UNSPECIAL No 606– AVRIL - APRIL 2002
 

L’art du Web?

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Interview par Jean Michel Jakobowicz.

UNS: comment en êtes-vous venue à vous occuper de l’Intranet de l’ONUG? 
Ghislaine Gojon:
Un peu par hasard. Mon parcours est atypique puisque j’ai commencé ma vie professionnelle comme monitrice de ski. A un certain moment, j’avais envie d’un grand changement et je suis venue travailler aux Nations Unies comme standardiste.

Comme standardiste?
Oui, j’avais déjà travaillé quelques mois aux PTT en France dans ce domaine et le milieu international m’a toujours beaucoup attiré.

Et ça vous plaisait?
Ce n’était pas une passion, au début c’était très dur d’être assise et enfermée. C’est un métier excessivement stressant. Surtout à l’époque puisque le Palais n’était pas équipé d’un standard automatique. Nous recevions environ 7000 appels par jours en entrée plus tous les appels internes à établir. C’est un métier d’autant plus dur que bien souvent les gens que nous avions au bout du fil étaient agressifs. Parfois parce qu’ils avaient été obligés d’attendre, parfois parce qu’ils ne savaient pas vraiment ce qu’ils voulaient et pensaient que l’ONU pouvait répondre à toutes leurs questions.

Que vous est-il resté de ces années passées au standard?
L’impression d’avoir grandi! Cela a été une expérience exceptionnelle, surtout par l’ambiance qui régnait au standard. Nous étions plus de vingt femmes dans une salle huit heures par jour, sans cesse soumises au stress. Dans des conditions pareilles, on apprend beaucoup de choses humainement, surtout la compassion et la tolérance.

Du standard comment êtes-vous passée à Intranet?
Quand nous avons eu des ordinateurs à disposition, je me suis très vite passionnée pour le dessin à l’écran, les couleurs lumières étant tellement attrayantes. Etant moi-même peintre amateur, j’ai découvert avec beaucoup d’intérêt les nombreuses possibilités qu’offraient les logiciels graphiques. Et je dois vous avouer que je me suis laissée charmer. Non seulement j’ai suivi de nombreux cours du soir pour apprendre à utiliser certains de ces logiciels, mais en plus j’ai passé de nombreuses longues soirées à me perfectionner. A un moment, cela était devenu une réelle passion. C’est tout à fait par hasard que la personne qui s’occupe de l’Intranet s’est aperçu de mon savoir-faire et qu’elle m’a demandé de me joindre à leur équipe. Cela tombait d’autant mieux qu’avec l’introduction du standard automatisé le service devait réduire ses effectifs.

Ce n’est pas l’ONU qui a payé votre formation?
Non! tout d’abord à l’époque, les budgets de cours étaient plus rares. Mais en plus cela aurait pris trop de temps. J’étais impatiente alors j’ai choisi de les financer au plus vite. Mais je ne regrette pas un centime de ce que j’ai dépensé. Régulièrement je continue à me former et cela est pris en charge par les Nations Unies.

Combien de personnes s’occupent de l’Intranet?
L’équipe est composée de quatre personnes. Deux s’occupent du développement, une des bases de données et moi, du graphisme, de la mise en page et mise à jour des pages.

En quoi consiste exactement votre travail?
Je reçois des documents, que ce soit des photos ou des textes, mon rôle est de les traiter de façon qu’il soit possible de les mettre sur l’Intranet. Cela va depuis des problèmes de mise en page jusqu’à l’amélioration des photos et la présentation graphique. Je fais paraître les dernières nouvelles dès leur réception. Et puis, nous essayons de créer une nouvelle présentation, navigation et «home-page» tous les deux ans. Cela représente des heures de travail graphique et beaucoup de réflexion avec mestrois autres collègues.

C’est un travail artistique ou plutôt technique?
Plutôt artistique. Lorsque comme dans tout art on a appris la technique, le reste est une question de goût. Le problème, ou peut-être l’avantage c’est que la technique évolue sans cesse. Je sais que si par exemple je venais à décrocher du travail pendant un an, en revenant, je serais assez perdue. Ce qui n’est pas vrai pour les arts plus classiques.

Vous ne travaillez que pour l’ONUG?
Oui! Mais l’ONUG couvre un grand nombre de départements qui tous maintenant ont envie de faire connaître leurs activités et qui font de plus en plus appel à nous pour développer leurs pages sous forme de petits sites qui présentent leurs activités.

A quoi servent ces sites?
Ils remplacent de plus en plus ce qui était fait sur papier et ils permettent d’avoir une vision globale sur le rôle de chaque département et la présentation de l’équipe qui s’en occupe. Aussi, il y aura de moins en moins de circulaires papier. Les gens pourront les consulter directement sur Intranet. En plus, avec le système des « popup» (petite fenêtre qui s’ouvre sur le côté), les visiteurs du site savent immédiatement ce qu’il y a de nouveau et peuvent prendre connaissance des annonces urgentes.

Le site est mis à jour souvent?
Tous les jours!

Est-ce que les fonctionnaires ont le réflexe Intranet? 
Pour toutes les personnes travaillant dans l’environnement informatique, cela paraît évident. Mais quand je discute avec certains collègues d’autres services, je constate qu’ils ne savent pas que tant d’informations sont disponibles sur Intranet. Je pense que peu à peu, ils finiront par consulter notre Intranet comme il le ferait d’un journal quotidien des événements du Palais.

Surfez-vous beaucoup sur le Net?
Moins maintenant, tout d’abord par manque de temps, mais aussi à cause d’une certaine fatigue oculaire. Après huit heures de travail, je n’ai pas envie de me remettre devant un écran. Mais d’un autre côté, il est important dans ce travail de se tenir au courant des développements récents, de la tendance graphique du moment, et la seule façon de le faire c’est de surfer.

Quels sites préférez-vous?
Les sites de grands parfumeurs et produits de cosmétiques, les grandes agences de marketing. Le graphisme et les photos y sont magnifiques. Ils sont généralement animés, sonores et interactifs et utilisent toutes les dernières technologies de pointe. Ces compagnies ont des moyens financiers énormes et peuvent s’offrir des graphistes de grand renom. Si j’avais 20 ans aujourd’hui, je choisirais de faire une école de graphisme et de vidéo comme par exemple celle de Lausanne.

Vous préférez les sites sur le Net aux mêmes reportage-publicités dans des journaux de mode?
Dans une certaine mesure oui. Sur le Net les images sont beaucoup plus belles et il y a un côté interactif qui n’existe pas dans les journaux de mode. Je choisis ce que j’ai envie de voir sans contrainte. Mais il est vrai aussi que rien ne remplacera jamais une belle revue ou un bon livre et je ne pense pas que je transporterai mon ordinateur pour le consulter dans mon lit ou sur une plage en vacances.

Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, quelle est l’adresse de l’Intranet de l’ONUG?
L’Intranet peut-être consulté sur http://157.150.71.85. Une adresse plus conviviale sera bientôt mise à la disposition des utilisateurs. Pour le moment, un Bookmark permettra de s’y référer aisément.