UNSPECIAL No 604– FEVRIER 2002
 

Un travail passionnant

Interview de Marlène Sequeira, Secrétaire exécutive du Conseil de coordination

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Comment trouvez-vous le travail de secrétaire exécutive du Conseil de coordination?
C’est un travail très passionnant. C’est une immersion totale dans les problèmes auxquels sont confrontés les fonctionnaires. C’est, comme cela se disait sous la révolution fran- çaise, se consacrer entièrement au bien public. C’est une forme de sacerdoce. Il faut travailler, travailler et travailler encore. Je passe en moyenne dix heures au bureau quand ce n’est pas plus. Mais c’est une expérience extraordinaire ou l’on apprend énormément.

Comment êtes-vous arrivée là?
Pendant toute ma carrière aux Nations Unies j’ai toujours cherché à apprendre. J’ai suivi des cours à l’ONU et à l’extérieur, non pas tellement pour faire carrière mais pour découvrir. J’avais envie d’apprendre ce qu’était la représentation du personnel et, si possible, d’aider les collègues qui en ont besoin, et ils sont très nombreux. Mon devoir en tant que secrétaire exécutive est de les écouter et de les aider. Mais ce n’est pas toujours chose facile.

Est-ce qu’être Secrétaire exécutive du Conseil c’est « bon » pour la carrière?
Franchement, non! Mes prédécesseurs sont là pour en témoigner. Et en plus, je n’ai pas eu besoin de cela pour faire une carrière. J’ai commencé en 1969 comme G.2 au pool français à New York. Je suis maintenant P.5, chef de la Section d’édition des documents officiels à la Division des services de conférence. Mais je peux vous dire que la notion de carrière n’a jamais été ma priorité. D’après moi, avec beaucoup de travail et un peu de chance les choses finissent toujours par bouger dans la vie.

Beaucoup de gens disent que le Conseil passe plus de temps à se chamailler qu’à faire des choses constructives. Est-ce vrai?
Au début de mon mandat, je dois humblement avouer que je me suis laissé prendre à ce jeu pervers que certains aiment à jouer. J’ai perdu près de la moitié de mon temps à me défendre contre les accusations que certains portaient contre moi. Et puis, tout à coup, poussée par le courrier de nombreux collègues, je me suis dit que je n’avais pas été élue pour cela. Après deux mois, j’ai décidé d’ignorer mes détracteurs et de travailler uniquement à défendre le personnel. Je crois que, si l’on veut bien faire ce travail, il vaut mieux mettre son ego dans sa poche avec un mouchoir par-dessus.

Qu’est-ce qui vous frustre le plus dans ce poste? 
C’est le manque de temps. J’aimerais que les journées aient au moins trois ou quatre heures de plus, pour pouvoir aider tous ceux qui en ont besoin et faire tout le travail qu’il y a à faire.

Quelle a été votre première action?
Redonner une certaine crédibilité aux représentants du personnel. Quand je suis arrivée, plus personne ne voulait nous parler. Je suis certaine qu’il est bon d’avoir l’esprit combatif. Encore faut-il avoir un interlocuteur, car passer son temps à dire que l’administration nous «maltraite» … c’est puéril et surtout ça ne mène à rien. Quand je suis arrivée, l’administration ne voulait plus voir les représentants du personnel; New York ne voulait plus entendre parler de nous. Cela prouvait peut-être que nos positions étaient fortes, mais cela ne servait strictement à rien parce que nous n’avions plus aucun interlocuteur. Restaurer cette crédibilité à été une lourde tâche, mais cela a marché.

Que s’est-il passé au SMCC?
C’était mon premier SMCC et j’ai eu la même impression que tous mes collègues. Le dialogue semblait exister entre l’administration et les représentants du personnel. Les négociations avançaient mais les positions individuelles étaient fortes; finalement, sur les points les plus controversés, l’administration a campé sur ses positions. Certes, il n’y a pas eu de prise de becs; mais nous n’avons pas réussi à faire admettre le point de vue des représentants. Le SMCC est parfois un dialogue de sourds. Je n’en veux pour preuve que le fait que le rapport final a été transmis au Secrétaire général sans que nous ayons examiné la dernière mouture. Et, de fait, les vues des représentants du personnel n’y étaient pas toutes présentes. Nous aurons dans quelques jours, lors de la XVIIe Assemblée générale du CCISUA, l’occasion de discuter de la suite à donner à cette affaire. Je crois qu’il doit y avoir une révision des mécanismes qui régis- sent le dialogue entre l’administration et les représentants du personnel. Et nous sommes bien décidés à faire changer les choses dans ce domaine.

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Quel a été le meilleur moment de votre année? 
A n’en pas douter c’est le jour de la remise du prix Nobel. Nous étions trois représentants du personnel à accompagner le Secrétaire général à Oslo, l’un du Field, l’autre du HCR et moi-même. Nous avons été merveilleusement bien accueillis. Ce fut très chaleureux et nous avons tous ressenti une grande fierté pour l’Organisation et ses fonctionnaires. Le roi de Norvège, les membres du Comité Nobel et même les enfants nous ont reçus très simplement et avec une telle chaleur qu’à certains moments nous en avions les larmes aux yeux. Et puis il y a eu cette rencontre avec tous les prix Nobel encore vivants, puisque à l’occasion du centième anniversaire du prix, le Comité avait décidé d’inviter tous les lauréats. Ça aussi ça a été une expérience exceptionnelle.

Vous allez vous représenter?
Je ne sais pas encore. Le fait est que je ne regrette pas une minute de mon année passée ici. Et je trouve que tous les fonctionnaires devraient au moins une fois dans leur carrière passer un an ou deux à défendre leurs collègues.

Interview by Jean Michel Jakobowicz.