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Un travail passionnant
Interview de Marlène Sequeira, Secrétaire
exécutive du Conseil de coordination
Comment trouvez-vous le travail de secrétaire
exécutive du Conseil de coordination?
Cest un travail très passionnant. Cest une immersion
totale dans les problèmes auxquels sont confrontés les fonctionnaires.
Cest, comme cela se disait sous la révolution fran- çaise,
se consacrer entièrement au bien public. Cest une forme de
sacerdoce. Il faut travailler, travailler et travailler encore. Je passe
en moyenne dix heures au bureau quand ce nest pas plus. Mais cest
une expérience extraordinaire ou lon apprend énormément.
Comment êtes-vous arrivée là?
Pendant toute ma carrière aux Nations Unies jai
toujours cherché à apprendre. Jai suivi des cours
à lONU et à lextérieur, non pas tellement
pour faire carrière mais pour découvrir. Javais envie
dapprendre ce quétait la représentation du personnel
et, si possible, daider les collègues qui en ont besoin,
et ils sont très nombreux. Mon devoir en tant que secrétaire
exécutive est de les écouter et de les aider. Mais ce nest
pas toujours chose facile.
Est-ce quêtre Secrétaire
exécutive du Conseil cest « bon » pour la carrière?
Franchement, non! Mes prédécesseurs sont là
pour en témoigner. Et en plus, je nai pas eu besoin de cela
pour faire une carrière. Jai commencé en 1969 comme
G.2 au pool français à New York. Je suis maintenant P.5,
chef de la Section dédition des documents officiels à
la Division des services de conférence. Mais je peux vous dire
que la notion de carrière na jamais été ma
priorité. Daprès moi, avec beaucoup de travail et
un peu de chance les choses finissent toujours par bouger dans la vie.
Beaucoup de gens disent que le Conseil passe
plus de temps à se chamailler quà faire des choses
constructives. Est-ce vrai?
Au début de mon mandat, je dois
humblement avouer que je me suis laissé prendre à ce jeu
pervers que certains aiment à jouer. Jai perdu près
de la moitié de mon temps à me défendre contre les
accusations que certains portaient contre moi. Et puis, tout à
coup, poussée par le courrier de nombreux collègues, je
me suis dit que je navais pas été élue pour
cela. Après deux mois, jai décidé dignorer
mes détracteurs et de travailler uniquement à défendre
le personnel. Je crois que, si lon veut bien faire ce travail, il
vaut mieux mettre son ego dans sa poche avec un mouchoir par-dessus.
Quest-ce qui vous frustre le plus dans
ce poste?
Cest le manque de temps. Jaimerais que les journées
aient au moins trois ou quatre heures de plus, pour pouvoir aider tous
ceux qui en ont besoin et faire tout le travail quil y a à
faire.
Quelle a été votre première
action?
Redonner une certaine crédibilité aux représentants
du personnel. Quand je suis arrivée, plus personne ne voulait nous
parler. Je suis certaine quil est bon davoir lesprit
combatif. Encore faut-il avoir un interlocuteur, car passer son temps
à dire que ladministration nous «maltraite»
cest puéril et surtout ça ne mène à
rien. Quand je suis arrivée, ladministration ne voulait plus
voir les représentants du personnel; New York ne voulait plus entendre
parler de nous. Cela prouvait peut-être que nos positions étaient
fortes, mais cela ne servait strictement à rien parce que nous
navions plus aucun interlocuteur. Restaurer cette crédibilité
à été une lourde tâche, mais cela a marché.
Que sest-il passé au SMCC?
Cétait mon premier SMCC et jai eu la même
impression que tous mes collègues. Le dialogue semblait exister
entre ladministration et les représentants du personnel.
Les négociations avançaient mais les positions individuelles
étaient fortes; finalement, sur les points les plus controversés,
ladministration a campé sur ses positions. Certes, il ny
a pas eu de prise de becs; mais nous navons pas réussi à
faire admettre le point de vue des représentants. Le SMCC est parfois
un dialogue de sourds. Je nen veux pour preuve que le fait que le
rapport final a été transmis au Secrétaire général
sans que nous ayons examiné la dernière mouture. Et, de
fait, les vues des représentants du personnel ny étaient
pas toutes présentes. Nous aurons dans quelques jours, lors de
la XVIIe Assemblée générale du CCISUA, loccasion
de discuter de la suite à donner à cette affaire. Je crois
quil doit y avoir une révision des mécanismes qui
régis- sent le dialogue entre ladministration et les représentants
du personnel. Et nous sommes bien décidés à faire
changer les choses dans ce domaine.
Quel a été le meilleur moment
de votre année?
A nen pas douter cest le jour de la remise du
prix Nobel. Nous étions trois représentants du personnel
à accompagner le Secrétaire général à
Oslo, lun du Field, lautre du HCR et moi-même. Nous
avons été merveilleusement bien accueillis. Ce fut très
chaleureux et nous avons tous ressenti une grande fierté pour lOrganisation
et ses fonctionnaires. Le roi de Norvège, les membres du Comité
Nobel et même les enfants nous ont reçus très simplement
et avec une telle chaleur quà certains moments nous en avions
les larmes aux yeux. Et puis il y a eu cette rencontre avec tous les prix
Nobel encore vivants, puisque à loccasion du centième
anniversaire du prix, le Comité avait décidé dinviter
tous les lauréats. Ça aussi ça a été
une expérience exceptionnelle.
Vous allez vous représenter?
Je ne sais pas encore. Le fait est que je ne regrette pas une
minute de mon année passée ici. Et je trouve que tous les
fonctionnaires devraient au moins une fois dans leur carrière passer
un an ou deux à défendre leurs collègues.
Interview by Jean Michel Jakobowicz.
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