Loisirs

VIETNAM
LE RÉVEIL DU DRAGON

6 h 30 : après douze heures de vol, l’approche de Hô Chi Minh Ville (ex Saïgon) en avion est un enchantement. Les rizières qui s’étendent à l’infini miroitent sous le soleil. Nous survolons le grenier à riz du Vietnam.

TEXTE & PHOTOS : CLAUDE MAILLARD

Le delta du Mékong qui couvre toute l’extrémité sud du pays (Cochinchine) ne représente que 12 % de la surface totale du Vietnam mais assure chaque année une grande partie de la production rizicole. La région, très luxuriante, est riche et prospère. Avec trois récoltes de riz annuelles, une bonne part de cette production part vers l’étranger et le pays occupe le deuxième rang des exportateurs au monde, derrière la Thaïlande. 1600 kilomètres plus haut, le delta du fleuve Rouge arrose tout le nord (Tonkin). Mais là, on vit plus rudement. La région ne s’est pas entièrement remise des longs conflits qui l’ont secouée et l’économie s’en ressent. Moins de mécanisation, paysans au chapeau conique labourant avec leurs buffles, rythme lent et ancestral mais quel charme ! Nous sommes pourtant tout près de Hanoï, la capitale du Vietnam peuplée par plus de 4 millions d’habitants. Mais la palme revient à Hô Chi Minh Ville qui abrite 8 millions d’âmes, dont la moitié roule en motocyclette. Et comme ici l’usage du klaxon est de rigueur, la visite de la ville se fait dans un vacarme pétaradant, sous un soleil de plomb, avec des bouffées d’air humide et surchauffé pas toujours facile à supporter.

Quant à la région de Da Nang, au centre du pays (Annam), le relief est beaucoup plus tourmenté avec ses hautes vallées et plateaux. Construite au bord de la rivière des Parfums, Hué, ancienne ville impériale de la dynastie des Nguyên, peut être considérée comme le joyau du Vietnam.

Coincé entre le Laos et le Cambodge, ses voisins de l’ouest, et la mer de Chine méridionale à l’est, le Vietnam se distingue par une forme très particulière faisant penser à un dragon qui s’étire du golfe de Thaïlande au sud jusqu’à la frontière chinoise au nord. Dans sa plus petite largeur, près des villes de Vinh et de Hué, le Vietnam ne fait que 50 km de large.

Bienvenue chez les Nguyên
Trois Vietnamiens sur cinq s’appellent Nguyên ! La grande popularité de ce patronyme remonte aux temps où l’empereur autorisait les braves pionniers venus défricher les terres inhospitalières du sud à porter son nom. En 50 ans, la population du Vietnam a été multipliée par 3,5 pour atteindre de nos jours plus de 86 millions d’habitants, ce qui entraîne un gros problème de surpeuplement, notamment à Hanoï et à Hô Chi Minh Ville, où plus de 3000 habitants s’entassent au km2. Cela a déclenché une importante migration vers les montagnes du nord et du centre, créant des tensions avec les ethnies locales. Le Vietnam est un extraordinaire kaléidoscope d’ethnies. Les Kinh (ou Viêt) forment 85 % de la population, mais le reste se décline en une cinquantaine de groupes ethnolinguistiques distincts. Les Chinois (Hoa) sont les plus nombreux et peuplent les villes aux côtés des Kinh. Les autres ethnies, comme les Muong et les Kmers travaillent dans les rizières, alors que les Cham, Thaïs, Taï-Kadaï, H’mong, Dzao vivent en altitude, ce qui leur a valu leur surnom de « montagnards » lors de la colonisation. Ils cultivent, entre autres, le café, la banane, l’hévéa et le poivre dont le Vietnam est le premier producteur mondial. La pêche et l’élevage marin (notamment les huîtres perlières) sont les principales activités des régions côtières. Quant au sous-sol, il fournit or, argent, zinc, bauxite, étain et charbon, et de vastes nappes pétrolifères viennent d’être découvertes sous les eaux de la mer de Chine méridionale.

Meurtri par de longues années de conflits armés, le Vietnam relève maintenant la tête hors de l’eau et, depuis peu, il ne figure plus sur la liste des pays pauvres. La chute de l’Union soviétique et la fin de l’embargo américain en 1994 ont accéléré sa croissance qui est l’une des plus rapides au monde. En 2006, après de longues négociations avec les pays industrialisés, le Vietnam adhère à l’Organisation Mondiale du Commerce.

L’oncle Hô
Sous un soleil de plomb, on faisait la queue le 19 mai 2010 devant le mausolée de Hô Chi Minh pour rendre hommage à celui qui déclara l’indépendance du Vietnam le 2 septembre 1945. On fêtait ce jour-là les 120 ans de sa naissance. Natif de la province de Nghê An, Nguyên Sinh Cung, qui prendra par la suite le nom de Hô Chi Minh (« Celui qui éclaire ») grandit auprès d’un père nationaliste. Après des études faites à Hué, il s’embarque sur un paquebot français pour découvrir le monde. C’est à Paris qu’il pose ses valises en 1917, pratiquant divers métiers, développant ses idées politiques, et surtout, ébauchant le projet d’une Indochine indépendante. En 1922, il gagne Moscou, puis se réfugie à Canton où il est jeté en prison par un chef chinois anticommuniste. Après des années d’incarcération, il rentre dans son pays en 1941 où il fonde la Ligue d’indépendance du Vietnam et prépare le soulèvement contre la France et le Japon qui occupent l’Asie. Quatre années plus tard naîtra la République démocratique du Vietnam. S’ensuivra la première guerre d’Indochine (1946-1954) provoquée par les Français qui voulaient reconquérir le Vietnam malgré des accords bilatéraux. Sous-estimant la ténacité et l’organisation du peuple vietnamien, les troupes françaises subiront d’importantes pertes humaines et matérielles et devront capituler. Le rideau tombera alors sur un siècle de colonialisme français en Indochine. Suivront les accords de Genève (1954) qui scinderont le Vietnam en deux. Les communistes de Hô Chi Minh occuperont le territoire au nord du 17e parallèle, tandis que le sud sera gouverné par le fervent anticommuniste Ngô Dinh Dièm qui s’autoproclamera chef de l’Etat du Sud- Vietnam. La tension montera alors de part et d’autre du 17e parallèle, puis les Etats-Unis joindront leurs troupes à celles de l’armée sud-vietnamienne en 1964. Les hostilités s’amplifieront, mais, malgré sa puissance, l’armée américaine connaîtra l’échec. En 1969, le président Nixon décidera de démanteler sa coûteuse machine de guerre. La même année décèdera Hô Chi Minh, avant le retrait définitif des troupes américaines et l’accord de cessez-le-feu signé en 1973. Trois ans plus tard, on assistera à la réunifi cation du Vietnam du nord et du sud en tant que République socialiste du Vietnam.

 
© 1949-2010 UN Special