UNSPECIAL No 612– novembre - November 2002

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ARTS

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La salle de classe virtuelle 

 

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Le théâtre japonai de nô

Rachel El Haloui-Deléglise

Apparu dans le dernier quart du XIVe siècle et bénéficiant du mécénat des shoguns Ashigaka (dernier clan de guerriers), le nô, contemporain de la naissance des arts martiaux et de la cérémonie du thé, fut l’apanage d’une élite.

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La forme originaire des jeux de nô est née de rituels, qui avaient lieu dans les temples et les sanctuaires pendant les fêtes de la moisson et en d’autres occasions. Kann ami Kiyotsugu (1333-
1384) et son fils Zeami Motokiyo (1363-1443) ont transformé ces jeux dans la forme la plus dramatique du monde. Les jeux de Nô rappellent le drame grec, là aussi peu de personnes jouent, là aussi il y a une chorale, des danses et des masques. Mais tandis que le drame grec en cours de déroulement était de plus en plus réaliste, les jeux de nô se transformèrent en une forme artistique qui n’est presque que purement symbolique, où le texte des pièces tout comme les mouvements des acteurs voulaient symboliser des réalités indéfinissables et inexprimées.

Les premiers jeux modernes de nô qui eurent du succès furent ceux de Yukio Mishima, écrivain et scénariste japonais (1925 - 1970). Pour la rédaction de ses romans et pièces, il s’est inspiré aussi bien de sources occidentales que japonaises.

II semble qu’il soit difficile de décrire le théâtre nô, du moins selon les critères occidentaux. II s’agit d’un art, mêlant textes d’un haut niveau poétique, chants et musiques, costumes somptueux…. Les acteurs sont caractérisés par des masques travaillés comme de véritables œuvres d’art. Les acteurs - exclusivement des hommes à l’origine - sont soumis à une formation longue et exigeante au sein de lignées familiales. Sa pratique s’est ouverte à des maîtres venus de nouveaux horizons, des amateurs ont pu s’y initier en suivant des cours, parmi lesquels des femmes qui n’y avaient pas accès jusqu’alors. Dès 1955, celles-ci ont eu le droit de se produire à titre professionnel.

Une représentation de nô dans la pure tradition comporte une succession de cinq pièces entrecoupées de «kyôgen», intermèdes «comiques» destinés à alléger la tendance dramatique. La scène du nô est composée d’un plateau carré prolongé par un pont. Ces deux éléments servent d’espace à la représentation. Ils représentent le monde visible. II n’y a pas de décor à proprement parler, seuls des éléments suggèrent les lieux où se déroule l’action: une tombe, le portique d’un temple, une hutte, une b a r q u e …

Le nombre des acteurs varie de deux à une quinzaine, suivant les pièces, mais ces dernières en compte plus couramment trois ou quatre. L’acteur principal est le shite; il porte le plus souvent le masque et arbore le costume le plus somptueux. En face de lui, le personnage référent (ou acteur en second) est tenu par le waki dont le personnage est toujours celui d’un humain (moine, officier de cour, exorciste…). Le waki ne joue Jamais masqué.

Le répertoire du nô, tel qu’il a été arrêté par les chefs des cinq écoles (Kanze, Hôshô, Kita, Komparu et Kongô) l’exerçant jusqu’à nos jours, comprend plus de 230 pièces, réparties en cinq catégories, en regard du personnage principal, du thème et de l ’ i n t r i g u e: 1. divinités, 2. guerriers, 3. femmes et héroïnes célèbres, 4. personnages du monde réel, et 5. démons et figures démoniaques. Plusieurs de ces catégories se recoupent suivant les pièces.

Le nô à Genève

Le musée Rath présente une exposition unique et rare en Europe: « F l e u r s d’automne». Cette exposition dévoile près de 70 costumes de nô anciens et des accessoires du XIXe siècle (fin de l’époque d’Edo, soit jusqu’en 1868) et des ères Meiji (1866 - 1912) et Ta i s h ô (1912 - 1926). Les costumes de nô, en soies de couleurs subtiles, rehaussés de fils d’or ou d’argent, s’opposent à l’environnement dépouillé du théâtre. Ils enveloppent le corps de l’acteur comme les pétales d’un lotus ; pour les personnages féminins, ce sont les somptueuses capes et robes, les chatoyantes tuniques dorées. Pour les personnages masculins, les superbes vêtements de cour, assortis de pantalons évasés ou à longues jambes traînées. L’expression japonaise «splendide comme un costume de nô» traduit parfaitement la notion de beauté attachée à ces habits.

Dans le cadre de cette exposition, trois soirées seront consacrées au théâtre nô, les 6, 7 et 8 décembre 2002, les pièces seront interprétées par la compagnie Kanze Nôgakudô de Tôkyô.

Première pièce de nô

Matsukaze «Vent dans les pins»: Auteur Kan ami, pièce remaniée par Zeami, inspiré du Dit du Genji (fin Xe - début XIe siècle).

Elle évoque l’amour malheureux de deux sœurs ramasseuses de sel pour Yukihara, un membre de la cour exilé dans leur village.

Seconde pièce de nô

Kinuta «le battoir»: Pièce de Zeami qui évoque la solitude d’une femme délaissée qui tente de communiquer avec son mari absent en frappant sans relâche avec un battoir à vêtement ; elle fınit par sombrer dans la folie et meurt. Lorsque le mari est enfin de r e t o u r, c’est le spectre torturé de son épouse qu’il retrouve.

Troisième pièce de nô

Aoi no Ue «La dame Aoi»: Egalement inspiré du Dit du Genji, il a été remanié par Zeami, le nô a pour thème la liaison du jeune prince Genji avec une femme plus âgée, qu’il ne tarde pas à délaisser pour sa jeune épouse. L’amante délaissée, folle de jalousie, menace sa jeune rivale jusque dans l ’ a u - d e l à .

Théâtre nô

Salle communale de Plainpalais, 52, rue de Carouge. Fleurs d’automne, Costumes et masques du théâtre nô,

Musée Rath, Genève Place Neuve I CH - 1204 Genève. Renseignements et inscriptions. Accueil des publics du lundi au vendredi de 9 à 11 heures T é l é p h o n e: + 41 (0) 22 418 25 00

Exposition du 3 octobre 2002 au 2 février 2003. Ouvert de 10 à 17 heures, le mercredi de 12 à 21 heures Fermé le lundi, les mercredis 25 décembre 2002 et ler janvier 2003 Entrée Fr. 8.50 / Fr.
4.50, gratuite jusqu’à 18 ans. Commissaires d’exposition: Marielle Martiniani-Reber et Armen Godel.

Vous pourrez également assister à des ateliers, des entretiens, des concerts, des présentations mais également des ateliers pour nos enfants autour du nô.

Saluons l’initiative des ateliers sur l’art du pliage et la fabrication de vêtements miniatures en papier durant les vacances scolaires d’automne mais également les mercredis jusqu’à la fin de l’exposition.

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Nous n’aurons pas souvent la chance de pouvoir assister à un tel spectacle ou voir ces costumes, ces représentations ne se donnant que très rarement en Europe, saisissons l’occasion.