Fleures d'automne 
Le théâtre japonai
de nô
Rachel El Haloui-Deléglise
Apparu dans le dernier quart du XIVe siècle et bénéficiant
du mécénat des shoguns Ashigaka (dernier clan de guerriers),
le nô, contemporain de la naissance des arts martiaux et de la cérémonie
du thé, fut lapanage dune élite.
La forme originaire des jeux de nô est née de rituels, qui
avaient lieu dans les temples et les sanctuaires pendant les fêtes
de la moisson et en dautres occasions. Kann ami Kiyotsugu (1333-
1384) et son fils Zeami Motokiyo (1363-1443) ont transformé ces
jeux dans la forme la plus dramatique du monde. Les jeux de Nô rappellent
le drame grec, là aussi peu de personnes jouent, là aussi
il y a une chorale, des danses et des masques. Mais tandis que le drame
grec en cours de déroulement était de plus en plus réaliste,
les jeux de nô se transformèrent en une forme artistique
qui nest presque que purement symbolique, où le texte des
pièces tout comme les mouvements des acteurs voulaient symboliser
des réalités indéfinissables et inexprimées.
Les premiers jeux modernes de nô qui eurent du succès furent
ceux de Yukio Mishima, écrivain et scénariste japonais (1925
- 1970). Pour la rédaction de ses romans et pièces, il sest
inspiré aussi bien de sources occidentales que japonaises.
II semble quil soit difficile de décrire le théâtre
nô, du moins selon les critères occidentaux. II sagit
dun art, mêlant textes dun haut niveau poétique,
chants et musiques, costumes somptueux
. Les acteurs sont caractérisés
par des masques travaillés comme de véritables œuvres dart.
Les acteurs - exclusivement des hommes à lorigine - sont
soumis à une formation longue et exigeante au sein de lignées
familiales. Sa pratique sest ouverte à des maîtres
venus de nouveaux horizons, des amateurs ont pu sy initier en suivant
des cours, parmi lesquels des femmes qui ny avaient pas accès
jusqualors. Dès 1955, celles-ci ont eu le droit de se produire
à titre professionnel.
Une représentation de nô dans la pure tradition comporte
une succession de cinq pièces entrecoupées de «kyôgen»,
intermèdes «comiques» destinés à alléger
la tendance dramatique. La scène du nô est composée
dun plateau carré prolongé par un pont. Ces deux éléments
servent despace à la représentation. Ils représentent
le monde visible. II ny a pas de décor à proprement
parler, seuls des éléments suggèrent les lieux où
se déroule laction: une tombe, le portique dun temple,
une hutte, une b a r q u e
Le nombre des acteurs varie de deux à une quinzaine, suivant les
pièces, mais ces dernières en compte plus couramment trois
ou quatre. Lacteur principal est le shite; il porte le plus souvent
le masque et arbore le costume le plus somptueux. En face de lui, le personnage
référent (ou acteur en second) est tenu par le waki dont
le personnage est toujours celui dun humain (moine, officier de
cour, exorciste
). Le waki ne joue Jamais masqué.
Le répertoire du nô, tel quil a été
arrêté par les chefs des cinq écoles (Kanze, Hôshô,
Kita, Komparu et Kongô) lexerçant jusquà
nos jours, comprend plus de 230 pièces, réparties en cinq
catégories, en regard du personnage principal, du thème
et de l i n t r i g u e: 1. divinités, 2. guerriers, 3.
femmes et héroïnes célèbres, 4. personnages
du monde réel, et 5. démons et figures démoniaques.
Plusieurs de ces catégories se recoupent suivant les pièces.
Le nô à Genève
Le musée Rath présente une exposition unique et rare en
Europe: « F l e u r s dautomne». Cette exposition dévoile
près de 70 costumes de nô anciens et des accessoires du XIXe
siècle (fin de lépoque dEdo, soit jusquen
1868) et des ères Meiji (1866 - 1912) et Ta i s h ô (1912
- 1926). Les costumes de nô, en soies de couleurs subtiles, rehaussés
de fils dor ou dargent, sopposent à lenvironnement
dépouillé du théâtre. Ils enveloppent le corps
de lacteur comme les pétales dun lotus ; pour les personnages
féminins, ce sont les somptueuses capes et robes, les chatoyantes
tuniques dorées. Pour les personnages masculins, les superbes vêtements
de cour, assortis de pantalons évasés ou à longues
jambes traînées. Lexpression japonaise «splendide
comme un costume de nô» traduit parfaitement la notion de
beauté attachée à ces habits.
Dans le cadre de cette exposition, trois soirées seront consacrées
au théâtre nô, les 6, 7 et 8 décembre 2002,
les pièces seront interprétées par la compagnie Kanze
Nôgakudô de Tôkyô.
Première pièce de nô
Matsukaze «Vent dans les pins»: Auteur Kan ami, pièce
remaniée par Zeami, inspiré du Dit du Genji (fin Xe - début
XIe siècle).
Elle évoque lamour malheureux de deux sœurs ramasseuses
de sel pour Yukihara, un membre de la cour exilé dans leur village.
Seconde pièce de nô
Kinuta «le battoir»: Pièce de Zeami qui évoque
la solitude dune femme délaissée qui tente de communiquer
avec son mari absent en frappant sans relâche avec un battoir à
vêtement ; elle fınit par sombrer dans la folie et meurt. Lorsque
le mari est enfin de r e t o u r, cest le spectre torturé
de son épouse quil retrouve.
Troisième pièce de nô
Aoi no Ue «La dame Aoi»: Egalement inspiré du Dit
du Genji, il a été remanié par Zeami, le nô
a pour thème la liaison du jeune prince Genji avec une femme plus
âgée, quil ne tarde pas à délaisser pour
sa jeune épouse. Lamante délaissée, folle de
jalousie, menace sa jeune rivale jusque dans l a u - d e l à
.
Théâtre nô
Salle communale de Plainpalais, 52, rue de Carouge. Fleurs dautomne,
Costumes et masques du théâtre nô,
Musée Rath, Genève Place Neuve I CH - 1204 Genève.
Renseignements et inscriptions. Accueil des publics du lundi au vendredi
de 9 à 11 heures T é l é p h o n e: + 41 (0) 22 418
25 00
Exposition du 3 octobre 2002 au 2 février 2003. Ouvert de 10 à
17 heures, le mercredi de 12 à 21 heures Fermé le lundi,
les mercredis 25 décembre 2002 et ler janvier 2003 Entrée
Fr. 8.50 / Fr.
4.50, gratuite jusquà 18 ans. Commissaires dexposition:
Marielle Martiniani-Reber et Armen Godel.
Vous pourrez également assister à des ateliers, des entretiens,
des concerts, des présentations mais également des ateliers
pour nos enfants autour du nô.
Saluons linitiative des ateliers sur lart du pliage et la
fabrication de vêtements miniatures en papier durant les vacances
scolaires dautomne mais également les mercredis jusquà
la fin de lexposition.
Nous naurons pas souvent la chance de pouvoir assister à
un tel spectacle ou voir ces costumes, ces représentations ne se
donnant que très rarement en Europe, saisissons l’occasion.
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