Société

ENTRETIEN AVEC ALISON KATZ
LES VIGILES DE TCHERNOBYL

Depuis plus de quatre ans, devant le siège de l’OMS, été comme hiver, tous les jours ouvrables, de 8 à 18 h, un groupe de personnes s’indigne avec un slogan : « vérité sur Tchernobyl ».

SOLANGE BEHOTEGUY

Alison Katz, sociologue, psychologue, a travaillé dix-huit ans à l’OMS et fait partie du collectif « Independent WHO » qui demande la révision de l’accord WHA 12-40 signé entre l’OMS et l’AIEA. Il est midi, nous nous asseyons à côté de la carriole qui contient des dossiers de presse en anglais, français, russe, espagnol, italien, des parapluies, des noix… Elle enfile son calicot, pas question de faire un entretien sans lui.

Huit associations, ainsi que des personnalités comme Danielle Mitterrand et Jean Ziegler, soutiennent le collectif. Pourtant un jour dans le bus, j’ai entendu deux jeunes qui riaient en vous regardant : « une manifestation de deux personnes ! »
Alors justement pour faire drôle, c’est une vigie et non pas une manifestation. Selon la ville de Genève une manifestation c’est plus que trois personnes. Nous sommes censés être un, deux ou trois, pas plus. Une vigie est une sorte de témoignage. La vérité doit être dite sur les conséquences sanitaires de Tchernobyl. L’OMS n’est pas libre de remplir son mandat constitutionnel parce qu’elle est liée à l’AIEA qui est l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique. Il existe un conflit d’intérêts dans le fait qu’un lobby industriel et commercial fasse des recherches et donne des informations dans le domaine de ses propres activités.

Quelle est la désinformation la plus flagrante que vous contestez ?
La controverse sur le nombre de morts. L’OMS maintient qu’il y a eu à peu près cinquante morts directement attribués à Tchernobyl, et un bilan total de 4000 morts de cancer. Les chercheurs indépendants évoquent – il s’agit toujours des estimations – un bilan d’un million de morts. Ces études indépendantes ne peuvent pas être balayées.

Un bilan peut avoir une dimension émotionnelle. A partir de combien de morts peut-il être considéré comme « important » ?
Je ne suis pas d’accord avec vous qu’un bilan peut avoir un aspect émotionnel, un bilan est un bilan. C’est à chaque citoyen de décider. A mon avis, si les citoyens savaient qu’il y a eu presque un million de morts, il y aurait très peu de gens pour trouver que le nucléaire est une énergie acceptable. Et il faut prendre en compte aussi que ce n’est pas une histoire de « là-bas », 57 pour cent de la radio contamination est tombée en dehors des pays de l’ex-Union Soviétique, majoritairement en Europe.

Qu’est ce qui a changé de Tchernobyl à Fukushima ?
Je crois que la tragédie de Fukushima va permettre que la vérité sur Tchernobyl soit dite plus facilement et, par le même principe, je crois que la vérité sur Fukushima va être connue un peu plus rapidement. Le fait que des pays comme l’Allemagne et la Suisse aient manifesté leur décision de sortir du nucléaire, ça vous donne de l’espoir ? Absolument. C’est enfin le bon sens des citoyens, des scientifiques, d’une science sérieuse.

Quel est l’enjeu principal de votre assemblée générale qui se déroule en ce mois de septembre ?
L’organisation d’un forum entre les experts de l’OMS et ceux d’Independent WHO.

Combien de personnes sont engagées pour assurer les vigies ?
Trois cents. C’est un fermier bio breton, Paul Roulaud, qui est à l’origine de cette action. Après avoir lu « Le crime de Tchernobyl », de Vladimir Tchertkoff, il a téléphoné à l’auteur et lui a dit : « j’ai une idée, il faut qu’on soit devant l’OMS pour dénoncer son manque d’indépendance ».

Une énorme logistique…
Je dirais que 90 pour cent des gens qui participent aux vigies sont des français qui sont en état d’indignation.

La disparition du RAD qui s’occupait de trois questions : les portables, les champs électromagnétiques et le nucléaire, vous choque t-elle ?
Absolument, on ne peut pas supprimer un programme sur les rayonnements, c’est comme si tout d’un coup on supprimait un département sur le paludisme ou la tuberculose.

Quelle est la réaction des fonctionnaires qui passent tous les jours à côté de vous ?
Il y a toutes sortes de réactions, des signes de sympathie, des gens qui essayent de regarder d’un autre côté, qui ne veulent pas être interpelés. Depuis Fukushima, les signes de sympathie sont meilleurs, on savait qu’il faudrait encore un accident majeur pour que les gens agissent et voila, on l’a eu, et c’est ça qui est tragique.

A consulter :
http://www.iaea.org/
http://www.who.int/fr/
http://www.independentwho.info/

 
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