C. David.
Antoine Marguier est un jeune chef d’orchestre qui dispose déjà d’une longue et solide expérience.
Très actif à Genève comme à l'international, il a eu l’occasion de rencontrer de nombreux musiciens, issus d’horizons différents. Genève, ville internationale, siège des Nations Unies en Europe était particulièrement désignée pour abriter un vivier de talents musicaux. Aussi, et avec l'aide de quelques bonnes volontés, il a entrepris de constituer un orchestre des Nations Unies à Genève.
Comment résumer votre parcours professionnel et personnel ?
J’ai commencé très jeune la clarinette dans la fanfare de mon village de Franche-Comté. J’ai passé les concours, joué notamment à l’Orchestre des Jeunes de l’Union Européenne, sous la direction de Claudio Abbado. A vingt-trois ans, j’ai été recruté comme clarinettiste par Armin Jordan à l’Orchestre de la Suisse Romande, un poste d’observation unique pour comparer les manières de diriger, qu’il s’agisse de chefs permanents ou invités. Parallèlement, j’ai suivi des classes de direction d’orchestre avec James Levine, Kurt Masur, etc. J’ai été l’assistant de Jesus Lopez-Cobos. Peu à peu, j’ai eu l’occasion de diriger de nombreux orchestres, dont le Philharmonique de Strasbourg, l’OCG, l’Orchestre de Chambre de Lausanne, Contrechamps notamment dans l’Histoire du soldat mis en scène par Omar Porras. J’ai aussi dirigé plusieurs années une formation d’amateurs voisine de Genève, l’Orchestre à Cordes du Pays de Gex. J’ai quitté récemment l’OSR pour me consacrer entièrement à la direction. Je vais diriger en août l’Orchestre de la Haute Ecole de Musique de Genève dans sa tournée de représentation de l’Etat de Genève en Chine. En septembre, je dirigerai une production du Théâtre de la Monnaie à Bruges et à Mulhouse. En outre, je suis professeur de musique de chambre à la Haute Ecole de Musique de Genève.
Quels sont vos maîtres et vos sources d’inspiration ?
Roberto Benzi, que j’ai eu la chance de rencontrer très jeune, demeure mon maître et mon mentor. Je lui dois ma vocation de chef, et tant de conseils qui ont largement contribué à ce qu’elle se réalise. Armin Jordan, créateur d’un son si aérien, accessible dans son humanité profonde, a été aussi un guide précieux, Claudio Abbado pour son exceptionnelle musicalité, et tant d’autres... J’ai un goût particulier pour Mozart, Haydn et Brahms, mais j’aime aussi Mahler, Stravinsky, Bernstein, Copland, Chostakovitch, Ravel, Debussy, Fauré, Tchaïkovsky et bien d’autres... pour ne pas dire tous.
Comment s’inscrit votre activité de chef de formations d’amateurs dans votre parcours général de directeur musical ?
Comme chef d’orchestre, je mène en parallèle une double activité. D’une part, je dirige de façon permanente (depuis 1998) une formation « d’amateurs qualifiés », l’Orchestre Saint-Pierre-Fusterie, à Genève. Les membres de cet ensemble sont bénévoles ; ils ont tous d’autres activités au quotidien, et c’est le seul amour de la musique qui les fédère et les pousse à se retrouver en répétition et en concert – nous sommes d’ailleurs allés ensemble jusqu’au Japon ! D’autre part, en tant que chef invité par des orchestres professionnels (Orchestre National de Lyon, Orchestre symphonique et lyrique de Nancy, OCG, etc.), je fais chaque fois des rencontres et des découvertes riches d’enseignement. Conduire le Kwazulu-Natal Philharmonic de Durban, ce n’est pas la même chose que diriger le Sinfonietta de Lausanne lors d’une tournée en Chine. Ces expériences s’enrichissent les unes les autres et, je le crois - en tout cas je l’espère ! -, profitent aux différents types de formations que je dirige. Pour moi, c’est aussi un équilibre, presque une façon de vivre : ne pas se laisser enfermer dans une spécificité, une catégorie. Amateurs d’un côté, professionnels de l’autre, soit, si on veut ! Mais l’énergie et les talents transcendent ces cloisonnements.
Comment est venue l’idée de l’Orchestre des Nations Unies et qu’en attendez-vous?
Je crois que cette idée va de soi mais qu’elle se heurte à des difficultés de mise en place. Il s’agit avant tout d’un vecteur idéal pour accroître la sensibilisation à des causes essentielles dans les domaines des droits de l’homme, de l’écologie, la santé, la faim, etc. Sur de telles questions universelles, un langage universel doit être à même de monopoliser l’attention. Il existe de belles expériences en faveur de causes justes, comme celles que Daniel Barenboim mène avec l’Orchestre Divan occidental-oriental ou Michel Pastore avec son festival de « Musiques interdites », qui réhabilite des compositeurs occultés par les régimes totalitaires. Ayant dirigé l’Orchestre de l’Opéra de Marseille dans certains de ces programmes, j’ai senti combien le public vibre à ces causes. Je garde un souvenir fort du concert que j’ai dirigé pour la journée mondiale du HCR en 2003, au siège du HCR. Mais je pense que des concerts donnés en faveur d’une cause par les membres des organisations qui travaillent à résoudre ces problèmes, seront une démonstration exemplaire d’implication. De telles manifestations musicales auront forcément des échos, des répercussions... C’est en tout cas mon souhait le plus cher, et l’une des vocations essentielles, je pense, de cet orchestre. Deuxièmement, au sein même de tout l’environnement international de Genève, c’est l’occasion inédite de communiquer par un biais différent faire de nouvelles rencontres et partager sur d’autres terrains. Qu’un informaticien du BIT dévoile soudain ses talents d’altiste, une traductrice de l’OMS sa pratique de la harpe, et ainsi de suite au sein de cette grande famille des Nations Unies parlant toutes les langues, aux origines multi-culturelles par définition, je trouve l’idée assez fascinante. Dans un tel cadre, les perspectives de dialogue sont presque inépuisables, avec beaucoup de plaisir à la clé. Troisièmement, la création de l’orchestre va permettre de renforcer encore les liens entre la ville de Genève et les organisations internationales.
Comment organisez-vous le recrutement, quel est le calendrier de mise en œuvre et quelles difficultés rencontrez-vous ?
Un comité de pilotage travaille à la réalisation de ce rêve. Il est constitué par plusieurs volontaires enthousiastes : Alex Ezana, président du club de musique de l’ONUG nous apporte son expertise. Olivier Delarue au HCR et Martine Coppens ont organisé avec moi divers évènements. Il faut citer également Ulrich Von Blumenthal qui nous aide pour les statuts juridiques, Patrice Piguet, Hiroshi Adachi, Christian Flamm, Jay Wormus. Nous avons également un soutien remarquable de la part du Centre d’Accueil et donc de la Mission Suisse avec notamment Nicolas Stettler. A ce stade, l’aide de personnes bénévoles est aussi indispensable pour cette partie du projet et nous complétons peu à peu notre comité de pilotage.
Enfin votre magazine, grâce aux différents contacts a distribué l’information dans toute la Genève internationale en contournant au passage quelques difficultés structurelles.
Il nous faudra trouver des aides à la fois logistiques et matérielles, nous sommes relativement confiants à ce sujet si nous parvenons à proposer une structure cohérente et professionnelle.
L’appel largement diffusé au sein de la Genève internationale a pour l’instant généré des candidatures. Le seul niveau requis est celui qui permettra aux musiciens d’avoir du plaisir et de se sentir à l’aise dans l’orchestre. Chaque musicien sera auditionné.
Une répétition par semaine sera organisée dans un lieu qui reste à déterminer : Trois ou quatre programmes annuels pouvant être donnés à plusieurs reprises seront proposés.
Quels sont les instruments recherchés et les programmes musicaux envisagés ?
Les chefs-d’œuvre de tous styles et époques ne manquent pas, tout dépendra du nombre de musiciens ! Bien évidemment, plus on sera nombreux, plus les possibilités d’interprétation du répertoire seront ouvertes et larges.
Tous les instruments de l’orchestre symphonique (au moins 60 musiciens). Un orchestre se compose majoritairement de cordes, d’où une forte présence requise dans ces pupitres.
Conclusion et exergue
Tout dépend à présent de l’enthousiasme de nos complices: les musiciens de la Genève internationale. Faîtes vous connaître, rejoignez-nous, c’est à vous de jouer !
English Version: Eugenie Borissoff
Antoine Marguier is a young conductor with a long and solid experience. Very active in Geneva and abroad, he has had the opportunity to meet many musicians from different backgrounds. The international city of Geneva, headquarters of the United Nations in Europe, was especially designated to house a pool of musical talents, and therefore, with the help of some goodwill ambassadors, he undertook a project to establish a UN orchestra.
How to summarize your personal life and professional career?
When I was a very young clarinetist, I joined the marching band of my village in Franche-Comté.
Having performed as a clarinetist in the European Youth Orchestra under Claudio Abbado, I was chosen by Armin Jordan to join the woodwind section of the “Orchestre de la Suisse Romande” (OSR) at the age of 23. It was a unique opportunity to experience different ways of directing irrespective of whether they were permanent musical directors or guests.
In December 2006, I was appointed to lead that orchestra in the opening of a tribute concert to my mentor Jordan at Geneva’s Grand Theatre.
I studied orchestral conducting with James Levine, Kurt Masur, David Zinman and Roberto Benzi. In 1998, I was selected as assistant conductor to Jesus Lopez-Cobos with the French Youth Orchestra, a position I held for two seasons.
I have led such orchestras as the Orchestre de la Suisse Romande, Orchestre Philharmonique de Strasbourg (France), the Swiss Musical Youth Orchestra and the Lausanne Chamber Orchestra, among others.
Since my success conducting Stravinsky’s Histoire du Soldat (as staged by Omar Porras in 2003-04) I became a regular guest conductor with Geneva’s leading contemporary group.
I recently left the OSR to devote myself entirely to conducting and in August 2009 I will be touring China at the helm of the Geneva’s High School of Music Orchestra.
In September, I will lead a production of the Théàtre de la Monnaie in Bruges and Mulhouse. I am a professor of chamber music at the High School of Music in Geneva.
Who were your teachers and what was your source of inspiration?
Roberto Benzi. I had the opportunity to meet him when I was very young and he remains my mentor to this day. I owe him my vocation as musical director, and thanks to his constant help and advice, most of my dreams have come true.
Armin Jordan, with his aerial sound, his profound humanity, has been for me a very valuable guide. Claudio Abbado for his exceptional musicality, and so many others..
I have a special place in my heart for Mozart, Haydn and Brahms but I also like Mahler, Stravinsky, Bernstein, Copland, Shostakovich, Ravel, Debussy, Fauré, Tchaikovsky and many others, if not all.
How do you manage the training of amateurs in your function as musical director?
As a musical director, I lead a double parallel activity. On the one hand, I am the permanent musical director of a “qualified amateur” orchestra called the Saint Pierre Fusterie Orchestra in Geneva. Members of this ensemble are volunteers and they all have other daily occupations. It is only their love of music that unites and drives them to come to rehearsals and perform in concerts. We have even travelled to Japan together.
On the other hand, as a guest conductor of professional orchestras (Orchestre national de Lyon, Orchestra symphonique et lyrique de Nancy, OCG, etc.) each time I make new acquaintances and discover new possibilities of training. To conduct the Kwazulu-Natal Philharmonic of Durban is not the same thing as directing the Sinfonietta de Lausanne on a tour of China.
These experiences are mutually enriching, and I think, or at least I hope, that this will enable me to benefit from different approaches to training. For me, it is a balance, almost a way of life, not to be locked into a specific category - amateurs on one side, professionals on the other, if you wish!.. But the energy and talents transcend these divisions.
How did you get this idea and what do you expect from the United Nations Orchestra?
I think this idea is a good one, but I am encountering difficulties in its implementation. This is primarily an ideal vehicle to raise awareness of the main causes in the areas of human rights, ecology, health, hunger, etc. on such universal issues, a common language should be able to monopolize attention.
There are experiences in favour of just causes, such as Daniel Barenboim conducting the West-Eastern Divan Orchestra, and Michel Pastore’s festival with his “prohibited music” which rehabilitates composers obscured by the totalitarian regimes. Having conducted the Orchestra of the Opera of Marseille in some of these programmes, I could feel how the public responded (vibrated) to these causes.
I have strong memories of the concert I directed for the UNHCR World Day in 2003 at the UNHCR headquarters and I think the concerts by members of organizations working to solve these problems, will be an exemplary demonstration of involvement.
These musical events will inevitably have further echoes which are my greatest hope and, I believe, one of the essential vocations of this orchestra. It is in any case my dearest wish that the main vocation of this orchestra will be to contribute to this cause.
Secondly, within the environment of Geneva, there is the unprecedented opportunity to communicate in a different way, meet new people and share in other areas. A computer programmer from ILO suddenly reveals his talents as a violinist, a translator from WHO practices the harp, and so on. In this great family of nations speaking all languages, multi-cultural origins by definition, I find the idea fascinating. In such a framework, the prospects for dialogue are almost endless, with lots of fun to boot.
Thirdly, the creation of the orchestra will further strengthen the links between the City of Geneva and the international organizations.
How do you recruit, what is the timetable for implementation and what problems did you encounter?
A steering committee is working to achieve this dream. It consists of several enthusiastic volunteers: Alex Ezana, President of the UN Music Club, Olivier Delarue from HCR and Martine Coppens have organized various events with me. It also included Ulrich von Blumenthal, who is helping us with the legal status, Patrice Piguet, Hiroshi Adachi, Christian Flamm, and Jay Wormus. We also have outstanding support from the Welcome Centre and the Swiss Mission with Nicolas Stettler. At this stage, the assistance of volunteers is essential for this part of the project.
Finally, thanks to your publication distributing information throughout the international Geneva, the bypassing of some structural problems was possible.
We need to find support for both logistical and material aid. We are fairly confident of this if we are able to offer a coherent and professional approach. The appeal widely circulated within the international Geneva so far has generated interest and applications. The only requirement is a level that would allow musicians to have fun and feel at ease in the orchestra. Each musician will be auditioned.
A rehearsal will be held each week in a place which remains to be determined. Three or four programmes which can be performed on several occasions throughout the year will be proposed.
What kind of instruments are sought and which music is being considered?
The masterpieces of each century and styles abound, everything will depend on the number of musicians. Obviously, the larger the numbers, the greater will be the variations and interpretation of the “repertoire” available to us.
All instruments of the symphonic orchestra (60 musicians). An orchestra consists mostly of strings, so a strong presence of these instruments will be crucial on stage.
Everything depends now on the enthusiasm of the musicians of International Geneva.
Musicians come and join us. Now everything depends on you!
