Monsieur Alfred Fernandez, vous êtes directeur du collège universitaire Henry Dunant (CUHD) et responsable du cours « Education aux droits de l’homme, Education pour tous (EPT), droit à l’éducation » qui se déroule à Genève.
Rentrons si vous le voulez bien dans
le vif du sujet. Est-ce que l’Education
Pour Tous (EPT) n’est pas une utopie
dans un monde en proie à la guerre,
à la misère, aux conflits et à une
érosion du tissu social et économique
dans tous les pays, y compris les
pays dits riches, à l’initiative pour la
majorité d’entre eux, de la déclaration
des droits de l’homme ?
Oui, pour beaucoup l’EPT peut apparaître
comme une utopie. Mais cela ne doit décourager
aucune bonne volonté, car comme a
dit le Téméraire : « point n’est besoin d’espérer
pour entreprendre, ni de réussir pour
persévérer ». L’histoire a prouvé que dans
le domaine du progrès humain et social,
des batailles qui semblaient perdues ont été
gagnées grâce à l’énergie et à la volonté
inébranlables de ceux qui les ont menées.
Ensemble, nous avons évoqué la
liberté d’enseignement et la liberté
académique, une question me vient à
l’esprit. Comment offrir une éducation
scolaire et universitaire quand il y
a un manque ou une absence totale
de ressources humaines, matérielles,
financières ?
Cette question touche sur le fond la question
des moyens économiques des pays et
des personnes intéressées. Plusieurs pays
s’efforcent de résoudre ce problème. Nous
pourrions citer les écoles des rues en Inde,
où un enseignement de base est donné dans
ce cadre avec une extrême économie de
moyens, là où il n’y a pas ou seulement
très peu de moyens financiers. Quant au
problème posé par l’absence d’école à
proximité des enfants, le cas de l’Australie
est intéressant, car dans les zones rurales
où les fermes sont souvent éloignées de
dizaines de km les unes des autres, ou de
centaines de km de l’école la plus proche,
les cours sont donnés grâce à la télévision.
Evidemment, quand il n’y a pas de moyens
et que les distances entre les élèves et les
lieux d’enseignements sont très grandes, le
problème peut devenir insoluble. Et, il n’est
pas rare qu’il le devienne…
Si je vous comprends bien, nous
pourrions être amenés à penser que
selon les pays, leur développement
économique et leur système politique
en vigueur, il existe un espace plus ou
moins grand entre l’idéal et la réalité
effective du droit à l’éducation ?
Malheureusement, tel est bien le cas. Mais
cela doit amener chacune des personnes
concernées et chaque institution à se responsabiliser
et à agir de manière à se rapprocher
toujours davantage de l’idéal à
atteindre qui doit constituer un principe de
base. Il faut continuer de reconnaître que
le droit à l’éducation est un droit universel
inhérent à la personne humaine.
On constate de plus en plus une
éducation à deux vitesses dans les
pays en développement, phénomène
qui touche également les pays émergents et en développement de
manière plus visible. D’un côté ceux
qui ont les moyens de s’offrir une
scolarité privée, de l’autre, quand elle
existe de bénéficier d’une éducation
publique gratuite. En quoi le droit
à l’éducation peut-il éviter que cette
éducation à deux vitesses creuse
davantage la fracture sociale ?
La prise de conscience de l’existence du droit
à l’éducation pour toute personne humaine
doit dans tous les pays amener les responsables,
toutes les personnes impliquées dans
cette problématique et toutes les institutions
concernées à mettre en oeuvre le maximum
de moyens en vue d’instaurer partout et pour
tous une éducation publique gratuite.
Pour finir, vos étudiants venus du
monde entier repartiront de Genève
avec un bagage d’enseignements
pratiques et théoriques, comment
pourront-ils le mettre en oeuvre sur
le terrain ?
Nos étudiants repartent aussi de Genève
avec plus de courage et d’espoir, car une
fois revenus dans leur milieu, ils savent
qu’ils ne sont pas seuls à lutter pour faire
triompher le respect des droits de l’homme.
Qu’ils travaillent au niveau gouvernemental
–comme fonctionnaires, enseignants,
juristes, économistes ingénieurs, médecins
ou simples employés – dans le cadre de la
société civile, dans leurs associations nationales
– comme la très active association marocaine
que dirige notre ancien participant,
le professeur Rachid Aboutaieb – Président
de l’Alliance Genève-Afrique-Caraïbes-
Pacifique pour les droits de l’homme-Maroc
: www.droitshumains.org – et parmi les
minorités de tous genres (peuples autochtones,
minorités linguistiques, personnes
défavorisées, migrants, réfugiés, handicapés,
et autres), le simple fait pour nos
anciens participants de mieux connaître
leurs droits leur permet de les faire valoir
de manière souvent bien plus efficace…
sans parler de tous ceux qui, comme les
femmes leaders autochtones que nous formons
chaque année, se chargent de transmettre
autour d’eux l’enseignement suivi au
CUHD.
A quand la prochaine formation
dispensée par le Collège universitaire
Henry Dunant ?
Notre formation de caractère général va
commencer ce printemps. Il s’agit de celle
de l’Université d’été des droits de l’homme
qui propose une formation au système
de protection des droits de l’homme des
Nations Unies, mention « droits économiques,
sociaux et culturels ».
Quant au cours de formation spécialisé
« Droits à l’éducation, Education pour tous
(EPT), éducation aux droits de l’homme »,
il sera donné du 3 au 7 octobre prochain. z
http://www.cuhd.org/