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Défendre les valeurs des
Nations Unies
Cette interview de Mr. Kofi Annan, Secrétaire
général des Nations Unies a été effectuée
avant les tragiques évènements qui ont endeuillé
les Etats-Unis.
UN Special:
Quest-ce qui vous a fait accepter le renouvellement de votre mandat
comme Secrétaire général des Nations Unies?
Si je vous comprends bien, vous me demandez ce qui ma
poussé à permettre que mon nom soit considéré
par les Etats membres pour ce poste en fait, cest une question
que je me suis posée pendant de nombreux mois. Jai passé
la plus grande partie de ma vie professionnelle à défendre
les valeurs et le travail des Nations Unies, qui, jen suis persuadé,
incluent les plus nobles idéaux de lhumanité. Jai
aussi été sensible à lappel du devoir. De plus,
javais sous les yeux lexemple de nombreux membres du personnel
des Nations Unies, qui chaque jour font des sacrifices, y compris ceux
qui servent lOrganisation en prenant de grands risques, loin de
chez eux, dans des missions de maintien de la paix ou dans des missions
humanitaires, ou dautres qui font des tâches essentielles
aux quartiers généraux. Je suis sans cesse conscient que
cest leur dévouement qui me permettent de faire ce que jai
à faire en tant que Secrétaire général, et
je tire ma force de leur exemple.
Même avec toutes ces bonnes raisons, jai dû réfléchir
sur le fait de savoir si je pouvais servir les intérêts des
Nations Unies avec toute lénergie et tout le dévouement
que ce travail demande. Je savais que si je devais servir pour un autre
mandat en tant que Secrétaire général, mes défis
et mes responsabilités auraient des répercussions sur ma
famille et ma vie personnelle. Ce qui fait que je nai pu me décider
quaprès avoir réfléchi avec soin et des discussions
fort longues avec ma famille et ma femme Nane, qui a été
mon plus grand soutien pendant les bons et les mauvais moments. Maintenant
avec le recul, je suis certain que jai fait le bon choix, et je
suis très honoré que les Etats membres maient confié
un second mandat.
En 1997, juste après votre élection,
vous avez donné à UN
Special une vue densemble
des objectifs de votre PAS en tant que Secrétaire général
et en 1999 vous en avez brossé une évaluation à mi-mandat.
Daprès vous, quelle évaluation méritez-vous
pour ces 5 dernières années et quels sont vos objectifs
pour votre second mandat?
Dune façon générale, je trouve difficile de
parler de mes propres accomplissements. Je préfère laisser
à dautres le soin de les évaluer. Mais dans la mesure
où vous mavez demandé de parler des objectifs de mon
PAS, je me sens obligé dy répondre, parce que je sais
que mon personnel depuis la haute administration jusquau
bas de léchelle travaille très dur sur cet
exercice du PAS.
Les Nations Unies ont encore beaucoup à faire pour satisfaire
les espoirs de paix, de développement et de droits de lhomme
de lhumanité. Mais je crois avoir fait de mon mieux pour
amener une énergie nouvelle à cette organisation. Nous avons
réformé les Nations Unies comme jamais cela navait
été fait dans toute son histoire, la rendant plus efficace
et mieux à même de satisfaire les besoins des peuples pour
le service desquels elle a été créée.
Jai travaillé avec les Etats membres afin de définir
un nouvel ordre du jour pour les Nations Unies, et je crois que nous pouvons
tous être fiers de la déclaration du millénaire, qui
donne des objectifs concrets pour les 10-15 prochaines années en
adressant les plus grands problèmes de notre temps: le désarmement,
la pauvreté, le SIDA, léducation, lenvironnement,
la gouvernance, les droits de lhomme et les besoins spécifiques
de lAfrique. De façon à mieux traiter ces problèmes,
jai ouvert lOrganisation aux peuples du monde et au secteur
privé, parce que je crois que les Nations Unies peuvent devenir
beaucoup plus efficaces en travaillant avec ces importants partenaires.
Nous avons pu le constater dans un certain nombre de domaines, tels que
les mouvements de base qui luttent pour obtenir une interdiction des mines
anti-personnel au niveau international, ainsi que lengagement du
secteur privé vis-à-vis de Global AIDS ou des Fonds pour
la santé. Comme le PAS demande une totale honnêteté,
je dirais que dun point de vue négatif, cest-à-dire
ce que nous navons pas été capables de faire, jaurais
espéré quà ce stade, nous aurions pu recevoir
tout le soutien nécessaire pour les opérations de maintien
de la paix des Nations Unies. Nous sommes maintenant déterminés,
sur la base du rapport Brahimi, à travailler avec les Etats membres
pour renforcer ces opérations afin de leur donner les soutiens
et ressources nécessaires. Maintenant que nous sommes réengagés
dans des opérations de maintien de la paix dans de nombreux endroits
dans le monde, nous ne pouvons pas nous permettre de répéter
nos échecs passés. Cest pourquoi, jai hâte
de mettre en ouvre les recommandations du rapport Brahimi, qui tire dimportantes
leçons de la décennie passée de façon à
nous mettre sur la bonne voie pour le futur.
Quentendez-vous faire pour mieux assurer
la sécurité du personnel sur le terrain?
Cest un sujet qui me tient particulièrement à cour,
car cest une question de vie ou de mort. Les attaques contre le
personnel des Nations Unies et des organisations humanitaires nont
pas cessé ces dernières années. On ne peut espérer
que ces personnes puissent faire leur travail sils ne sont pas protégés
par des forces de sécurité professionnelles et adéquates
et sils ne reçoivent pas une formation dans ce sens. La bonne
nouvelle est que nos efforts pour créer une culture de sensibilisation
à la sécurité, ont payé nombreux membres
du personnel de lONU ont réussi à échapper
à des situations difficiles grâce à la formation quils
ont suivie. LONU continuera à faire tout ce quelle
peut, mais je dois aussi dire que les Etats membres doivent prendre des
mesures plus fermes afin de sassurer que ceux qui attaquent les
travailleurs humanitaires soient remis à la justice. Il est déplorable
quune grande partie de ces actes soient demeurés impunis,
et que ceux qui ont été appréhendés nont
été condamnés quà des peines légères.
Il ny a aucun doute dans mon esprit que lapplication de la
justice, rapidement et fermement par les Etats membres, serait notre meilleur
allié contre de telles attaques. En même temps, je suis reconnaissant
aux Etats membres davoir approuvé par lintermédiaire
de lAssemblée Générale une augmentation, certes
faible, des ressources mises à ma disposition pour assurer cette
sécurité. Grâce à cette augmentation, le quartier
général de UNSECOORD a été renforcé,
ce qui devrait nous permettre de répondre aux crises qui risquent
de se présenter. Plus de personnel a été recruté
pour entreprendre des missions de sécurité, assurer une
meilleure coordination et, en mon nom, exercer une plus grande autorité
dans la gestion du système de sécurité. Nous utilisons
au mieux toutes nos ressources afin de garantir la sécurité
du personnel. Mais en fin de compte, le manque persistant de ressources
financières adéquates et de personnels ont empêché
une grande partie du travail qui devrait être fait. Je fais un certain
nombre de propositions spécifiques à lAssemblée
générale, y compris le recrutement dun coordinateur
de la sécurité à temps plein, que je recommande fortement
aux Etats membres de soutenir. Je compte sur eux pour comprendre que la
sécurité du personnel nest pas un luxe, cest
une donnée essentielle. Le personnel des Nations Unies se met sans
peur face aux armes afin de protéger dautres personnes, et
cest notre devoir de les protéger au mieux.
Que pensez-vous du fait quun tiers des
jeunes arrivant dans lorganisation la quitte au bout
dun an?
Bien sûr, je prends cette question très à
cour, parce que parmi les jeunes professionnels daujourdhui
se trouvent les cadres de demain. Mais je suis content de vous faire part
du fait que nos efforts pour renverser cette tendance fonctionnent, jusquau
point que depuis 1990 le nombre des jeunes fonctionnaires recrutés
par les examens nationaux qui quit- tent lOrganisation diminue constamment.
La satisfaction dans le travail augmente et les départs de lOrganisation
diminuent, ceci grâce à une attention soutenue à leur
besoin de carrière. Depuis 1997, OHRM tient une session dorientation
de cinq jours pour tout nouvel arrivant dans lOrganisation par lintermédiaire
des concours nationaux ou par lexamen de G à P. Durant cette
période dorientation, les jeunes professionnels sont à
même de partager leurs expériences avec leurs pairs et dobtenir
des informations et de laide des chef de programme. Nous ne nous
arrêtons pas là, puisque six mois plus tard, les participants
font un rapport sur leurs progrès dans lOrganisation. Nous
avons ensuite des sessions de suivi sur des sujets choisis par ces jeunes
professionnels. Nous maintenons aussi la communication avec eux, par téléphone,
e.mail et entretiens bilatéraux. Les jeunes professionnels ont
aussi bénéficié datelier de développement
de carrière que OHRM tient depuis quatre ans. Et nous pensons développer
un système de mentor pour tout nouveau jeune professionnel. En
fin de compte, il est de notre devoir de générer chez les
jeunes profession- nels le sens de lengagement vis-à-vis
de lOrganisation, et je crois que tout programme destiné
à les retenir dans lOrganisation va dans le sens dune
amélioration de lONU.
En 1997, vous avez déclaré à
UNS que
le développement de carrière était lune de
vos priorités. Vous avez réitéré cette déclaration
lors de votre interview en 1999. La nouvelle réforme proposée
par OHRM, avec son système de transferts latéraux, rend
encore plus difficile le fait de faire une carrière. Peut-on espérer
que quelque chose se passera dans ce domaine lors de votre second mandat?
Quest-il advenu du projet que vous aviez lorsque vous étiez
Chef du personnel davoir un système de promotion sur le même
poste?
Si cela ne vous ennuie pas, je prendrais ces deux questions ensemble,
parce que je crois quelles sont liées. Le bien le plus précieux
de lOrganisation est son personnel, et cest pourquoi jai
fait du développement de carrière lun des fondements
de la réforme en cours. Mon but est de construire une fonction
publique internationale hautement compétente et flexible capable
de satisfaire aux besoins actuels et futurs de lOrganisation. Je
vois dans le développement de carrière un processus intégré,
dans lequel les besoins des individus sont appariés autant que
faire se peut avec les besoins des Nations Unies dans un esprit de bénéfice
mutuel. Dans ce patnership du développement
de carrière, lOrganisation fournit un certain nombre dopportunités,
de programme de soutien, les gestionnaires stimulent le développement
de leur personnel, et les membres du personnel sont responsables de leur
propre développement professionnel.
Le développement de carrière est lun des aspects
centraux du nouveau système de mobilité, qui donnera au
personnel de plus grandes possibilités de changer de fonction,
de groupe doccupation, de départements et de lieux daffectation.
Dans cette perspective, lintroduction de la nécessité
dun transfert latéral avant une promotion est dans lintérêt
à la fois de lOrganisation et du membre du personnel. Cette
nécessité aide à développer lexpertise
et les connaissances des individus, et accroît leurs horizons et
leur potentiel de développement de carrière, qui incluent
la promotion. De mon point de vue, les mouvements latéraux de personnel
sont une alternative beaucoup plus réalisable pour beaucoup de
personnes que la promotion sur le poste, qui naffecterait quune
petite partie du personnel. En tout état de cause, nous examinerons
ce sujet dune façon beaucoup plus approfondie lors du prochain
SMCC en octobre.
Lisez-vous encore UN
Special ?
La vérité est que je lis UN Special
comme je lis tout ce qui passe sur mon bureau, très rapidement
mais avec un intérêt aigu. Comme vous pouvez limaginer,
je suis inondé de rapports et de correspondance, chaque jour, mais
je fais mon possible pour essayer de lire des publications telles quUN
Special, parce que je suis convaincu que vous jouez un rôle
en mettant à jour des sujets que personne dautres ne traite.
Disons simplement que certaines des questions que vous mavez posées
aujourdhui, personne à ce jour ne me les avait posées!
Une dernière question plus personnelle:
où trouvez lénergie de faire tout ce que vous faites?
Vous allez peut-être être surpris de ma réponse mais
je crois que je tire ma force et je me régénère dans
le fait den faire toujours plus. Je ne parle pas uniquement des
activités liées à mon travail. Je parle du temps
que je passe avec ma femme, ma famille et mes amis. En préservant
une vie privée heureuse, je suis en mesure de me régénérer
pour mes nombreuses tâches publiques comme Secrétaire Général.
Propos recueillis par Jean Michel Jakobowicz.
(Version originale en anglais)
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