Loisirs

VALAIS, SUISSE
LES TRACES DE « DINOSAURES » DU VIEUX ÉMOSSON

Vue depuis l’extrémité sud du lac du Vieux Emosson © Philippe Wagneur, Muséum Genève

© Philippe Wagneur, Muséum Genève

Vue depuis l’extrémité sud du lac du Vieux Emosson

DANIELLE DECROUEZ, MUSÉUM D’HISTOIRE NATURELLE DE LA VILLE DE GENÈVE

Vous êtes prêt à marcher cinq heures aller-retour en montagne et les conditions météorologiques sont favorables ? N’hésitez pas à venir découvrir les empreintes de pas de « dinosaures » du Vieux-Emosson (Valais). Ce gisement paléontologique est le plus important du genre en Europe (plus de 800 empreintes). Déclaré site protégé par arrêté du Conseil d’Etat du Canton du Valais en date du 9 novembre 1983, il est strictement interdit d’endommager les empreintes, de prélever des échantillons de roches ou de déposer des déchets. De plus, il est classé comme géotope d’importance nationale.

Un géologue du département de géologie et de paléontologie du Muséum d’histoire naturelle de la Ville de Genève vous attendra sur le site tous les jours du 26 juillet au 15 août 2010 de 11 h à 16 h (selon les conditions météorologiques, la durée peut être allongée en cas de très beau temps). Il vous expliquera pourquoi des traces de pas de reptiles imprimées il y a plus de 200 millions d’années dans le sable d’une plage sont aujourd’hui figées dans une dalle de grès située à 2400 m d’altitude et il vous racontera aussi l’histoire des Alpes depuis 500 millions d’années ! Une excellente occasion de suivre au coeur d’un paysage grandiose un cours de géologie sur les Alpes dispensé par un scientifique.

Les groupes sont constitués au fur et à mesure de l’arrivée des gens et les délais d’attente entre deux animations sont courts (15 à 20 minutes au maximum). Il n’est pas nécessaire de s’annoncer ou de s’inscrire et la prestation est gratuite.

Par beau temps, l’animation dure trente à quarante-cinq minutes. Elle peut être écourtée selon le désir des visiteurs ou quand les conditions météorologiques sont médiocres. En cas de mauvais temps, l’intervention sur le gisement est annulée. Mais étant donné que le géologue est cantonné au barrage du Vieux Emosson, le randonneur qui s’aventure quand même en montagne peut profiter, sur le couronnement du barrage ou à la sortie du tunnel, des mêmes commentaires que sur le site mais sans les traces de dinosaures. Le contexte géologique le permet.

La dalle à traces de reptiles, © Philippe Wagneur, Muséum Genève

La dalle à traces de reptiles, © Philippe Wagneur, Muséum Genève

La découverte de ce gisement est relativement récente, en effet elle date du 23 août 1976 et son inventeur est Georges Bronner, un spécialiste des socles africains de l’Université de Marseille. Cette année-là, une partie de la dalle fut mise à jour (pour la première fois ?) car la canicule et la sécheresse avaient entraîné la fonte partielle du névé qui recouvrait en permanence le fond du vallon comme en témoignent les cartes topographiques des années 1970. Depuis l’été 1976, la dalle est souvent dégagée de la mi-juillet à la fin du mois d’octobre.

La dalle montre neuf types d’empreintes, soit neuf espèces animales distinctes (dinosaures primitifs et autres reptiles) susceptibles de les avoir laissées. Les dimensions des traces varient entre 10 et 20 cm avec une profondeur qui peut atteindre 5 cm. La longueur totale moyenne des animaux qui ont laissé ces empreintes est estimée à 3-7 m pour un poids d’environ 300 à 400 kilos.

Sur un bloc détaché de la dalle par l’érosion et éboulé dans le vallon, une petite piste a été découverte en 2008. Les empreintes sont en relief car la couche qui les porte s’est déposée au dessus de la dalle avec les traces en creux. Bien que très faible-ment marquées sur la roche, elles livrent des informations importantes qui ne sont pas visibles sur les traces de la dalle. L’auteur est Isochirotherium, un reptile qui a précédé les dinosaures dans l’évolution et qui avait une allure comparable à celle d’un crocodile d’environ 1,5 m de long au museau raccourci et dressé sur ses pattes.

Cet Isochirotherium indique un âge plus ancien de 15 millions d’années que celui attribué lors de la découverte du gisement (Trias moyen, 229 millions d’années). Et alors deux questions, aujourd’hui sans réponse, se posent : – est-ce que les dinosaures sont plus anciens que ce que l’on admet généralement ? Les plus vieux connus à ce jour datent de 229 millions d’années. – les animaux d’Emosson étaient-ils vraiment des dinosaures ?

En août 2009, la piste de l’Isochirotherium a été moulée par une équipe du Muséum de la Ville de Genève, puis le bloc a été préparé pour son transport au Musée de la nature de Sion (sa masse a été réduite de 1300 kg à 650 kg) et l’héliportage a été effectué en septembre.

 

Pour tout renseignement sur l’animation :
http://www.ville-ge.ch/mhng/anima_2010_07_emo.php

Danielle Decrouez
Muséum d’histoire naturelle de la Ville de Genève,
1 route de Malagnou, CH-1208 Genève, Suisse
e-mail : danielle.decrouez@ville-ge.ch

Photo : de droite à gauche : Le socle cristallin des Aiguilles Rouges avec des roches métamorphiques de l’ère Primaire (environ –400 millions d’années).
Des roches sédimentaires essentiellement triasiques (environ –230 millions d’années) avec le niveau à traces de reptiles qui se sont déposées sur les Aiguilles Rouges et qui ensuite ont été portées en altitude lors du soulèvement du massif (en clair sur la photo).
La Nappe de Morcles qui expose dans la région des roches du Jurassique moyen (–180 à 150 millions d’années). Ces sédiments, qui se seraient formés dans un bassin entre les futurs massifs du Mont-Blanc et des Aiguilles Rouges, ont été charriés vers le nord-ouest lors de la collision qui a conduit à l’édification de la chaîne alpine.

 
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