Société

LÉON TOLSTOÏ (1828-1910) À LA VILLA LE BOCAGE (AVRIL, MAI, JUIN ET JUILLET 1857)

« BOCAGE EST UN DÉLICE… »1
LEV NIKOLAÏEVITCH TOLSTOÏ, VENDREDI 10 AVRIL 1857

La Villa Le Bocage
Il y a cent cinquante trois ans le jeune écrivain Léon Tolstoï, il n’avait pas encore vingt-neuf ans, a entrepris un long voyage dans l’ouest de l’Europe durant l’année 1857. Au cours de son périple en Suisse il s’est rendu neuf fois à la villa Le Bocage pour y rencontrer sa cousine, la comtesse Alexandra Andréevna Tolstoï.

JEAN-CLAUDE PALLAS, AVEC LA PARTICIPATION D’IRINA GERASSIMOVA (ONUG)

Lorsqu’il se trouvait dans cette villa, Tolstoï n’imaginait certainement pas qu’en ces mêmes lieux on y enseignerait sa langue natale, le russe, dans le dernier quart du XXe siècle. En effet la villa Le Bocage fut, à partir de février 1984, le siège de la Section de la formation et des examens2 chargée, entre autre, de l’enseignement des langues officielles de l’ONU. À l’occasion de la prochaine commémoration du centenaire de la mort de Léon Tolstoï (le 20 novembre 2010) il m’a paru intéressant de rappeler une période peu connue de l’histoire de cette dépendance du Palais des Nations. Dans le cadre de cette future manifestation une plaque3 pourrait être apposée dans le hall d’entrée de la villa pour rappeler les dates des visites4 de Tolstoï au Bocage. Soit :

Année 1857 (calendrier grégorien)

1 Vendredi 10 avril
2 Dimanche 12 avril
3 Dimanche 19 avril
4 Lundi 27 avril (il passe peut-être la nuit au Bocage)
5 Lundi 11 mai
6 Mardi 12 mai
7 Vendredi 12 juin
8 Samedi 13 juin
9 Mercredi 1er juillet

Préambule
En 1857 la Russie était encore un des rares pays à avoir conservé l’ancien calendrier julien5 (en retard de douze jours sur le grégorien).6 Le passage au grégorien7 ne se fera qu’au début de l’année 1918.8 En France la réforme grégorienne fut adoptée dès l’année de sa promulgation, en 1582.9 A Genève, par contre, en raison du protestantisme, le changement ne se fit qu’en 1701.10 Il est important de rappeler la coexistence de ces deux systèmes car, malheureusement, de nombreux auteurs se sont fourvoyés et ont mélangé allègrement les dates des deux calendriers. Je ne citerai qu’un seul exemple, celui de l’excellente monographie de Pregny11 dans laquelle Guillaume Fatio écrit : « Le 8 avril (1857), il (Léon Tolstoï) partit (de Paris) pour Genève », ce qui est exact, mais quelques lignes plus loin « Arrivé à Genève en mars 1857, il poussa un soupir de soulagement… ». Il serait donc arrivé avant de partir ! Le départ est bien exprimé en grégorien alors que l’arrivée à Genève est indiquée selon le calendrier russe, ce qui n’a aucun sens pour un évènement survenu à Genève. Il s’agissait en fait du jeudi 9 avril 1857, le lendemain de son départ de Paris, et non du samedi 28 mars julien. Tout ce qui concerne le voyage en France puis en Suisse de Tolstoï sera donc exprimé selon le calendrier local, grégorien.

à suivre…

 

1 Léon Tolstoï « Journaux et Carnets », traduction de Gustave Aucouturier, tome I, p. 416 (ouvrage désigné par la suite uniquement par le nom du traducteur).
2 Qui se trouvait auparavant dans la villa Les Feuillantines, par la suite cette Section (devenue actuellement Section de la formation et du perfectionnement du personnel, SFPP) fut déplacée dans les Pavillons du Bocage, voisins de la villa .
3 Une plaque a été apposée récemment à Dijon (dévoilée le 29 avril 2010) pour commémorer le séjour – du 9 au 14 mars 1857 – de Léon Tolstoï et d’Ivan Tourgueniev à l’ancien Hôtel de la Cloche.
4 La lecture de la monographie de Pregny, de Guillaume Fatio (« Pregny, commune genevoise et coteau des altesses », mairie de Pregny, 1947, p. 217), pourrait laisser croire qu’il a séjourné au Bocage : « Parmi les hôtes du Bocage, nous signalerons tout spécialement le comte Léon Tolstoï », « il poussa un soupir de soulagement lorsqu’il se trouva tout à coup chez ses tantes, installées dans la confortable villa du Bocage… »
5 Le calendrier julien fut introduit par Jules César, en 46 avant notre ère, à la suite d’une réforme de l’ancien calendrier romain
6 Ceci jusqu’au 29 février 1900, retard de treize jours depuis cette date.
7 Le pape Grégoire XIII (Ugo Boncompagni 1502- 1585, pape de 1572 à 1585) promulgua le calendrier grégorien en 1582
8 Le 31 janvier 1918 fut suivi par le 14 février 1918.
9 Le roi Henri III (roi de France de 1574 à 1589) fit suivre le dimanche 9 décembre 1582 par le lundi 20 décembre 1582
10 Le 31 décembre 1700 fut suivi par le 12 janvier 1701
11 Guillaume Fatio, ouvrage cité, p. 217, voir note n° 4 (une seconde édition, revue et complétée par Raymond Perrot, ancien maire de la commune, a été publiée en 1978 sous le titre « Pregny-Chambésy commune genevoise »)

 
© 1949-2010 UN Special