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La
Suisse au Conseil de sécurité? Interview de lAmbassadeur
François Nordmann, Représentant permanent de la Suisse près
les organisations internationales à Genève et Observateur permanent
auprès de lOffice des Nations Unies depuis décembre 1999.
Interview by Jean Michel Jakobowicz.
  Quel
effet cela faisait-il dêtre Ambassadeur auprès des Nations
Unies sans en être membre ? La Suisse nétait
certes pas membre des Nations Unies, mais elle est membre de toutes les organisations
spécialisées. Dans ces enceintes, elle avait le plein exercice de
ses droits, à égalité avec les autres États. Cest
uniquement dans ses relations avec lOffice des Nations Unies à Genève
quil y avait une différence, par exemple au sein du comité
diplomatique. Tout le monde savait que la Suisse finirait par adhérer,
mais que cétait une évolution lente. Cétait plus
un sujet de conversation quun réel problème avec mes collègues. Quest-ce
qui va être différent après le mois de septembre ?
Essentiellement le fait que certains dossiers discutés à Genève
dans des commissions vont devoir être « accompagnés »
à New York, par exemple ceux des droits de lhomme ou du désarmement.
Jusquà présent, nous pouvions nous exprimer à la Commission,
mais ensuite, nous navions plus voix au chapitre. Maintenant, nous allons
devoir assurer la continuité jusquau sein de lAssemblée
générale. Quavez-vous fait
personnellement pour aider à ladhésion de la Suisse aux Nations
Unies ? Sur un plan politique, la campagne a été
menée par les partis, par un comité ad hoc et par les représentants
de léconomie suisse. Cela a été un mouvement national
qui a eu des relais dans tous les cantons. La Mission à New York et celle
de Genève avaient un rôle dinformation du public. Notre tâche
était de dire ce quétait lONU, comment les choses fonctionnaient
pratiquement. Nous avons fait des exposés à ceux qui nous le demandaient,
nous avons donné des interviews à la presse car notre action était
essentiellement de soutenir la position du Conseil fédéral. Quest-ce
que cela va changer pour votre successeur ? LONU,
cest principalement à New York. Pour Genève, le changement
sera essentiellement psychologique. Il est quand même beaucoup plus agréable
de pénétrer au Palais des Nations la tête haute plutôt
que de raser les murs en essayant déviter untel qui va magonir
de reproches parce que la Suisse a tourné le dos à la communauté
internationale. Javais des collègues qui avaient déjà
tout un discours prêt dans ce sens. Je savais exactement ce quils
allaient me dire. Mon successeur fera partie dune grande société
dont les actions sont cotées en bourse
Ce nest peut-être pas un exemple très positif au jour daujourdhui
Je veux dire par là quil participera à un échange
avec dautres États sur des textes, des soutiens de candidatures,
des votes
Jusquà présent, on savait que les Suisses
navaient pas la possibilité de le faire, nous étions donc
des partenaires moins intéressants. On nous écoutait poliment mais
on savait quà un moment donné, notre influence sarrêtait.
Ce nest désormais plus le cas. Est-ce
que cela va modifier quelque chose à la position de la Suisse dans le concert
des nations ? Oui et non. Non, parce que la Suisse a pris grand
soin de proclamer quelle allait poursuivre sa politique de neutralité.
Oui, parce quelle va devoir se positionner par rapport à un certain
nombre de thèmes, de problèmes quaujourdhui elle ne
traite pas, ne serait-ce que pour se prononcer sur les résolutions de lAssemblée
générale. Elle va devoir se situer et relever les défis qui
ne manqueront pas de se produire. Elle va pouvoir jouer le jeu de donner et prendre
qui caractérise lAssemblée générale. À
quoi pensez-vous lorsque vous dites que la Suisse va devoir se positionner ?
Aujourdhui, la Suisse défend des points de vue dans divers domaines,
qui touchent à beaucoup daspects de la sécurité humaine
concept qui embrasse la sécurité proprement dite, mais aussi
le développement durable, la lutte pour la paix et le désarmement,
etc. Il sagit concrètement du droit international humanitaire, de
la politique de paix, de développement de létat de droit et
de la démocratie. Nous allons certainement nous intéresser à
cette problématique et approfondir nos contacts avec le réseau dEtats
qui travaillent déjà de concert dans ce secteur. Nous devons développer
une diplomatie au niveau de lOrganisation mondiale, dans un contexte politique,
tout en préservant notre neutralité , nous allons rechercher des
partenaires, à linstar de ce que nous faisons déjà
dans dautres enceintes que les Nations Unies (OSCE, OMC, OCDE, Conseil de
lEurope, etc.)  Est-ce
que le fait dentrer aux Nations Unies va avoir un impact sur la Suisse ?
Notre politique étrangère, dotée dun nouvel
instrument et dun champ daction élargi, va prendre un nouvel
essor. Beaucoup de pays vont suivre nos premiers mouvements sur cette scène
et nous serons exposés à des problèmes nouveaux, ce qui ne
manquera pas davoir un impact, notamment didactique, sur lopinion
publique suisse, très attentive à ce que les Nations Unies peuvent
faire. La Suisse, membre permanent du Conseil
de sécurité ? Nous allons devoir tout dabord
consolider ladhésion. Je veux dire par là quil faudra
un certain nombre dannées pour que nous maîtrisions linstrument
et que nous soyons à laise. Nous devons aussi nous affirmer dans
notre groupe géographique. Et nous devrons envisager les éventuelles
candidatures dans les différents organes sur la base de nos priorités
et de nos intérêts. Le Conseil de sécurité ne répond
pas pour linstant à ces critères. Un jour viendra où
nous pourrons apporter notre contribution à cet organe. Pour le moment,
nous voulons commencer par être un bon État membre de lAssemblée
générale. Pour linstant,
il ny a pas de haut fonctionnaire suisse dans lOrganisation. Votre
adhésion va-t-elle changer les choses ? Jusquà
présent, le Secrétaire général devait se justifier
à chaque fois quil nommait un haut fonctionnaire suisse, ce ne sera
plus le cas dorénavant. Il nous incombe de proposer des candidatures valables,
de former des gens, de pousser des jeunes à entrer assez tôt dans
lOrganisation pour y faire carrière. Est-ce
que cela va changer quelque chose à la présence des fonctionnaires
suisses dans le secrétariat ? En raison de notre
non-appartenance à lOrganisation, le nombre de fonctionnaires suisses
dans lOrganisation était très faible. Après le mois
de septembre, nous aurons droit comme tous les pays à un quota. De ce fait,
il y aura sûrement plus de fonctionnaires suisses aux Nations Unies. Vous
allez maintenant occuper le poste dAmbassadeur suisse à Paris. Votre
prochaine mission est-elle de travailler à ladhésion de la
Suisse à lUnion européenne ? Tout dabord,
lUnion na pas son siège à Paris et de surcroît,
ladhésion est un problème de politique intérieure beaucoup
plus complexe que ladhésion à lONU. Elle met en jeu
beaucoup plus déléments. Elle implique une modification du
fonctionnement même de la démocratie. Elle comporte un transfert
de souveraineté, elle implique des changements dans la vie économique.
Le débat est engagé en Suisse et il est loin dêtre clos.
Lavenir nous en dira plus. Tout ce que je peux faire à ce propos,
ce sera de rapporter depuis Paris lévolution de lUnion. La
décision reste celle du peuple. |