UNSPECIAL No 613– Décembre - December 2002

ÉDITORIAL

The 2002 vintage
Le cru 2002

INTERVIEW

Vers l'universalisme de la connaissance?
Security at the Palais des Nations: What does the task really involve?

PERSONNEL

Le HIV/SIDA sur le lieu de travail
HIV/AIDS in the UN System Workplace
A day in the life of...
La carrière onusienne d'un marin daltonien
La "résistance au changement"
Don't Fear Whistle-Blowers
When...
Journals at your fingertips/Journaux et revues sur vos écrans
Gagnants du concours UN Special 2002/UN Special 2002 Quiz Winners

SPÉCIAL ESCALADE

400e ammiversaire de l'Éscalade de 1602
L'Éscalade, c'était il y a 400 ans
Fabrication de la marnite en chocolat

ARTS

Que mangerons-nous demain?
Le Jardin des Nations
Safety technology by means of the...Arts?

 

LAST MINUTE

WHO's 8th Annual Solidarity Fair/8e Fête de solidarité de l'OMS
Hommage à Charlie Chaplin

 

OBITUARY

Doreen Maria Brown, WHO
Francis Couty, le 20 juin 2002

ROSES & CACTUS

Des roses et des cactus/Roses and cactus

 

Un événement majeur de l’histoire genevoise

400e anniversaire de l’Escalade de 1602

Claude Bonard

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En 1602, Genève, devenue la citadelle de la Réforme, excite depuis des années la convoitise du duc Charles Emmanuel de Savoie, qui désire, en outre, faire de la ville la capitale de ses Etats, de ce côté-ci des Alpes. Après avoir chargé des espions de mesurer les remparts et de faire des plans, le duc rassemble ses troupes dès le 10 décembre aux alentours de Genève. Puis par le Pont d’Etrembières et le long de l’Arve, dont le bruit couvre le piétinement

des soldats, l’armée se dirige vers Genève par Gaillard, les Terreaux, Champel et jusqu’à la jonction, pour remonter vers l’actuelle plaine de Plainpalais. La garde, pourtant alertée par un paysan de Chêne, ne prend aucune disposition. Le Syndic de la Garde aurait même prononcé ces mots devenus fameux: «Les Savoyards ne sont pas des oiseaux, nous les verrons venir». En 1602, Genève compte environ 13’000 habitants. Pour s’en emparer, Charles. Emmanuel compte plus sur l’effet de surprise et l’armement supérieur de ses troupes que sur le nombre. Les forces savoyardes comptent 2’000 hommes environ et sont composées d’hommes d’armes aguerris, appartenant à la noblesse de Savoie, d’anciens Ligueurs et de mercenaires espagnols et napolitains. Les Genevois peuvent aligner une garde soldée d’environ 300 hommes ainsi que les milices bourgeoises, recrutées parmi les citoyens des quartiers du Bourgde-Four, de Rive, de la Porte Neuve et de Saint-Gervais. Si les détachements d’assaut savoyards sont supérieurement armés et équipés, les Genevois, quant à eux, sont dotés d’un armement plus rustique. Le plan d’attaque savoyard prévoit un assaut brusqué, par surprise, le point d’attaque choisi étant un secteur des fortifications qui n’attire pas l’attention particulière des responsables de la défense de la cité. Le premier détachement d’assaut a pour objectif de s’emparer de la Porte Neuve afin de permettre au gros des troupes qui attend à Plainpalais d’investir la place. Quatre autres colonnes savoyardes doivent marcher sur les portes intérieures de la Monnaie, de la Tertasse et Baudet; la Corraterie doit être occupée. Ainsi, toute résistance genevoise sera neutralisée. Si les Genevois repoussent l’Escalade, ils le doivent au fait que malgré une impréparation militaire notoire, ils se battent avec une volonté immense, sans esprit de recul. En outre, le geste d’Isaac Mercier coupant la corde retenant la herse à la Porte Neuve, demême que le bris des échelles suite au coup de canon du boulevard de l’Oie contribuent à assurer leur succès puisque les Genevois n’ont à se battre que contre les seuls détachements d’assaut, soit 300 hommes environ, ayant escaladé les premiers les murailles.

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Les femmes de l’Escalade

A la Porte de la Monnaie, une mêlée confuse s’engage. Deux fois repoussés par les Genevois, les Savoyards reviennent à la charge. Au cours du combat, Catherine Cheynel, femme de Pierre Royaume, potier d’étain et maître de la monnaie, jette de sa fenêtre sur un assaillant un pot de fer qui l’étend raide mort. Pendant ce temps, alors

que les Savoyards tentent de forcer les allées des maisons de la Corraterie, Dame Piaget lance aux combattants venus en ren- fort la clé de l’allée traversière de sa maison leur permettant ainsi de tomber sur les flancs de l’ennemi. L’imagerie.

Simon Goulart et les renforts de Saint-Gervais Alors que les Savoyards concentrent leurs attaques en plusieurs points de la Cité, les cloches des églises de la ville appellent les citoyens aux armes. Il faut faire vite! Les assaillants, voulant empêcher d’éventuels renforts genevois en provenance de Saint- Gervais cherchent à occuper la petite place de Notre-Dame du Pont, proche du Rhône. Simon Goulart, pasteur de Saint-Gervais et ancien aumônier de l’armée genevoise lors des guerres de 1589 contre la Savoie, est au cœur de l’action. Plus tard, il dira avoir été «à l’entrée du pont du Rhône, ayant encouragé les uns et les autres, tous étant merveilleusement résolus, Dieu merci!» Un officier espagnol, Don Sanche de Luna, ira même jusqu’à raconter à tort que dans la mêlée, des habitants de la ville et de Saint- Gervais se battaient les uns contre les autres sur le pont du Rhône et qu’il en mourut là plus de cent!

Tabazan, et la Justice de l’époque

Au matin, on compte les morts et les blessés. 16 Genevois sont tombés et deux autres mourront des suites de leurs blessures. Plus de cinquante corps d’assaillants jonchent les rues et les places. Une cinquantaine d’autres sont tombés au pied des murailles. Treize personnes ont été emprisonnés dont plusieurs gentilshommes de Savoie. Le jour même, à l’heure des vêpres, ils seront pendus au boulevard de l’Oie par Tabazan, le bourreau de la Seigneurie. Après avoir été tranchées, leurs têtes et celles des Savoyards tués pendant les combats seront exposées pendant plusieurs mois sur des pieux, le long du boulevard de l’Oie. Ceci afin d’inculquer une crainte salutaire aux éventuels agresseurs de la cité de Calvin… L’histoire traditionnelle nous apprend que le

traité scellé à St-Julien le 12 juillet 1603 à la suite de l’Escalade assura définitivement la paix entre la Savoie et Genève. Et pourtant, la petite république protestante allait devoir rester sus ses gardes. Charles-Emmanuel de Savoie, malgré son échec, ne renonçait pas à s’approprier Genève, du fait que cette ville représentait le pôle économique de ses Etats du Nord. La mort d’Henri IV, en 1610, allait ôter aux Genevois une protection lointaine mais efficace. «Et encore que vous ne soyez mes subjects, je vous maintiendrai comme si j’estois vostre père» avait déclaré le roi. Genève vivait donc, depuis l’Escalade et malgré le traité de St Julien, sur pied de guerre. En effet, entre 1606 et 1613, plusieurs projets d’attaques savoyardes furent élaborés. Il faudra attendre le 3 juin 1754 pour voir le duc de Savoie, devenu Roi de Sardaigne dès 1720, signer un traité avec Genève mettant définitivement fin aux conflits et reconnaissant expressément la «Ville et République de Genève».

L’auteur est Secrétaire général de la Chancellerie d’Etat, République et Canton de Genève.