UNSpecial No 610– Septembre - September 2002
 

Premier article d’une série

Comment vont nos pensions?

Jean Michel Jakobowicz, ONU

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Depuis quelques mois il ne se passe pas de jour sans que je rencontre un collègue qui me pose la question: « Avec la bourse qui tombe, reste-t-il encore de l’argent pour payer ma pension? » Suite à la réunion du comité mixte des pensions en juillet dernier, j’ai à la fois une bonne et une moins bonne nouvelle pour tous ces collègues: dans le long terme, la caisse va très bien, dans le court terme c’est beaucoup moins brillant.

En effet la 26ème « valuation » actuarielle qui consiste à évaluer les dépenses et les ressources présentes et futures du fonds est positive. Pour la troisième valuation consécutive – elles sont faites tous les deux ans – il y a un excédent des recettes potentielles sur les dépenses futures. Ces fameuses valuations tiennent compte du fait que nous vivons de plus en plus vieux, de l’inflation, que nous serons toujours plus nombreux à être retraités et de mille et une choses toutes aussi imprévisibles les unes que les autres. Donc, sur ce front tout va pour le mieux. Dans le court terme, par contre et du point de vue des investissements, ce n’est pas la joie.

Dès 1996, et sans cesse depuis, une voix isolée au comité permanent de la caisse des pensions et dans les colonnes de UN Special dénonçait le fait que la caisse investissait trop en bourse. 69% paraissait une proportion beaucoup trop importante pour répondre à l’un des critères gouvernant les investissements, c’est-à-dire la sécurité. A l’époque, nous avions 16 milliards de dollars en caisse. Mais voilà les experts affirmaient que seules les actions étaient rentables dans le long terme. La seule voix détonante resta sans écho. Et les fameux experts de sourire avec indulgence face à ce représentant des participants qui essayait de jouer dans la cour des grands. Résultats, cinq ans plus tard nos fonds atteignaient les 26 milliards de dollars et deux ans plus tard, nous étions « revenus » à 19-20 milliards.

En d’autre terme, grâce à cette politique d’achat boursier à outrance, sur une période de 7 ans, nos investissements ont eu un taux de rendement faramineux de… 2 à 3% c’est-à-dire bien au-dessous de n’importe quel livret d’épargne de père de famille. Merci messieurs les experts… De plus, d’après les calculs de la caisse fait sen mars dernier, sur les 20 dernières années la rentabilité des obligations était égale à celle des actions. Il y a fort à parier qu’à l’heure actuelle si, il y a 20 ans nous avions investi nos fonds en obligations garanties par les états, nous serions gagnants aussi bien du point de vue de la sécurité que du point de vue de la rentabilité.

Ce qu’il y a à reprocher dans la gestion de nos fonds, c’est qu’une pensée unique a dominé la stratégie. Alors qu’en Europe les caisses de pension n’ont en général pas le droit d’investir plus de 45% de leurs fonds en bourse (20% pour l’AVS), aux Etats Unis il n’est pas rare de voir certains fonds mettre jusqu’à 95% de leurs avoirs en actions. En 2000, en plein milieu de l’euphorie, un séminaire organisé par la Commission économique des Nations unies pour l’Europe (CEE-ONU) tirait le signal d’alarme: attention la bulle spéculative va exploser. Ces conclusions ont été rapportées au comité des pensions mais en vain. Le seul leitmotiv des experts: » Dans le long terme, les actions sont gagnantes ». Je suppose que ceux qui ont perdu toutes leur billes dans les actions Swissair ou dans celles d’Enron seront contents de l’apprendre.

Nous, fonctionnaires des Nations Unies, venons d’un grand nombre de cultures, d’un grand nombre d’horizons, il est regrettable que seul une approche domine. Comme je le disais en 1998 dans ces colonnes, il n’est absolument pas question de faire une croix sur les actions, mais beaucoup plus simplement comme le disait ma mère qui avait pour seule expertise celle du bon sens, il est imprudent de mettre tous ses oufs dans le même panier. Et c’est pourtant ce que nous avons fait et continuons à faire. Si au jour d’aujourd’hui, nous n’avons plus que 54% investi en bourse ce n’est pas à cause d’un changement de politique mais simplement parce que notre capital action a perdu près de 45% de sa valeur (de 18 milliards en 2000 à 10 milliards en 2002).

Le comité a envoyé un signal en demandant de nommer au comité des investissements des experts non seulement en actions mais aussi dans les autres domaines d’investissements tels qu’obligations et immobilier. Mais cela risque d’être trop long et insuffisant car c’est l’esprit qu’il faudrait changer et ça c’est loin d’être facile.

L’auteur est représentant des participants à la caisse des pensions.

    Comment ça marche?

Le Secretaire général des Nations Unies est seul responsable des investissements de la caisse des pensions.  Il délègue ses prérogatives à son représentant spécial, le chef de l'administration qui est seul habilité à signer les achats et ventes de capitaux du fonds.  La caisse elle-même est divisée en deux branches, la première dirigée par un président directeur général s'occupe de tout ce qui est rentrée des cotisations et versements des pensions.  La seconde entité gère les investissements à sa tête un D-2 qui ne rend des comptes qu'au représentant spécial.  Il reçoit des conseils du comité des investissements - un groupe de banquières international qui se réunit quatre fois par an et donne gratuitement des conseils généraux sur ce qu'il faut faire.  It reçoit aussi des conseils de spécialistes et de banques. C'est sur la base de ces conseils que sont faits les investissements.  Le Comité des pensions, donc vos représentants peuvent dire ce qu'ils veulent cela n'a aucun impact sur la politique d'investissements du fonds.