UNSpecial No 610– Septembre - September 2002
 

Discours CFPI

Marlène Sequeira

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Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs et chers collègues, Je vous remercie de me donner la parole, que je prends aujourd’hui en ma qualité de secrétaire exécutive du Conseil de coordination du personnel de l’Office des Nations Unies à Genève. J’ai suivi depuis Genève tout ce qui s’est déroulé la semaine dernière ici à la Commission, en commençant avec le discours de notre Secrétaire général. Mais je ne vais pas vous parler des traitements et indemnités.

Je désire vous faire part de mon sentiment et de celui de tous mes collègues à Genève concernant les conclusions de l’enquête salariale des fonctionnaires de la catégorie des Services généraux. Malgré les nombreux obstacles, les représentants du personnel de l’ONU Genève ont accompagné à chaque étape le déroulement de l’enquête pour répondre à l’immense attente de milliers de fonctionnaires des Services généraux dont les salaires ont été gelés depuis plus de 7 ans. Les individualités, les certitudes des uns et les frustrations des autres ont fait que, tout au long de la procédure d’enquête, plus personne ne faisait confiance à personne. Ce fut une expérience douloureuse pour chacun de nous.

Toutefois, et ceci est important à souligner, chacun des membres du Comité chargé de l’enquête – administration et personnel – ainsi que le secrétaire exécutif adjoint et moi-même avons dépensé une énergie incalculable de travail en des réunions interminables qui nous ont tous éloigné pendant de longues heures de nos fonctions en nos diverses qualités. Je ne peux pas vous donner toute la liste des heures passées pendant la semaine – souvent jusqu’après minuit (décalage horaire oblige) – et pendant les week-ends et jours de congés pour essayer de trouver un terrain d’entente entre tous les acteurs de cette longue enquête. Malgré les résultats qui sont en deçà de nos attentes, je tiens à vous remercier, Monsieur le Président, ainsi que les membres de la Commission pour votre flexibilité dans le déroulement de cet exercice.

Nous espérions la prise en compte du facteur de discrimination salariale entre les hommes et les femmes dans le calcul de la nouvelle échelle de salaires. Nous l’espérions parce que cette discrimination existe réellement. La discrimination salariale ne peut pas être imputée aux Etats, car elle est condamnée dans les lois que les gouvernements ont votées; mais elle existe chez les employeurs. La dénoncer ne peut donc pas porter préjudice aux Etats. Arguer que prendre en considération l’étude du Pr Flückiger pose un problème politique n’est pas acceptable. En revanche, l’ONU se doit de prouver qu’elle est le meilleur employeur – rappelez-vous les principes Flemming et Noblemaire. Ne pas prendre en considération la discrimination salariale dans le calcul des salaires revient à dire que ce qui est inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’homme ne peut pas s’appliquer à l’ONU. Je vous annonce que les représentants du personnel de l’ONU Genève continueront à lutter pour que cet important élément soit pris en compte.

Je voudrais réitérer ce que j’ai dit lors de précédentes réunions, que ce soit aux sessions de la Commission, du Groupe de travail à Vienne et à Paris, et aussi dans d’autres instances. A force de vouloir appliquer à l’Organisation des Nations Unies des contraintes semblables à celles du secteur privé, nous courons à la catastrophe. Je me permets de vous faire remarquer que, dans le secteur privé, les années 80 et 90 ont vu la croissance d’entreprises mues par le profit et la productivité à outrance et qui avaient oublié d’inclure dans leurs plans de restructuration le facteur humain. Nous assistons à présent à la chute de ces entreprises pour lesquelles les clients – qu’ils soient ou non actionnaires – ont retiré leur confiance.

Les milliers d’employés qui ont perdu leur emploi sont à présent une charge financière supplémentaire pour leur gouvernement, sans compter les vies brisées et les jeunes générations qui sont témoins de ces drames.

Tout ce qui se passe dans les sociétés qui font le monde se retrouve à l’Organisation des Nations Unies, parce que nous représentons le monde. Gardez-vous de provoquer par vos décisions budgétaires une perte de confiance en l’Organisation. Les entreprises peuvent se relever et les hommes peuvent en créer d’autres. Si nous perdons l’Organisation c’est l’humanité tout entière qui souffrira. Je vous demande instamment de ne pas avoir une vision minimaliste et réductrice du rôle de l’Organisation; il faut prendre des risques et s’inspirer du processus historique qui fait que l’ONU est encore là depuis près de 60 ans – ce qui n’est pas le cas pour un nombre incalculable d’entreprises et de multinationales fort célèbres. Les conjonctures et idéologies temporaires et transitoires ne doivent pas guider cette organisation.

Le personnel dévoué et compétent qui fait marcher cette maison mérite mieux qu’un avenir incertain fondé sur la crainte du défi et la peur du changement. Le personnel de l’Office des Nations Unies à Genève, le plus grand centre de conférences de l’Organisation, ne produit pas des saucisses et ne vend pas du fromage pour la fondue. Il fournit un service incalculable.

Il faut à présent s’atteler à la préparation de la nouvelle méthodologie et prendre en compte tous les facteurs qui ont été un frein dans la mise en ouvre de la dernière. Les représentants du personnel de Genève, comme les représentants du personnel de tous les lieux d’affectation concernés, sont partie prenante à l’examen des éléments qui la composeront. L’expérience que nous venons de vivre nous a confortés dans l’idée qu’il est essentiel de prendre contact à tous les niveaux, et dès à présent, avec le monde du travail des lieux d’affectation. Il est vital d’établir des liens entre les entreprises et les organisations et tisser ainsi un tissu de confiance pour assurer le meilleur déroulement de nos futures enquêtes. Il faut également étudier régulièrement le marché de l’emploi et analyser son évolution car l’emploi des fonctionnaires de la catégorie des Services généraux est intimement lié à la situation économique des pays hôtes. Ce ne sont là que quelques suggestions , je suis persuadée que votre expérience, Monsieur le Président, et l’expérience des membres du secrétariat de la Commission sauront vous guider pour identifier les moyens de vous aider et de nous aider dans l’exercice si difficile des enquêtes salariales.

Je vous remercie.