (Offi- cer in Charge) et étais assisté par deux commis chauffeurs locaux. M. Spinelli faisait de temps à autre une mission auprès de notre bureau, situé dans une petite villa dAmman, pour examiner la situation et faire rapport au Secrétaire général. André Courtois, qui mavait choisi pour ces tâches, était mon contact avec M. Spinelli et me supervi- sait depuis Genève. Cette affectation fut intéressante, et très plaisante sur le plan familial. Nous nous sommes fait des amis dans le monde international et local, nos enfants ont fréquenté de bonnes écoles, et le temps était presque toujours beau (même si nous nous sommes retrouvés bloqués par la neige dans un hôtel dA- qaba lors dun week-end de Pâques parti- culièrement froid). Les occasions dap- procher le Roi Hussein étaient nombreuses, quil sagisse de rallyes automobiles, de réceptions diploma- tiques, ou à Aqaba, sa station balnéaire favorite, où lon pouvait lobserver se liv- rer aux joies du ski nautique.
Au début de lété 1967, il nétait plus possible dignorer les signes précurseurs dune nouvelle guerre entre Israël et les pays arabes. A linsistance du Président Nasser, la FUNU se retirait du Sinaï et de Gaza. La flotte égyptienne ne permet- tait pas aux bateaux se rendant en Israël de traverser la Baie dAqaba, faisant ainsi blocus contre le port israélien dEilat sur la Mer Rouge. Sur la rive occiden- tale, la Jordanie concentrait des troupes le long des lignes de cessez le feu avec Israël. Les ambassades étrangères à Amman évacuaient les familles, et lé- cole internationale que fréquentaient nos enfants se vidait. Dès que les Nations Unies eurent autorisé lévacua- tion, jai envoyé ma famille au Dane- mark. Le 6 juin 1967, une semaine après leur départ, laéroport doù avaient embarqué ma femme et mes enfants était bombardé: Israël venait de lancer des attaques aériennes surprise sur lE- gypte et la Jordanie. Seul fonctionnaire des Nations Unies à Amman à disposer dun contact radio avec le reste du monde, je me suis retro- uvé dans une situation cruciale. Le 7 juin, je reçus un appel radio désespéré du chef des opérations militaires (Chief Operations Officer) de lONUST à Jérusalem: larmée jordanienne que lon appelait aussi la Légion arabe venait de forcer la «Porte Est», avait positionné son artillerie dans les jardins de Government House, et pilonnait les positions israéliennes dans la vallée quelle surplombait ainsi. Mon interlocuteur me demanda de téléphoner au Roi Hussein pour demander à Sa Majesté de faire retirer ses troupes, car elles occupaient un territoire neutre, lequel abritait en outre nombre de dépendants qui navaient pas été évacués à temps et sur lequel on les avait repliés, considérant le lieu sûr. Jai fait de mon mieux pour appeler le Palais et, sans jamais pouvoir joindre le Roi lui-même, jai prié avec force, à qui voulait bien me parler, de faire décréter le retrait des troupes jordaniennes de Government House. Plus tard dans la journée, je perdis contact avec le siège de lONUST, alors que la BBC diffusait la nouvelle que larmée israélienne sétait rendue maîtresse de Government House. Fort heureusement, aucune des personnes qui sy étaient réfugiées ne fut blessée au cours de lattaque. Larmée israélienne conduisit ensuite le personnel des Nations Unies et les dépendants dans un hôtel. Le bâtiment ne fut rendu aux Nations Unies que quelque temps après la fin de la guerre des Six Jours.
Lensemble du personnel des Nations Unies à Amman avait été évacué à Téhéran peu avant le début des hostilités. Nous nous retrouvions à trois, trois jeunes hommes chargés de veiller sur leur mission respective: Per Sjogren, du PNUD, qui devint ensuite Directeur, à New York, du Service mobile des NU et Directeur de lAdministration de lONUG ; John Clarke de la FAO et moi qui nestimais pas pouvoir quitter les lieux une seule minute à cause de la radio. Ils apportaient de quoi manger au bureau où nous avons passé ensemble toutes nos soirées pendant la Guerre des Six Jours. Pendant les jours qui suivirent, la résistance jordanienne sest effondrée, et les réfugiés palestiniens qui vivaient depuis 1948 dans des camps le long de la rive occidentale ont commencé à traverser le Jourdain en direction dAmman. Des files de voitures, de carrioles et de gens se pressaient vers la ville, fuyant les combats. Et une fois de plus, on ma demandé de faire cesser les hostilités ! Cette fois, cétait le Ministre des Affaires étrangères de la Jordanie qui sonnait à la porte de notre mission. Il souhaitait que jinforme le Secrétaire général des Nations Unies, via le réseau radio des Nations Unies, que la Jordanie demandait un cessez le feu immédiat. Jai dû linformer que le regrettable incident de la veille au Government House mavait privé de tout contact radio avec les Nations Unies et que jétais dans lincapacité denvoyer des messages depuis Amman. A son insistance, jai toutefois essayé dentrer en contact radio avec dautres stations de lONUST à Tibériade (Israël), Gaza et Damas, mais tout le réseau des Nations Unies était mort. Jai recommandé à mon interlocuteur de tenter sa chance auprès de lAmbassade des Etats Unis dAmérique. Les conséquences de cette guerre furent désastreuses pour la Jordanie, qui perdit toute la Rive occidentale, y compris ce qui constituait alors le secteur arabe de Jérusalem. Une semaine après le cessez le feu final, nos contacts radio étaient rétablis. Lun de premiers messages est parvenu de Ralph Bunche, qui me remerciait dêtre resté fidèle au poste et me remerciait pour les services que javais rendus pendant la Guerre des Six Jours. Un autre message provenait du Service dAssurance des Nations Unies: ils me chargeaient de me rendre à laéroport dAmman pour menquérir du sort du DC3 de lONUST, que lon avait garé là, lendroit étant considéré sûr. Une fois sur place, je dus constater que lappareil avait été complètement détruit par les bombardements israéliens. A lexception de laéroport, Amman navait pas été affectée directement par les hostilités durant la Guerre des Six Jours. Cependant, certains agents du Service mobile dans dautres lieux daffectation avaient vécu des jours difficiles. Je pense notamment à deux membres de lAAFI-AFICS, Verner Andersen, qui se trouva mêlé aux combats au sein et alentour de Government House, et Rafael Hidalgo, qui cherchait à sabriter des bombardements à Gaza. |
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