UNSPECIAL No 606– AVRIL - APRIL 2002
 

Les mystères du Palais

F. Subiger, UNOG

Il y a, parmi les souvenirs que l’on garde, des journées mémorables de célébrations ou d’autres événements extraordinaires dont les images nous restent comme vivantes ou animées.

Lors de certains de ces événements, il y a encore des détails, quelquefois, qui témoignent d’un effet insolite ou bien encore d’une perle qui éveille notre sens de l’humour. Or, c’est par une belle journée d’automne que tout arriva.

Les journées des Portes Ouvertes au Palais des Nations, forment une scène qui favorise tous les rapprochements; ceux-ci nous font parfois découvrir ou démontrer notre ignorance de la géographie et de l’architecture du Palais. C’est en longeant les couloirs qui mènent au Hall des Pas perdus que tout le monde pouvait lire, sur les indicateurs de direction: « Hall des Pas perdus ». Jusque-là, rien d’étonnant, nous direz-vous; mais, c’est en découvrant la traduction que certains visages esquissèrent des sourires. Mais pourquoi?

En fait, Hall des Pas perdus avait été traduit par: Hall of the lost steps . Ce qui signifiait littéralement: La pièce des pas que l’on a perdus. Quelle sensation étrange pouvait être de perdre ses pas ou de les sentir se perdre?

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On peut bien dire que l’on perdrait quelques minutes à passer ou encore, avoir perdu le pas de la marche ou de l’allure si on est fatigué. Donc, ne parvenant pas à retrouver un sens assez précis ou logique à cette traduction, je me rappelais, comme nous avons pu l’apprendre à l’école que, les pas perdus sont dans bien des bâtiments publics, des palais de justice, des gares, la pièce centrale menant à toutes les diverses parties, ou bien vers laquelle toutes les directions convergent. Ensuite, pour en résoudre pleinement l’énigme, il fallait donc rechercher la source de cette expression «Pas perdus ª qui formait ce nom curieux.

Il nous a fallu remonter le temps de plusieurs générations pour situer la nais sance de cette expression. Ainsi, dans le contexte historique, c’est en France, à l’aube du règne de Louis XVIII que tout commença. Après la défaite de Napoléon à Waterloo, Louis XVIII rentra à Paris avec l’aide des troupes alliées. Son retour fut suivi de réactions très violentes qui provoquèrent des règlements de compte entre ceux qui avaient soutenu Napoléon pendant les cents jours, et ceux du parti de Louis XVIII; ce qui mena à la Terreur blanche.

Louis XVIII avait maintenu la charte de 1814 tout en modifiant certaines lois dont une, sur la presse, qui soumettait tous les écrits à une censure très sévère. Ensuite, de nouvelles élections eurent lieu; elles furent un triomphe pour les royalistes de l’ancien régime. Après cela, la nouvelle Chambre fut appelée par le roi lui-même, La Chambre introuvable; celle-ci comprenait trois partis: les ultras-royalistes ou « ultras »; à l’opposé, les indépendants (républicains et bonapartistes) et, entre les deux, les royalistes constitutionnels .

De 1816 à 1823, à la suite de plusieurs dissolutions, retournements et recompositions de La Chambre, celle-ci se nommait Chambre introuvable , lorsque la représentation était composée de plusieurs partis, car les ultras ne pouvaient transiger et se trouvaient hors de la Chambre puisqu’ils n’avaient pas été réélus. Toujours après ces revirements, lorsque La Chambre était composée uniquement d’ultras, Louis XVIII la nommait Chambre retrouvée , car ceux qui avaient été perdus aux précédentes élections, se retrouvaient et reformaient la Chambre.

De tout cela vint l’expression «Pas perdus» qui désignait à l’origine les représentants qui ne sont pas perdus, car devait suivre leur réélection et donc leur retour à La Chambre.

Ainsi, cette expression désigne aujourd’hui, une salle ou un Hall d’attente central, avant d’accéder à la salle d’audience, à l’Assemblée, à la destination suivante, ou encore à la plateforme d’une gare.

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