Les chefs d’Etat et de gouvernement des septante Etats membres, associés ou observateurs de l’Organisation internationale de la Francophonie se réunissent à Montreux du 22 au 24 octobre 2010.
L’Organisation internationale de la Francophonie et la Suisse ont souhaité que le Sommet de Montreux soit un important rendez-vous politique, permettant aux chefs d’Etat et de gouvernement de débattre de grandes questions d’actualité internationales. Il s’agit d’affirmer la dimension politique de la francophonie comme acteur significatif des relations internationales. Le Sommet, qui coïncide avec le 40e anniversaire de la Convention de Niamey, acte fondateur de la francophonie institutionnelle, aura pour thème général les « défis et visions d’avenir pour la francophonie ». Sous cet intitulé, les chefs d’Etat et de gouvernement traiteront les trois thématiques suivantes :
Un renforcement au fil des ans
A l’origine, il y a quarante ans, la francophonie
n’a pas été créée en tant qu’organisation
à vocation politique. L’Agence de coopération
culturelle et technique, instituée par la
Convention de Niamey, réunissait des Etats
et des gouvernements attachés à promouvoir
entre eux « un espace commun de solidarité
et de coopération », au service d’idéaux de
compréhension mutuelle et de promotion du
développement. Les instances politiques de
la francophonie sont plus récentes, puisque
le premier Sommet de la Francophonie, celui
de Versailles, se tient en 1986. C’est en 1991,
lors du Sommet de Chaillot, qu’il est décidé
la création des instances politiques subordonnées
à la Conférence des chefs d’Etat et
de gouvernement, soit la Conférence ministérielle
et le Conseil permanent.
Le Sommet de Maurice, en 1993, marque une nouvelle étape. Les chefs d’Etat et de gouvernement prennent en effet une position commune sur un enjeu important en matière de gouvernance économique mondiale : la résolution sur l’exception culturelle au GATT. L’affirmation de la dimension politique de la francophonie franchit une nouvelle étape décisive lors du Sommet de Cotonou, en 1995, avec la décision de créer un secrétariat général de la francophonie. L’élection, lors du Sommet de Hanoi en 1997, de Boutros Boutros-Ghali, ancien Secrétaire général de l’ONU, au poste de Secrétaire général de la Francophonie, manifeste clairement la volonté des chefs d’Etat et de gouvernement de donner à la communauté francophone un visage reconnu dans le monde.
Tandis que la francophonie s’engage activement en faveur de la diversité culturelle en combattant l’hégémonie d’une seule langue ou d’une seule culture, en faveur d’une démocratisation des relations internationales, il lui reste alors, pour asseoir sa crédibilité, à se doter d’un document de référence sur la promotion de la démocratie, des droits et des libertés au sein même de l’espace francophone. Décidées lors du Sommet de Moncton, en 1999, la préparation et la tenue du Symposium sur le bilan des pratiques de la démocratie, des droits et des libertés au sein de l’espace francophone donnera lieu à l’adoption, en novembre 2000 dans la capitale malienne, de la Déclaration de Bamako, dont nous célébrons cette année le 10e anniversaire.
En 2006, à l’occasion de la Conférence
ministérielle de Saint-Boniface sur « la prévention
des conflits et la sécurité humaine »,
les Etats et gouvernements de la francophonie
se dotent d’une Déclaration qui élargit
aux questions de maintien de la paix et à
la notion de « responsabilité de protéger » le
champ des positions et actions concertées
de la francophonie. En 2008 à Québec, la
crise financière internationale donne le ton
du XIIe Sommet de la Francophonie qui,
du coup, se trouve placé sous le signe de
la gouvernance mondiale dans le domaine
économique et financier. Il conduit les chefs
d’Etat et de gouvernement à s’interroger dans
l’urgence sur le rôle de la francophonie dans
la gouvernance mondiale. C’est donc tout
naturellement que cette problématique sera
centrale lors du XIIIe Sommet à Montreux.
La place de la francophonie
dans la gouvernance mondiale
Quelle place l’Organisation occupe-t-elle
aujourd’hui au plan international ? S’estelle
déjà donné les moyens de jouer un
rôle dans la gouvernance mondiale ? D’un
point de vue suisse, la francophonie dispose
actuellement d’une réelle influence, au plan
international, dans deux domaines : d’une
part, la promotion de la diversité culturelle
et linguistique et, d’autre part, celle de la
démocratie, des droits et des libertés.
Dans le premier domaine, la francophonie dispose d’une légitimité à exercer un « magistère moral », en tant qu’organisation vouée historiquement, depuis quarante ans, à la connaissance mutuelle des cultures et à la promotion d’une langue en tant que vecteur de coopération entre ses membres. Pour bénéficier d’une véritable capacité d’influence, l’Organisation doit s’affirmer comme le champion d’un combat pour la diversité linguistique et culturelle, et non exclusivement comme le défenseur d’une langue, dont elle assurerait une sorte de police linguistique dans ses pays membres et au sein des organisations internationales.
Dans le prolongement de la position commune sur l’exception culturelle au GATT, la francophonie s’est ainsi imposée comme un acteur significatif dans les négociations qui ont conduit à l’adoption, au sein de l’UNESCO, en 2005, de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. En outre, avec la chaîne francophone TV5, la francophonie dispose en outre d’un vecteur de communication en langue française de premier plan, qui lui confère une présence au niveau international, contribuant par là à la nécessaire diversité des sources d’information dans le monde. La Suisse est très attachée à l’indépendance et au rayonnement de TV5, qui permet de faire passer les différentes visions francophones du monde.
Dans le deuxième domaine, c’est par l’adoption, en 2000, de la Déclaration de Bamako – un texte à dimension normative en matière de pratiques de la démocratie, des droits et des libertés – puis par la mise en oeuvre de son dispositif opérationnel face aux « ruptures de la démocratie », c’est-à-dire des coups d’Etat ou d’autres atteintes majeures à l’ordre constitutionnel, que la francophonie a acquis une réelle influence politique parmi les acteurs engagés en faveur de la promotion de la démocratie au plan international.
Un tiers des Etats de l’ONU
Avec plus du tiers des Etats membres de
l’ONU, la francophonie constitue aujourd’hui
un groupement auquel son importance
numérique confère une influence
certaine. Pour la Suisse, le soutien des Etats
et gouvernements francophones est aujourd’hui
un élément incontournable pour
le succès de ses initiatives ou de ses candidatures
au plan international.
Certes, la francophonie représente un groupe d’Etats disparates, qui défendent parfois des intérêts divergents. Mais, cette réalité n’est pas nécessairement un handicap, puisque la capacité à transcender les positions antagonistes des blocs régionaux est très souvent un critère du succès de certaines négociations ou initiatives internationales. Les concertations entre Etats et gouvernements francophones et les initiatives qui peuvent être prises par l’Organisation internationale sont susceptibles de faire pencher la balance dans le cadre d’une grande négociation internationale ou d’ouvrir la voie à l’adoption de solutions dans un cadre plus large, autour des grands enjeux internationaux, comme ceux dont les chefs d’Etat et de gouvernement débattront à Montreux. Il faut pour cela que les Etats et gouvernements aient la volonté ferme d’utiliser l’Organisation comme un instrument utile à la défense de leurs intérêts au plan international.
La défense du français dans
les enceintes internationales
La Suisse est très consciente de l’importance
de l’utilisation du français au sein de
la Genève internationale. Le français est une
langue officielle des Nations Unies, ce qui implique
des obligations quant à son usage qu’il
s’agit de respecter, notamment par la mise
en oeuvre de la résolution de l’ONU sur le
multilinguisme dans le cadre de l’Office des
Nations Unies à Genève. Lors de rencontres
officielles, les interventions suisses se font
en français. Il est vrai que lors de séances
préparatoires ou dans de nombreux groupes
de travail, lorsque le service d’interprètes
n’est pas mis à disposition par l’Organisation
internationale, les interventions doivent
souvent se faire en anglais. Le Groupe des
Ambassadeurs francophones (GAF) à Genève
est intervenu à plusieurs reprises afin de résoudre le problème du manque d’interprètes
ou de traduction des documents.
L’érosion de l’usage du français lors de conférences
ou de points presse et lors de la mise
à disposition des documents de référence est
un sujet de réelle préoccupation.
La Suisse estime que la Genève internationale est l’un des meilleurs instruments pour favoriser un usage régulier du français au sein des enceintes internationales. La présence en territoire francophone de 30 organisations internationales, de 164 Etats accrédités, de quelques 250 organisations non gouvernementales, d’un réseau universitaire de premier plan, ainsi que la tenue de 4’500 conférences par année sont des atouts au service de la promotion du français comme grande langue de communication dans le monde.
Le français constitue à la fois une condition et un enjeu de la francophonie institutionnelle et politique. La francophonie connaît un « Vade-mecum relatif à l’usage de la langue française dans les organisations internationales », adopté lors de la Conférence ministérielle de la Francophonie à Bucarest en 2006. Ce document engage les Etats membres de la francophonie à s’exprimer en français au sein des organisations internationales où le français bénéficie du statut de langue officielle ou de travail, et chaque fois que l’usage de leur langue nationale n’est pas possible. La défense du français comme langue en partage dans le monde globalisé sera un des thèmes du XIIIe Sommet de la Francophonie. Un débat sur la place de la langue française dans les organisations internationales sera en outre organisé le 20 octobre dans le cadre de la Conférence ministérielle de la Francophonie. La Suisse invitera à Montreux les Directeurs généraux des organisations internationales en Suisse et profitera de cette occasion pour rappeler l’importance de l’usage du français au sein des enceintes internationales.
Le Sommet de Montreux sera ainsi une occasion de manifester l’engagement de la Suisse en faveur du multilinguisme et de l’usage du français dans les organisations internationales.