UNSPECIAL No 611– Octobre - October 2002

ÉDITORIAL

The 2002 winners of the UN Special quiz
Les gagnants du concours UN Special 2002

INTERVIEW

50 ans d’activité du Bureau régional de l’OMS pour l’Europe

PERSONNEL

A day in the life of...
The pension fund at Geneva
In Memory of Ernest Dewitt Chipman
Souvenirs de carrière
Don’t fear whistle-blowers

GLOBE

October: Breast cancer awareness (?) month
L’année internationale de la montagne
U.N. planning new tower in Nearby Park
The values we are defending
La Suisse, nouvel Etat membre
The barbarians are in the saddle, and galloping… over us!
Acute flaccid paralysis
Leprosy control in Ethiopia

TECH NEWS

Le travail en équipe à la une

ARTS

Journées du Cinéma Africain

SPECIAL CONCOURS

Comment faire un quiz?
Concours UN Special/UN Special 2002 quiz

 

La carrière onusienne d’un marin daltonien

Souvenirs de carrière

Anders Tholle

L’Editrice du Bulletin est toujours pleine de bonnes idées et vous êtes nombreux à nous féliciter du contenu de notre publication périodique ou des suppléments qui, à l’occasion, vous apportent des informations spéciales. Voici peu, elle a proposé que les membres rédigent quelques notes sur leur travail dans la fonction publique internationale et partagent avec nos lecteurs certains épisodes marquants de leur carrière.

Tout en pensant que c’était une excellente idée, j’ai moins apprécié qu’elle insiste pour que j’inaugure cette nouvelle série. J’ai dû me rendre à ses arguments, et j’avoue que j’ai pris plaisir à rédiger ces «mémoires». J’espère que les lecteurs en retireront quelque chose.

Mon entrée aux Nations Unies

Il me faut tout d’abord expliquer comment je suis entré aux Nations Unies et devenu fonctionnaire, cela ne s’est pas passé de manière habituelle.

Je suis né à Copenhague de parents originaires d’une petite île de la Mer Baltique, dans sa partie danoise. Au cours de nos vacances dans l’île, je me suis découvert une vraie passion pour la mer. La tradition familiale, du côté de ma mère, voulait que les hommes soient marins. Mon grand-père, décédé bien avant ma naissance, possédait un petit caboteur qui assurait le transport de marchandises entre des ports scandinaves et allemands, dont il était le capitaine. C’est ainsi que, lorsque fut venu pour moi le moment de décider que faire de ma vie, j’ai choisi d’être marin.

J’ai débuté en tant que mousse, à l’âge de 17 ans, sur un cargo danois qui assurait une liaison régulière entre le Danemark et la Méditerranée orientale. Mon ambition était de devenir matelot, et plus tard capitaine, dans la marine marchande. Or on a découvert que je suis daltonien, ce qui ne me permettait pas de naviguer. En effet, la forme de daltonisme dont je suis atteint affecte la perception des couleurs verte et rouge, qui sont précisément les couleurs des lanternes qui identifient bâbord et tribord sur les bateaux. Ne pouvant donc devenir navigateur, j’ai choisi la carrière d’opérateur radio télégraphiste, une fonction d’officier de la marine marchande qui n’exige pas de compétences en matière de navigation.

Après des études à l’Académie de Navigation de Copenhague, j’ai embarqué en tant qu’Officier radio télégraphiste de 1re classe de la marine marchande danoise, et j’ai sillonné les mers pendant environ cinq ans. J’ai aussi effectué une année de service militaire obligatoire comme caporal de la Marine danoise, ayant postulé pour une affectation d’opérateur radio TSF au Groenland. Durant cette période, j’ai été posté sur une base américaine pendant quelque temps. La base était si étendue que j’ai dû apprendre à conduire une Jeep pour me déplacer.

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Après le service militaire, je me suis de nouveau tourné vers la marine marchande. Je me suis marié en 1955, et ma femme a été autorisée à me rejoindre à bord du bateau qui m’employait, ce qui nous a permis, moi travaillant, de passer une merveilleuse lune de miel de cinq mois en croisière.

C’est à peu près à ce moment là que j’ai appris que les Nations Unies recherchaient des opérateurs radio TSF civils pour leurs opérations de maintien de la paix en Grèce, au Cachemire et au Moyen Orient. Début 1956, j’ai envoyé ma candidature au Bureau du Personnel de l’Office des Nations Unies à Genève. Un accusé de réception signé par le Chef du recrutement, un certain Albert Marx, fut suivi de longs mois de silence.

A l’époque, j’avais été engagé par une compagnie danoise de sauvetage maritime. Il était prévu que je fasse partie de l’équipage d’un bâtiment de sauvetage mouillé dans un port au nord-est de l’Espagne. Mais l’Histoire est intervenue pour modifier ces projets.

La guerre de Suez a éclaté fin 1956. Lorsqu’un cessez-le-feu est intervenu pour y mettre fin, le Conseil de Sécurité des Nations Unies a autorisé le Secrétaire général de l’époque, Dag Hammarskjoeld, à créer la première force armée des Nations Unies, connue sous le nom de Force d’Urgence des Nations Unies (FUNU) en Egypte. Les Nations Unies ont ensuite été mandatées pour coordonner l’évacuation des bateaux de la marine marchande qui avaient été coulés dans le canal de Suez pendant les hostilités. Le contrat pour l’exécution de cette opération fut remporté par une firme hollandaise, ainsi que la compagnie de sauvetage qui venait de me recruter. Voici comment, au lieu de mouiller dans un port espagnol, le navire de sauvetage sur lequel je servais a mis le cap sur l’Egypte. Nous sommes arrivés à Port Said en décembre 1956. La ville et sa voisine, Port Fouad, étaient encore l’une sous occupation britannique et l’autre sous occupation française. Nous avons été placés sous le commandement des Nations Unies, et mon bateau a servi de Quartier Général temporaire pour une mission des Nations Unies au Canal de Suez dirigée par un officier américain en retraite, le Général Wheeler, qui avait été responsable de l’entretien du Canal de Panama à la tête d’un bataillon du Génie.

La FUNU, avec les casques bleus qui allaient devenir célèbres, remplaçait progressivement les forces britannique et française. Le Général Wheeler m’a invité à assister, à bord d’une chaloupe à moteur, au départ des deux flottes quittant Port Said. Spectacle impressionnant que la vue de tant de bâtiments de guerre quittant les eaux égyptiennes! Et combien j’ai trouvé intéressant d’être à bord auprès de tant de hauts fonctionnaires auxquels chaque bâtiment rendait les honneurs. En route vers Port Said, au retour, notre chaloupe longeant le rivage, nous avons pu observer une foule d’Egyptiens très excités à déboulonner une immense statue de Ferdinand de Lesseps, l’ingénieur français qui avait creusé le canal, et qui tomba la tête la première dans une péniche amarrée dans le port.

A la fin de l’occupation de Port Said, le Général Wheeler et ses hommes installèrent leur Quartier Général à terre. Il n’y avait pas de travail pour un opérateur radio pendant les longs mois qu’exigèrent les opérations de récupération et de remise à flots, et le Général me chargea de servir d’agent de liaison avec les opérateurs. C’est ainsi que je suis entré en contact avec le personnel civil de la Force d’urgence, ainsi qu’avec quelques hauts personnages venus de New York. Je n’ai pas manqué de parler de ma candidature, qui accumulait toujours la poussière à Genève. Quelques semaines plus tard, je recevais une offre pour un poste d’opérateur radio mobile au sein de la Force d’Urgence en Egypte. Il y avait toutefois une condition: je devais passer un examen de conduite automobile. A Genève, le Bureau du Personnel qui avait examiné ma candidature n’était pas sûr que le permis militaire que j’avais obtenu au Groenland était suffisant. En fait, une réponse négative avait été envoyée à mon domicile au Danemark au moment même où je signais mon contrat en Egypte. J’obtins un permis de conduire égyptien, grâce à un chauffeur de taxi de Port Said et un officier de police, tous deux gratifiés d’un «baksheesh».

Mes années de service avec la FUNU en Egypte et à Gaza

J’ai pris mes fonctions avec la FUNU alors logée dans un camp abandonné de l’armée britannique quelque part sur la rive occidentale du Canal de Suez. La force elle-même était déployée au Sinaï, où elle suivait le retrait progressif des forces israéliennes vers l’ancienne frontière entre l’Egypte et ce qui avait été le protectorat britannique de Palestine, ainsi que la Bande de Gaza. Une fois le repli israélien terminé, nous sommes allés à Gaza. Le siège de la FUNU a alors été installé dans l’ancien hôtel de police central de Gaza. La concession regroupait divers bâtiments, dont la station radio où je travaillais, ainsi que des bureaux pour les hauts fonctionnaires et une cafétéria pour le personnel, dans laquelle je me suis retrouvé à déjeuner en 1957, à la même table que le Soussecrétaire général des Nations Unies, Ralph Bunche, son assistant Brian Urquhart et le Commandant de la Force, le Général Burns, du Canada. Ralph Bunche avait reçu le Prix Nobel de la Paix en reconnaissance de ses services comme médiateur entre Israël et les pays arabes en 1948-49. C’était un homme très aimable, qui m’a demandé depuis combien de temps je travaillais pour les Nations Unies «Tout juste trois mois, Monsieur» et m’a posé des questions sur mon pays natal, le Danemark.

Dag Hammarskjoeld ne manquait pas de venir à Gaza tous les ans à Noël pour être avec les soldats du contingent suédois. Il veillait aussi à ce que le personnel civil scandinave fût invité aux festivités suédoises de Noël. Une année, j’ai passé une soirée de Noël avec les suédois – un concert de chants traditionnels improvisé aux côtés du Secrétaire général.

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Le Congo

Je fus affecté à la mission des Nations Unies au Congo en 1962-63. Le nom de la mission découle de ses initiales en français, ONUC. Son siège était à Léopoldville, aujourd’hui Kinshasa. Dag Hammarskjoeld avait été tué le 18 septembre 1961 dans un accident d’avion alors qu’il effectuait une mission de paix près du Congo. Lui avait succédé U Thant, de Birmanie. L’une de mes tâches consistait à traiter les messages codés entre le Chef de la Mission, Robert Gardiner, du Ghana, et le Bureau du Secrétaire général à New York. J’avais reçu une formation spéciale pour cela: les machines, manuelles, étaient vieilles, et je devais actionner un levier pour chaque lettre. Les messages longs pouvaient prendre de nombreuses heures. J’ai été secondé pour de courtes périodes à Coquiliatville et Luluabourg.

Ma famille m’accompagnait pendant cette affectation, ce qui n’était pas sans présenter certains dangers. Les vols étaient fréquents, et nous ne fûmes pas épargnés. Une nuit, alors que j’étais d’équipe au siège de la mission, des voleurs se sont introduits dans notre bungalow où dormaient ma femme et nos deux enfants. Notre nouvelle acquisition, un berger alsacien, encore un jeune chiot, n’a pas été dérangé dans son sommeil. Ma femme fut réveillée par la lumière d’une lampe de poche tenue devant ses yeux. Croyant avoir à faire à notre fils aîné revenant des toilettes, elle a exigé dans son danois le plus sévère qu’il cesse de jouer avec la lampe de poche de Papa et retourne se coucher. Entendant alors le bruit lourd de pieds nus s’enfuyant de la maison, elle s’est précipitée dans la direction d’où venait le bruit et a vu les voleurs s’engouffrer dans une voiture, les bras pleins de vêtements et d’appareils stéréos. Heureusement, il ne lui est rien arrivé, ce qui ne fut pas le cas d’un de nos amis qui a été tué un soir par des brigands sur la route menant à l’aéroport.

A suivre.