Fille d’un diplomate et humanitaire allemand, Katharina Sand vous fait vivre l’expérience humaniste de la création de mode.
Quelle a été l’influence de la carrière de votre père dans votre vie ?
J’ai vécu en Italie, en Allemagne, au Kenya, à Londres, New York, et finalement, Genève. J’ai donc été exposée à différents « dress codes ». J’ai étudié le journalisme, avec une orientation
dans l’art contemporain. J’ai fini par me tourner vers la mode, commissionnée par un magazine Suisse alémanique. Je me suis alors rendue compte que les gens avaient un besoin réel d’une expérience non superficielle du vêtement, des créations et des créateurs.
Entre le journalisme et le prêt-à-porter, les obstacles ont dû être nombreux !
Je suis une femme très déterminée. J’ai suivi une formation supplémentaire au Fashion Institute of Technology de New York avant d’ouvrir le magasin pour arriver outillée dans ce domaine. Pour le reste, du travail, du travail et encore du travail !
Au 7e étage, dans votre boutique près de la rue du Rhône quels styles peut-on rencontrer ?
J’ai une affection particulière pour des jeunes créateurs américains. Ce sont des Sociétécréations de prêt-à-porter oui, mais très prisées, comme les somptueuses créations d’Isabelle Toledo. Seules trois cent pièces sont produites par année. Ce n’est pas de la haute couture, car c’est une clientèle encore plus spécifique, mais c’est très près : je peux commander selon les besoins spécifiques
d’une cliente. C’est rare de nos jours. J’ai également, des tee-shirts et des jeans « fashion » plus abordables. Je veux que le magasin reste accessible, afin que les gens découvrent une fois dans la boutique des créateurs exceptionnels.
Sur le plan créatif et artistique vos mentors sont Isabelle et Ruben Toledo, originaires de Cuba. En quoi sont-ils différents ?
C’est un couple unique ! Ils travaillent toujours
en symbiose et dans une harmonie difficile à imaginer dans ce domaine. Je n’en connais pas d’autre. Elle est créatrice et lui dessinateur. Ce couple introverti est constamment dans la création, ils ne sont pas dans la niche de distribution de masse, ce qui les rend encore plus uniques. Ils n’ont que quelques points de distribution
très sélectifs dans le monde entier et puisque j’ai leur confiance, je suis leur point de vente ici à Genève. Je puis communiquer leur magnifique travail à plus de gens.
Travail acharné et contact humain semblent guider votre côté créatif !
Les gens se rendent-compte que je travaille plus que les autres et que je vais m’investir à 100 %. Cela demande beaucoup de sacrifices
en termes de sommeil, de vie privée, mais pour moi ce n’est pas un sacrifice. J’ai toujours travaillé comme cela, même quand j’avais fait mon stage à l’ONU, jeune adolescente,
je travaillais du matin au soir. J’ai donc une éthique de travail que les gens respectent. Je m’intéresse vraiment aux clientes. Je leur apporte autre chose. Je fais la même chose avec les créateurs. Le vrai contact humain dans mon métier.
Des clients prestigieux comme Madame Obama ont choisi les Toledo. Pourquoi ?
Ces créateurs créent plus qu’un vêtement : ils influencent la façon de penser des gens, de bouger et de vivre. Isabelle Toledo « changes the face of time ». En habillant la première dame des États-Unis, Isabelle Toledo a eu un impact sur l’histoire : Madame Obama portait une robe Toledo lors de la cérémonie
d’investiture de Barrack Obama et....le tissus était Suisse ! Elle crée de l’art portable qui affecte les gens qui le portent et ceux qui en sont témoins. A travers le couple présidentiel
Obama, les timides Toledo ont été propulsés à un niveau de visibilité inégalé.
Quelle est la partie humanitaire dans votre travail.
Il y a un brin d’idéalisme dans la famille (rires). Mon père, c’était l’environnement par l’entremise de la législation. Moi, à travers
le vêtement, j’essaie de faire en sorte que les gens changent vis-à-vis d’eux-mêmes, et également envers les autres. Cet idéalisme vient de la façon dont j’ai grandi. Dans l’humanitaire on essaie de changer le monde, de le rendre meilleur. Moi, je le fais au quotidien, dans le vêtement.
Avez-vous le temps de vous consacrer à des activités caritatives ?
Oui, c’est quelque chose qui est intrinsèque à l’art. Dans le monde entier, beaucoup de créateurs
de grandes marques se soucient de notre planète et des êtres humains. Je suis très active au niveau de la lutte contre le sida, notamment avec le Groupe Sida mais aussi avec « Make a wish » et la fondation d’Orianne Collins. Je trouve cela normal de donner à ceux qui ont moins que nous. Si je pouvais me consacrer à une cause par mois, je le ferais !
De quoi êtes vous particulièrement fière ?
De prendre le temps de communiquer avec les gens qui passent devant le magasin. Ceux qui n’osent pas finissent par rentrer (rires). Cela fait deux ans que je m’investis dans ce projet. J’obtiens des résultats surprenants,
notamment de personnes qui ne sont pas nécessairement des clients, mais qui captent le message en vitrine. J’ai pu les toucher, cela donne un sens à ma création.
La mode ce n’est pas quelque chose de superficiel, c’est un dialogue avec un créateur. Venez au 7e étage !