Triangle Afar, région du nord-est de l’Ethiopie, à cheval sur l’Erythrée et Djibouti. Là, court la plus grande cicatrice à vif de l’écorce terrestre. Avec des températures pouvant atteindre les 60° C à l’ombre, l’endroit est le plus chaud et le plus inhospitalier de la planète.
Accompagné du vulcanologue Jacques-Marie Bardintzeff, Nicolas Hulot ne peut faire autrement que de se poser la question en découvrant ces images grandioses qu’offre la région. « Ces paysages féeriques qui nous font croire que nous avons été parachutés sur une planète d’un autre système solaire marquent-ils le début ou la fin de notre monde ? » Il y a sans doute un peu des deux...
Sur les terres de Lucy
Avec le Tchad où l’on a également découvert de très vieux ossements, l’Ethiopie peut être considérée comme le berceau de l’humanité. Découvert en 1974 sur les rives de la rivière Awash par le paléontologue Yves Coppens, le squelette fossilisé de Lucy date de 3,3 millions
d’années. A cette époque, la région était giboyeuse et couverte d’épaisses forêts. Classée dans la famille Australopithecus afarensis,
Lucy appartient à un groupe d’hominidés
présentant un curieux mélange de caractères simiens (relatifs au singe) et humains,
certes bipèdes, mais menant une vie partiellement arboricole.
Située dans la corne de l’Afrique, entre le tropique du Cancer et l’Équateur, l’Ethiopie n’a plus d’accès direct à la mer Rouge depuis que sa province Erythrée a accédé à son indépendance en 1993. Les autres pays frontaliers sont le Soudan (à l’ouest), le Kenya (au sud) et la Somalie et la république de Djibouti à l’est.
Principalement constituée de hauts plateaux (Addis Abeba, quatrième capitale la plus élevée au monde, est construite à 2400 mètres d’altitude), l’Ethiopie possède un relief très accidenté. Allant de la dépression du Danakil, située à 130 mètres au-dessous du niveau de la mer, jusqu’au mont Ras Dashen dont le sommet culmine à 4543 mètres, l’Ethiopie est le dixième pays du continent africain par sa superficie (1 137 000 km2, soit deux fois la France). Côté population, avec 85 millions d’habitants, elle occupe le deuxième rang après le Nigéria. Conséquence de son relief, le climat de l’Ethiopie est très diversifié et l’influence de la mousson en provenance de l’océan Indien accentue le phénomène. Les hautes terres qui représentent 60 % du pays avec, notamment, l’immense plateau du Choa où se trouve Addis Abeba (au centre de l’Ethiopie), connaissent un climat allant du climat tempéré subtropical, subalpin et même alpin suivant l’altitude (la température peut être négative). De nombreux cours d’eau (Wabe Shebele, Omo, Nil bleu...) et lacs (dont le grand lac Tana), ajoutés à une certaine pluviosité, font que cette région regroupe l’essentiel des terres arables du pays où se sont sédentarisées les populations.
Une légende affirme que le café aurait été découvert dans les parages, plus précisément
dans la province de Kefa, au sud-ouest de la capitale. La trouvaille reviendrait au berger Kaldi dont les chèvres semblaient bien excitées après avoir brouté des arbustes couverts de petits fruits rouges. Le berger décida d’en parler à des moines qui firent sécher ces baies rouges afin de préparer une infusion qu’ils burent avec délice. Bientôt ils furent eux aussi gagnés par une agitation fébrile et passèrent ensuite plusieurs jours et plusieurs nuits à prier, sans dormir,... Le café venait d’être découvert ! Aujourd’hui, dans chaque maison, le chef de famille va lui-même acheter ses grains de café qu’il torréfie ensuite. L’Ethiopie est d’abord et avant tout le producteur du fameux moka, l’un des meilleurs cafés au monde.
L’ouest de l’Ethiopie, le long de la frontière soudanaise, là où la température moyenne avoisine les 30°, le climat est tropical avec des pluies abondantes, un taux d’humidité élevé, conditions également propices aux activités agricoles. Il n’en est pas de même pour l’est du pays, côté Somalie, où l’on trouve les vastes plaines désertiques du Somali et de l’Ogaden. Ces régions désolées, au climat aride, où les précipitations sont quasi nulles, sont le territoire de tribus nomades vivant de l’élevage et de l’exploitation du sel, notamment dans les plaines du Danakil où les dépôts salins atteignent jusqu’à 2000 mètres d’épaisseur. C’est là également qu’une faille sépare les plaques tectoniques somalienne, arabique et africaine, que l’on retrouve la plus grande concentration de volcans d’Afrique et où l’on subit les températures les plus élevées et constantes de la planète. Le triangle Afar est vraiment un lieu unique au monde.
Triangle Afar
Sans les connaissances et le professionnalisme
du vulcanologue Guy de St Cyr et de son équipe d’« Aventure & Volcans », notre expédition dans l’enfer de l’Afar n’aurait pas été possible. Mais avant d’atteindre notre but, à environ 1000 km au nord-est d’Addis-Abeba, une autre merveille nous attend dans la région située entre Mékélé et Adigrat : les églises rupestres du Tigré taillées dans la roche entre le IXe et le XVe siècle. Ces vestiges
chrétiens, au nombre de cent vingts, sont de véritables prouesses architecturales, d’une beauté à couper le souffle.
C’est sous bonne escorte de gardes armés (l’Erythrée n’est qu’à une quinzaine de kilomètres) que nous rejoignons le village de Ahmed Ila où vivent les travailleurs qui exploitent le sel du lac Karoum. Dès notre arrivée, nous nous sentons plongés dans un autre monde, complètement irréel. A perte de vue, des colonnes de dromadaires chargés de plaques de sel font route vers les hauts plateaux pour livrer leur précieuse cargaison. Ils seraient vingt mille ruminants sur le site ! Ce sel, qui autrefois servait de monnaie d’échange, est maintenant surtout destiné à l’alimentation animale.
Perdu au milieu de cette dépression du Danakil, telle une île volcanique au coeur d’un lac de sel, le Dallol culmine à 42 mètres au-dessous du niveau de la mer ! Ici, il n’est pas exagéré de dire que la nature a rendez-vous avec le diable. Ce bien étrange volcan
actif au caractère explosif est vraiment unique. Tout cela grâce aux eaux de pluie tombées sur les hauts plateaux qui ensuite ruissellent, puis s’infiltrent dans les nombreuses
fractures ouvertes par une activité géologique intense. Au cours de leur trajet souterrain, elles se réchauffent au contact des roches en fusion, se chargent de tous les minéraux
qu’elles rencontrent, puis, refoulées en ébullition vers le haut, jaillissent à travers les couches de sel. Le résultat est stupéfiant et l’on reste « scotché » devant un tel paysage. Une vraie palette de peintre : du rouge au vert, en passant par le jaune, le brun, l’ocre, l’orange,...
Le coeur de la terre à ciel ouvert !
Y’a l’feu au lac !
Véritable chaudron de 11 000 m2 où bouillonne une lave à 1200°, l’Erta Ale est l’un des rares lacs de lave de la planète. Son accès est particulièrement difficile et là encore,
sans un guide expérimenté, c’est mission
impossible. En raison des conditions climatiques et des problèmes politiques, ce volcan est assez méconnu. Ce n’est qu’à partir de 1967 qu’Haroun Tazieff se lancera dans l’exploration du site. Auparavant les redoutables guerriers Afars ne laissaient guère d’espoir à qui osait s’aventurer sur les pentes du volcan.
Après une longue marche d’approche, le lac de lave nous apparaît dans toute sa monstrueuse splendeur. Depuis le bord du cratère, à 80 mètres sous nos pieds, la terre nait. De l’énorme masse minérale en fusion rougeoyante agitée de grosses vagues jaillissent des fontaines de lave très fluides et se forment d’énormes bulles qui, une fois bien gonflées, éclatent en projetant des lambeaux de lave visqueuse.
Le silence règne sur le bord du cratère. Merci Monsieur Guy de St Cyr de nous « offrir » un tel spectacle devant lequel nous restons sans voix...
Guy de St Cyr
Aventure & volcans
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