UNSPECIAL No 611– Octobre - October 2002

ÉDITORIAL

The 2002 winners of the UN Special quiz
Les gagnants du concours UN Special 2002

INTERVIEW

50 ans d’activité du Bureau régional de l’OMS pour l’Europe

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In Memory of Ernest Dewitt Chipman
Souvenirs de carrière
Don’t fear whistle-blowers

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50 ans d’activité du Bureau régional 
de l’OMS pour l’Europe

 

Interview du Dr Marc Danzon, Directeur régional de l’OMS pour l’Europe

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UNS : La Région européenne de l’OMS comporte 51 pays et inclut l’Asie Centrale. Comment le Bureau Régional réussit-il à définir et à mettre en pratique une politique et une mission communes pour tous ses états membres ?

Dr Marc Danzon: Il est vrai que la Région européenne de l’OMS avec ses 51 États Membres est une région diverse mais c’est aussi une région unie. Il y a certes des problèmes différents d’un pays à l’autre, en particulier à cause des niveaux différents de développement économique, mais il y a également des problèmes communs à tous. Les problèmes de santé publique, la propagation des maladies transmissibles, la tuberculose, le SIDA, les problèmes des adolescents, la pauvreté, que l’on trouve aussi bien dans les pays riches que dans les plus démunis, sont communs à toute la Région. En l’an 2000, le Bureau européen de l’OMS a défini une stratégie qui tient compte de ces deux dimensions – la diversité et l’homogénéité. Notre politique est d’être au service de tous les pays, même s’il y a regroupement d’activités. Nous offrons des services spécifiques adaptés à chacun de nos États Membres. A cet égard, j’aimerais mentionner les contrats de coopération bilatérale négociés avec 27 pays de la Région. Quant aux services communs, ils tournent en général autour de l’information. On peut aussi citer les Forum du Futur, qui offrent la possibilité aux États Membres d’échanger des préoccupations mais aussi des solutions à leurs problèmes. S’il y a diversité, notre réponse doit être diverse. Mais un regroupement de la diversité est nécessaire afin d’utiliser rationnellement les ressources. Ainsi par exemple, le regroupement des États baltes. Notre bureau y a développé un programme spécial lié au Pacte de stabilité, avec la santé mentale et la surveillance des maladies transmissibles comme priorités. Autre exemple, le programme commun sur la pauvreté, pour tous les pays de l’ancienne Union soviétique. Ce sont des regroupements, mais en réalité les services s’adressent à chacun des pays.

L’année 2002 marque 50 ans d’activité du Bureau Régional de l’OMS pour l’Europe. Quelles sont
les réalisations majeures du Bureau au cours des décennies écoulées ? En réalité, la décision de créer le Bureau Régional pour l’Europe a été prise en 1951 à Genève, mais il n’est devenu opérationnel qu’en 1952. Donc, ce n’est pas vraiment un anniversaire, mais une date qui marque un demi-siècle d’activités. Qu’a-t-on fait pendant ces 50 ans ? Je pense que le plus marquant a été la politique de la Santé pour tous en Europe, lancée par le Dr Halfdan Mahler, Directeur général de l’OMS, dans les années 1970. Elle a été reprise et adaptée à la Région européenne par mon prédécesseur. Ce concept représentait un grand travail de définition de la politique de santé, ce qui manquait beaucoup à l’époque dans la Région. Il n’y avait pas de politiques ni de programmes de santé bien définis dans les États Membres. La Région européenne à été la première à mettre un accent fort sur la politique de la santé. Je dois poursuivre dans cette voie, mais avec l’ambition de développer des processus de soutien aux pays. Je voudrais que l’Organisation soit vraiment au service des pays pour les aider à développer ces politiques et à les mettre en oeuvre. Mon premier objectif est donc de faire en sorte que le Bureau réponde mieux à la mise en œuvre de la politique et des programmes. Une deuxième phase du programme de la Santé pour tous, davantage centrée sur l’éthique des systèmes de santé, est prévue pour bientôt. La première phase était liée aux systèmes euxmêmes et aux professionnels, la seconde phase, que je compte développer tout de suite, sera plus liée aux citoyens et aux patients. Une autre réalisation importante est l’éradication de la poliomyélite dans la Région européenne, proclamée le 21 juin dernier. Nous avons aussi été très forts dans la lutte contre le tabagisme, puisque c’est nous qui avons poussé l’ensemble de l’OMS à développer cette lutte qui devient aujourd’hui une préoccupation mondiale avec la Convention. Le Bureau a également réussi à promouvoir une vision de la santé qui ne se limite pas aux soins dispensés aux malades. La Région a joué un rôle important en tant qu’avocat de la santé. Nous espérons faire aussi bien dans le futur que ce que nous avons fait dans le passé, en adaptant le Bureau aux besoins d’aujourd’hui.

Quel sont vos priorités immédiates ? Y a-t-il des problèmes pressants à affronter ? Les priorités du Bureau régional sont en réalité les priorités des pays, auxquelles il doit s’adapter. Les priorités en termes de santé publique sont les maladies transmissibles, en particulier la tuberculose et le SIDA, les maladies non transmissibles comme le cancer, les maladies cardiovasculaires et la santé mentale, que l’on oublie trop souvent. Il ne faut plus que les malades soient rejetés de la société. Il faut qu’ils soient soignés avec des traitements appropriés. La société doit gommer le tabou de la santé mentale. La Région européenne est particulièrement active dans ce domaine et en a fait une priorité. Les problèmes de santé de la mère et de l’enfant sont inquiétants, surtout dans les pays de l’est, de même que la mortalité prématurée chez les hommes de moins de 65 ans. Les problèmes des services de santé pour les personnes âgées persistent dans tous les pays de la Région. Je tiens aussi à mentionner la réforme des systèmes de santé, qui revêt une importance primordiale pour les États Membres. La liste est certes plus longue, mais je vais terminer par ce que je crois être le plus important: la lutte contre les inégalités et les effets de la pauvreté sur la santé. Comment en effet adapter les systèmes de santé pour qu’ils prennent en charge les plus pauvres, les plus démunis, en leur offrant des soins de qualité et accessibles? Il s’agira de répondre à cette question dans la deuxième phase de la Santé pour tous.

Le Comité Régional de l’OMS pour l’Europe vient de conclure ses travaux. Quels étaient les points clés à l’ordre du jour ? Y a-t-il des réalisations particulières à mentionner ? Les grands sujets du Comité Régional de cette année ont été la lutte contre le tabagisme, à la suite de la réunion ministérielle de Varsovie en 2002, mais aussi le SIDA, la tuberculose et la malaria, à la lumière des efforts entrepris par le Fonds global. Une des discussions a porté sur la privatisation dans le cadre des réformes des systèmes de santé. Qu’est ce qui peut être privatisé ? La privatisation peut-elle se faire aux dépens de l’accès pour tous à la santé ? S’agissant de la pauvreté, nous avons présenté des études de cas sur des actions menées dans la Région pour lutter contre les effets néfastes de la pauvreté sur la santé. C’est une manière de voir la santé publique de façon extrêmement concrète et utile pour les décideurs, ce qu’est la mission de l’OMS ? On a également parlé du budget, bien sûr, c’était important.

Beaucoup d’agences des Nations Unies traitent du fléau de la pauvreté. En quoi consiste l’approche spécifique de l’OMS ? Notre objectif premier n’est pas de lutter contre la pauvreté. Nous luttons contre les effets de la pauvreté sur la santé et cherchons à définir comment les systèmes de santé peuvent aider à les diminuer. Il n’est pas question que la pauvreté reste un facteur de risque incontrôlé pour la santé. Il y a plein d’expériences en Europe sur la manière d’ouvrir les services, de financer les systèmes de santé pour le plus démunis, sur les actions sociales qui peuvent être menées. En présentant ces études de cas, nous avons cherché à savoir ce qui avait été fait de bien et qui était susceptible d’être répété. Reste à savoir comment cela va être transposé dans d’autres pays.

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Dr Danzon, les nouveaux états indépendants sont parmi vos priorités majeures. En quoi l’OMS Europe contribue-t-elle au processus de réforme de leurs systèmes de soins de santé ? Il est vrai que ces pays retiennent particulièrement notre attention, mais tous les pays de la Région sont prioritaires. Tous reçoivent ce qu’on peut leur donner et qui s’adapte à leurs besoins. C’est vrai que la situation particulière des pays de la CEI est actuellement très difficile. Mais que peut-on faire avec eux et pour eux ? Ce que j’ai dit de la pauvreté s’applique parfaitement à ces pays, mais le Bureau européen de l’OMS est une voix pour dire que ces pays ne sont pas des pays en développement. C’est très important. Je le dis et je le redis et je continuerai à le dire toujours: c’est une erreur d’analyse que de penser que ces pays sont en développement au même titre que d’autres régions du monde. C’est faux, parce que dans un passé récent ces pays avaient des systèmes de santé qui devaient certes être réformés – ce qui est d’ailleurs vrai pour tous les pays – mais qui avaient le mérite d’exister. Ce n’est pas la même chose que de pas avoir d’hôpital ni de centre de santé – il y en a plein. Il y a aussi des professionnels de santé de très haut niveau avec une très bonne formation. Et puis on ne peut pas dire que les pays issus de l’ancienne Union soviétique n’ont pas de tradition de santé publique. C’est tout le contraire: ils ont des connaissances, ils ont des actions à leur actif, le système luimême était très orienté vers l’éducation et vers la santé. Cela ne veut pas dire que tout va bien, et il faut réformer le système, ce qui est plus difficile que de partir de zéro. Il faut le réformer vite car tous les éléments sont là. J’insiste beaucoup sur le fait que l’aide internationale qui doit être dispensée aujourd’hui ne doit pas l’être dans la même optique que celle que l’on apporte aux pays en développement. Je suggère, par exemple, que la dette de ces pays soit diminuée ou effacée et qu’une partie bien spécifique aille au développement des soins de la santé. C’est le meilleur investissement possible pour les années à venir. Mais il faut aller vite ! D’ici dix ans, ou bien ces pays auront subi des catastrophes ou bien ils se seront relevés tout seuls. Mais si on veut les aider, c’est maintenant qu’il faut le faire. A part cela, les problèmes des systèmes de santé sont les mêmes que dans les autres pays. Des choix fondamentaux doivent être faits qui s’adaptent à la culture et aux besoins des pays, comme partout, en tirant les leçons de ce qu’on a appris dans les autres pays, en particulier en ce qui concerne le financement. Là il y a du flou en ce moment – du flou et du caché. Or, il faut de la transparence. Les pays qui ont misé sur la transparence ont plutôt bien réussi. L’OMS pousse beaucoup dans ce sens, avec des partenaires forts comme la Banque Mondiale, le Conseil de l’Europe et l’Union Européenne, conciliant technique, politique et partenariat.

Existe-t-il des moyens vraiment efficaces pour convaincre les gouvernements de ces états d’accorder une place prioritaire à la santé dans leurs programmes politiques ? Convaincre des gouvernements ? Mais les gouvernements sont convaincus. S’ils avaient de l’argent, ils le feraient. C’est une illusion de croire que les gouvernements ne sont pas convaincus de la place prioritaire de la santé. Je peux vous le dire: tous les gouvernements savent que la santé est prioritaire. Tous. Souvent, ils n’ont simplement pas l’argent pour le faire. Il est vrai qu’il faut développer, au niveau des gouvernements, l’idée que la santé est un investissement positif et incontournable. En général, ils apprennent très vite, parce que l’opinion publique n’accepte pas les failles des systèmes de santé. S’il y a encore quelques gouvernements qui ne le comprennent pas, aux prochaines élections ils vont le comprendre. Le nombre de gouvernements qui sont tombés par manque de soutien aux politiques de santé est énorme. C’est désormais passé dans les mœurs en Europe, partout. Pas un gouvernement ne dit que la santé n’est pas importante. Pas un seul. Il y en a malheureusement qui n’ont pas les moyens de la développer ou qui ne trouvent pas les bonnes solutions. Mais il est faut de dire que les gouvernements sont inconsistants par rapport à la santé ; ce n’est pas vrai. Ce n’est plus vrai parce que les opinions changent et qu’il y a la presse, en particulier.

Certains états membres de l’OMS Europe sont en processus d’adhésion à l’UE. Comment le Bureau régional de l’OMS les soutient-il dans leur démarche ? D’abord, on ne les soutient pas. Ce n’est pas notre problème. C’est à l’Union Européenne de choisir quels pays vont entrer dans l’UE. L’OMS n’a absolument rien à avoir avec ça. Nous travaillions déjà avec ces pays avant que l’UE ne soit créée, et donc encore plus depuis qu’ils sont candidats. Ce qui est vrai, c’est que la santé de ces pays nous concerne. Pourquoi ? Parce que c’est notre responsabilité et qu’il ne faudrait pas que cette période turbulente causée par leur candidature à l’UE se traduise par une régression de l’état de santé des populations et par la régression des systèmes de santé. Notre rôle est de veiller avec les pays à ce que la santé ne régresse pas au lieu de progresser. Le meilleur moyen est de les aider à développer des systèmes d’information, des indicateurs qui leur permettent une observation permanente. C’est un peu difficile, mais on s’y emploie. C’est pour nous un objectif prioritaire. Il ne faut pas dire non plus que l’UE ne nous concerne pas. L’UE nous concerne parce qu’elle est l’un de nos partenaires. Si nous pouvons l’aider, en particulier la Direction de la Santé, à profiter de l’adhésion pour faire progresser la santé, nous le ferons. En particulier, nous aimerions mettre sur pied avec l’UE un système d’observation, de recueil d’informations qui servirait les pays candidats. Le processus d’élargissement lui-même ne concerne pas l’OMS, mais il a des conséquences pour les pays et ces conséquences nous incitent à travailler ensemble. Nous aurons ainsi une réunion en octobre avec l’UE sur ce sujet. Nous avons préparé un document politique reflétant la position du Bureau européen dans ce problème. Ensuite, il y aura probablement une réunion des pays, soit pendant la présidence du Danemark, soit pendant celle de la Grèce, l’année prochaine. C’est donc l’un des sujets sur lesquels j’espère que nous allons progresser dans les mois à venir. Mais il ne s’agit pas seulement de l’information sur la santé des pays candidats à l’UE: il y a des pays qui ne sont pas candidats ou des pays dont la candidature n’est pas d’actualité mais qui nous intéressent tout autant.