Interview / Entretien du mois

FAO

JOURNÉE MONDIALE CONTRE LA PAUVRETÉ
1 MILLIARD D’AFFAMÉS

ANNIKA SODER, DIRECTRICE GÉNÉRALE ADJOINTE DE LA SECTION OMD, FAO QUESTIONS : CHRISTIAN DAVID, ONUG

Dans le cadre de la journée mondiale contre la pauvreté qui se déroulera le 16 octobre vous lancez une campagne 1 milliard d’affamés. Quelles en sont son origine et sa finalité ?
Le projet 1 Billion Hungry est une campagne mondiale de communication qui offre une soupape constructive pour libérer les sentiments de révolte et d’indignation générale. Il s’agit d’un mouvement orchestré pour inciter des personnes à signer une pétition exigeant des dirigeants nationaux et internationaux qu’ils accordent au problème de la faim la priorité la plus absolue. Ce projet s’inspire d’une première campagne de pétition lancée par la FAO à l’époque du Sommet mondial sur la sécurité alimentaire à Rome en novembre 2009. Le nouveau projet diffère de son prédécesseur à divers égards, à commencer par la présence d’organisations partenaires tels que le Programme alimentaire mondial (PAM) et le Fonds International de Développement Agricole (FIDA) qui ont tous deux leur siège à Rome, tout comme la FAO.

Dans son combat contre l’éradication de la faim, la FAO peut-elle compter sur des partenariats à l’intérieur et à l’extérieur des Nations Unies ?
Seule une collaboration intense de la communauté internationale dans son ensemble est susceptible d’éradiquer ce fléau. Il est intolérable qu’à notre époque globalisée, des personnes souffrent encore de la faim. La production alimentaire mondiale est largement suffisante pour donner à manger a tous. Les gouvernements, le système onusien, les ONG, ainsi que la société civile doivent coordonner leurs efforts. En tant qu’agence des Nations Unies spécialisée dans les questions alimentaires et d’agriculture, la FAO travaille en étroite coopération avec tous ces différents acteurs.

Peut-on soigner un mal sans en éradiquer son origine ? Après le krach financier, croyez-vous à un krach alimentaire ?
Quelques 925 millions de personnes souffrent encore de la faim de par le monde. Il y a de nombreuses raisons à cela, mais la crise alimentaire et la crise financière n’ont fait qu’empirer les choses. Cependant, même avant les crises successives de 2008 et de 2009, des centaines de millions de pauvres n’avaient déjà pas les moyens de produire ou d’acheter suffisamment d’aliments nutritifs. Aujourd’hui, il est primordial de veiller en priorité à la stabilité du prix des denrées alimentaires afin que celles-ci restent accessibles aux plus démunis. De cette manière, on pourra éviter un « krach alimentaire ».

Quelles sont les pistes alimentaires autres que les céréales qui apportent des hydrates de carbone alors que le déficit alimentaire, notamment en Afrique, se situe plutôt au niveau de l’apport en protéines ?
Dans le cas de l’Afrique, il s’agit plus d’une question d’accès à une nourriture saine et variée et de la capacité des pays du continent à accroître sensiblement leur production alimentaire.

Au cours d’un entretien réalisé en Mars dernier avec M. Thomas, au sujet d’Haïti, ce dernier indiquait vouloir mettre en place un plan destiné à relancer l’agriculture ? Quelles sont les avancées ?
Suite aux énormes dégâts causés par le séisme, la FAO a lancé, le 29 janvier 2010, un appel aux bailleurs de fonds afin de soutenir un programme d’investissement officiel de quelques 700 millions de dollars en faveur du secteur agricole. Son objectif premier visait à réparer les infrastructures endommagées, stimuler la production agricole nationale et créer des emplois, en particulier pour les personnes ayant dû fuir la capitale Port-au-Prince. Ce programme, élaboré par le Ministère haïtien de l’agriculture, des ressources naturelles et du développement rural, propose des lignes directrices à l’aide internationale au secteur agricole pour les premiers mois suite au séisme. Il constitue une des pierres angulaires de la stratégie du gouvernement pour la reconstruction du pays.

La FAO, pivot du groupe de coordination Nations Unies-ONG en matière d’agriculture, a contribué à reconstruire les capacités productives des propriétaires terriens les plus démunis. Dans cette perspective, elle a fourni une assistance technique aux agriculteurs, en particulier durant la saison de plantation qui débuta en mars, ceci afin de booster leur production. Un fond géré par la Banque mondiale – « Trust Fund » – a été aussi mis en place afin de compléter l’assistance alimentaire d’urgence apportée par la FAO, le PAM et l’IFAD. Des progrès significatifs en la matière sont à signaler. Le travail reste encore cependant conséquent, la saison des pluies ayant freiné ce processus.

Comme vous le savez certainement déjà, la FAO est présente en Haïti depuis de nombreuses années. Avant que survienne le séisme du 12 janvier 2010, Haïti était le pays le plus pauvre de l’hémisphère ouest. Les trois quarts de sa population vivent encore en deçà du seuil de pauvreté, établi à 2 dol-lars par jour, et la moitié, vivant avec moins d’un dollar, est aux prises avec la pauvreté extrême et une insécurité alimentaire chronique. Près de 60 % d’entre eux vivent, en outre, en milieu rural. C’est bel et bien pour mobiliser la communauté internationale face à de telles urgences humanitaires que la campagne 1 Billion Hungry a été lancée, l’objectif étant de faire pression sur les responsables politiques afin qu’ils accordent au problème de la faim, la priorité la plus absolue.

Le réchauffement climatique, l’augmentation de la violence des tempêtes que prévoient les climatologues, les déplacements probables de populations qui résident en zone côtière sont-ils pris en compte par la FAO ?
Le changement climatique en cours est un processus démontré scientifiquement. Quelles sont les activités prioritaires actuelles et futures de la FAO liées au changement climatique ? Celles-ci sont centrées sur l’adaptation et l’atténuation des risques dans le secteur agricole et promeuvent une meilleure gestion des synergies et des compromis entre ces deux. Il s’agit d’améliorer les mesures d’adaptation et d’atténuation afin qu’ils s’intègrent dans les activités de développement en cours visant une meil-leure utilisation des ressources naturelles, ainsi que l’accroissement de la production, des revenus, de la sécurité alimentaire et du développement rural en général. Assurer la sécurité alimentaire exigera d’importants investissements et mesures pour adapter l’agriculture, les forêts et les pêches aux défis du changement climatique.

 
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