Lorsqu’il se trouvait dans cette villa, Tolstoï n’imaginait certainement pas qu’en ces mêmes lieux on y enseignerait sa langue natale, le russe, dans le dernier quart du XXe siècle. En effet la villa Le Bocage fut, à partir de février 1984, le siège de la Section de la formation et des examens2 chargée, entre autre, de l’enseignement des langues officielles de l’ONU. À l’occasion de la prochaine commémoration du centenaire de la mort de Léon Tolstoï (le 20 novembre 2010) il m’a paru intéressant de rappeler une période peu connue de l’histoire de cette dépendance du Palais des Nations. Dans le cadre de cette future manifestation une plaque3 pourrait être apposée dans le hall d’entrée de la villa pour rappeler les dates des visites4 de Tolstoï au Bocage. Soit :
Année 1857 (calendrier grégorien)
1 Vendredi 10 avril
2 Dimanche 12 avril
3 Dimanche 19 avril
4 Lundi 27 avril
(il passe peut-être la nuit au Bocage)
5 Lundi 11 mai
6 Mardi 12 mai
7 Vendredi 12 juin
8 Samedi 13 juin
9 Mercredi 1er juillet
Préambule
En 1857 la Russie était encore un des rares
pays à avoir conservé l’ancien calendrier
julien5 (en retard de douze jours sur le grégorien).6 Le passage au grégorien7 ne se fera
qu’au début de l’année 1918.8 En France la
réforme grégorienne fut adoptée dès l’année
de sa promulgation, en 1582.9 A Genève, par
contre, en raison du protestantisme, le changement
ne se fit qu’en 1701.10 Il est important
de rappeler la coexistence de ces deux systèmes
car, malheureusement, de nombreux
auteurs se sont fourvoyés et ont mélangé
allègrement les dates des deux calendriers.
Je ne citerai qu’un seul exemple, celui de
l’excellente monographie de Pregny11 dans
laquelle Guillaume Fatio écrit : « Le 8 avril
(1857), il (Léon Tolstoï) partit (de Paris) pour
Genève », ce qui est exact, mais quelques
lignes plus loin « Arrivé à Genève en mars
1857, il poussa un soupir de soulagement… ».
Il serait donc arrivé avant de partir ! Le départ
est bien exprimé en grégorien alors que l’arrivée
à Genève est indiquée selon le calendrier
russe, ce qui n’a aucun sens pour un
évènement survenu à Genève. Il s’agissait en
fait du jeudi 9 avril 1857, le lendemain de son
départ de Paris, et non du samedi 28 mars
julien. Tout ce qui concerne le voyage en
France puis en Suisse de Tolstoï sera donc
exprimé selon le calendrier local, grégorien.
à suivre…
1 Léon Tolstoï « Journaux et Carnets », traduction
de Gustave Aucouturier, tome I, p. 416 (ouvrage
désigné par la suite uniquement par le nom du
traducteur).
2 Qui se trouvait auparavant dans la villa Les
Feuillantines, par la suite cette Section (devenue
actuellement Section de la formation et du perfectionnement
du personnel, SFPP) fut déplacée
dans les Pavillons du Bocage, voisins de la villa .
3 Une plaque a été apposée récemment à Dijon
(dévoilée le 29 avril 2010) pour commémorer
le séjour – du 9 au 14 mars 1857 – de Léon
Tolstoï et d’Ivan Tourgueniev à l’ancien Hôtel de
la Cloche.
4 La lecture de la monographie de Pregny, de
Guillaume Fatio (« Pregny, commune genevoise
et coteau des altesses », mairie de Pregny, 1947,
p. 217), pourrait laisser croire qu’il a séjourné au
Bocage : « Parmi les hôtes du Bocage, nous signalerons
tout spécialement le comte Léon Tolstoï »,
« il poussa un soupir de soulagement lorsqu’il se
trouva tout à coup chez ses tantes, installées dans
la confortable villa du Bocage… »
5 Le calendrier julien fut introduit par Jules César,
en 46 avant notre ère, à la suite d’une réforme de
l’ancien calendrier romain
6 Ceci jusqu’au 29 février 1900, retard de treize
jours depuis cette date.
7 Le pape Grégoire XIII (Ugo Boncompagni 1502-
1585, pape de 1572 à 1585) promulgua le calendrier
grégorien en 1582
8 Le 31 janvier 1918 fut suivi par le 14 février
1918.
9 Le roi Henri III (roi de France de 1574 à 1589) fit
suivre le dimanche 9 décembre 1582 par le lundi
20 décembre 1582
10 Le 31 décembre 1700 fut suivi par le 12 janvier
1701
11 Guillaume Fatio, ouvrage cité, p. 217, voir
note n° 4 (une seconde édition, revue et complétée
par Raymond Perrot, ancien maire de la
commune, a été publiée en 1978 sous le titre
« Pregny-Chambésy commune genevoise »)