UNSPECIAL No 605– MARS - MARCH 2002

ONU: Les journalistes ont signé une pétition pour défendre la langue de Molière

Le français disparaît au profit de l’anglais à l’ONU à Genève

Le français, une langue morte? Pas encore. Mais sa lente agonie se poursuit aux Nations Unies jusque dans la cité francophone de Calvin. Un groupe de journalistes a pris les choses en main pour sonner l’alarme. Ils ont écrit – en français – une pétition adressée à la porte-parole de l’information, Marie Heuzé, et signée par leurs nombreux collègues pour s’insurger contre le fait que certaines organisations du sys- tème de l’ONU ne donnent plus «qu’une place secondaire, voire marginale au français». Or, le français avec l’anglais sont les deux langues officielles de travail de l’Organisation.

Carences financières
Les pétitionnaires mouchent, sans la désigner nommément, l’Union internationale des télécommunications (UIT) qui de manière désormais routinière, fait parvenir ses communiqués de presse dans la langue de Shakespeare. Mais au-delà de l’UIT, le problème est général. Environ, 90% des documents produits à l’ONU à Genève le sont en langue anglaise au point que même les personnes de langue maternelle française préfèrent désormais écrire en anglais ne serait-ce que pour être lus et promouvoir leur carrière. Certes, les documents continuent à être traduits mais la vie quotidienne des organisations se passe en anglais.

Le directeur général des Nations Unies à Genève, Vladimir Petrovsky, aujourd’hui sur le départ après une dizaine d’années en fonction, ne parie toujours pas sur la langue de Molière. L information et la communication aux médias se font, elles aussi, toujours davantage en anglais, au risque de «pénaliser [comme le relève la pétition] d’importants contingents de journalistes chinois, africains, arabes, de l’Europe de l’Est, etc., ne maîtrisant souvent comme langue de travail que le français». Dans les différentes agences onusiennes, on avance deux arguments pour se justifier: «le manque de ressources financières et «la nécessité dans l’urgence d’informer les journalistes plutôt que d’être linguistiquement correct».

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L’initiateur de la pétition, Mostafa Benhamza, de l’agence de presse marocaine, donne un exemple, parmi d’autres, du déclin du français: «à l’Organisation mondiale du commerce, il faut des jours et des jours, pour que les traductions françaises nous parviennent et parfois, elles n’arrivent jamais. De toute manière, à ce moment-là, elles n’ont plus aucun interêt». La mission française ne cache pas sa préoccupation. L’ambassadeur français auprès de l’ONU a même eu un haut-le-cur, lorsqu’il s’est rendu à un séminaire de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui se tenait à Lyon, en anglais et... en russe! Finalement, son ministre de la Santé, Bernard Kouchner, qui était présent, s’est exprimé en français. L’honneur fut sauf, mais de justesse.

Face à l’hégémonie de l’anglais, l’heure n’est plus à la confrontation directe, réalisme oblige. L’ambassadeur de la Francophonie, Xavier Michel, croit à une stratégie d’alliance avec les hispanophones, arabophones et russo- phones pour défendre ce qui reste du plurilinguisme.

Pierre Hazan. Extrait du journal «Le Temps» 4.02.2002.