Lorsque vous déambulez au Palais des Nations, le long du hall des pas perdus, votre regard est attiré par ce sommet qui semble lointain, presque inaccessible et reste à la fois si proche dans le miroir du lac.
Si la première route carrossable reliant Genève à Chamonix fut construite en 1860, les spectateurs de cette rive du Léman ont certainement voulu de tout temps contempler de plus près ce spectacle qu’offre la nature. Une heure de trajet depuis Genève et vous voila arrivés dans la vallée de Chamonix.
Si vous êtes vraiment matinal, vous pourrez apercevoir le soleil caresser doucement les cimes. Pour visiter Chamonix, je rencontre Bernadette, guide du patrimoine, une charmante savoyarde allemande qui parle le japonais. Elle montre les eaux tumultueuses de l’Arve qui charrient les limons des glaciers, déplacent et polissent le granite dans une eau d’un vert laiteux. Elle conte l’histoire de ces monts maudits qui, selon la tradition, abritaient des forces maléfiques et autres âmes du purgatoire enfermées sous le glacier qui craque toujours de cette activité paranormale. Elle évoque le Sieur De Saussure venu à pied de Genève qui mettra vingt-six ans à réaliser son idée d’atteindre le sommet. Elle met fin aux espoirs de faire construire un chalet en expliquant que le seul terrain disponible se trouve généralement situé dans des couloirs d’avalanche. Après cette visite de la ville dans laquelle s’entrecroisent des architectures entre palaces belle époque et constructions récentes, la boutique Arpin vaut le détour. Elle propose les tissus traditionnels fabriqués par sa filature dont les origines remontent à 1817. Ce savoir faire traditionnel a su perdurer essentiellement en raison de la qualité que nulle machine moderne ne peut approcher (http://www.arpin.eu/video/video.html).

Dans l’espace Tairraz, nom d’un illustre photographe, le musée des cristaux permet d’aborder la découverte d’une passion dangereuse. Jean-Pierre Siret, le conservateur du musée, est l’un des « cueilleurs de cristal » ; il partage cette découverte des plus belles collections réunies notamment sur une vitrine en forme de vague pour les collections étrangères. Il narre l’une de ses expéditions périlleuses dans une faille ou seul un oeil aiguisé peut détecter le cristal qui attend d’être cueilli. Je rencontre Sylvain Coutterand montagnard glaciologue, qui commente l’exposition » des glaciers et des hommes ». Intarissable sur le sujet, l’auteur avec Sylvain Jouty du livre « Glaciers, mémoire de la planète » explique que les glaciers contiennent dans leur épaisseur, l’histoire de la Terre. Leur étude permet de constater que des périodes de réchauffement et de refroidissement se sont succédé au cours des siècles, lorsque l’influence des activités humaines était dérisoire. Il conclut cependant que le réchauffement actuel a des conséquences que chacun constate année après année au niveau du rétrécissement des glaciers, que l’activité humaine, si elle ne l’a pas provoqué peut l’amplifier.

Pour se restaurer et se loger, certains préféreront le standing du hameau Albert 1er et son restaurant étoilé de la maison Carrier : à découvrir au moins une fois. Pour d’autres, la multitude d’offres en saison creuse permet un séjour économique.
Chamonix c’est aussi, c’est surtout, le Mont- Blanc. La compagnie du Mont-Blanc propose un multi passe. En quelques dizaines de minutes l’aiguille du Midi est à votre portée, quitte à vous de vous libérer de la technologie moderne et, muni de votre équipement, parcourir la vallée blanche pour une randonnée.
Il reste toujours une notion qui n’a rien de consommable, celle de partager un moment d’éternité en contemplant ce paysage à couper le souffle et pas seulement à cause de la raréfaction de l’air à une altitude de près de 4000 mètres. Reculez de quelques mètres sur la passerelle et observez un guide ou un natif de la région : leur regard, leur émotion sont les mêmes que celui ou celle du visiteur occasionnel !
La Trans Mont-Blanc permet même de rejoindre Courmayeur en Italie, charmante bourgade traditionnelle aux toits d’alose.Un autre téléphérique, depuis Chamonix, vous permet d’accéder au sommet du Brévent, et de contempler le Mont-Blanc de face pour la vue fantastique du massif et de ses glaciers figés qui descendent dans la vallée.
Le jour suivant, le petit train de Montenvers vous acheminera en 1re classe s’il fait beau, ou en 2e classe s’il pleut. Arrivé à la gare, vous aurez loisir de traverser un tunnel creusé sous la mer de glace. Les bulles d’air libérées par la glace datant de 250 années, vous respirerez un air datant de la période révolutionnaire. Sur la colline, vous croiserez aussi ces visiteurs illustres dont les périples sont plantés comme des témoignages dans un parcours au flanc de la montagne. Vous pourrez enfin passer la nuit au grand hôtel de Montenvers. Il paraîtrait que certains employés de grandes organisations préfèrent s’y reposer pour évacuer le stress et combattre la morosité plutôt que faire appel aux moyens qu’ils sont censés avoir à leur disposition sur place, que de légendes ! Les parcours accessibles avec le même ticket sont le col des Grands Montets et la montée, en train à crémaillère depuis Saint-Gervais jusqu’au nid d’aigle, vous permettra de croiser le regard de quelques chamois.
La meilleure période est l’automne, les touristes estivaux ont passé leur chemin, le seul impératif étant de consulter la météo et d’établir un programme pour profiter pleinement des multiples possibilités offertes par un des plus beaux endroits du monde.