Green Day

AÉROPORT DE GENÈVE
TROIS CENT MILLE NOUVELLES COLLABORATRICES « TOUT MIEL »

BERTRAND STÄMPFLI

Des milliers d’ouvrières ont été recrutées pour doper la pollinisation des espèces florales sur le territoire aéroportuaire dans le cadre du projet GVApis. L’année de la biodiversité valait bien que l’on mobilisât quelques bonnes volontés afin d’assurer la pérennité des espèces florales présentes sur la plate-forme et alentour. Et quel meilleur moyen, pour ce faire, que de recruter la main d’oeuvre au sein d’une faune particulièrement sensible aux agressions qui sont faites à l’environnement ? C’est ce qui vient d’être fait par l’Aéroport International de Genève (AIG) où l’on vient d’implanter une demi-douzaine de Dayruches comptabilisant au total pas loin de trois cent mille abeilles. Dans leur uniforme rayé noir et brun, ces précieuses auxiliaires vont participer à la pollinisation de nos prairies et de celles de nos voisins dans un rayon de plusieurs kilomètres. L’AIG leur met à disposition des locaux de fonctions en bois (très tendance) et un suivi sanitaire, en échange de quoi elles s’engagent à lui abandonner le fruit de leurs efforts : on parle de ce nectar floral qu’elles transformeront en miel. Du « miel de tarmac » qui, espérons-le, incarnera bientôt une concurrence au « miel de béton » produit au centre-ville. Car c’est là le paradoxe de l’apiculture moderne : l’intensification des productions agricoles (avec leur lot d’intrants, pesticide et insecticides...) ainsi que le triomphe de la monoculture valent aux abeilles de trouver dans nos centres urbains des conditions de vie parfois plus favorables que celles qui règnent dans nos campagnes. D’où la volonté de l’aéroport de leur ménager une petite place dans cette zone particulière, qui voit cohabiter dans un même espace une activité industrielle avec des espèces naturelles faunistiques et floristiques précieuses.

Filles de l’air
L’implantation de ruches à l’AIG constitue un acte symbolique en faveur de l’environnement et de la biodiversité. Cette réalisation n’est toutefois que la partie « événementielle » et visible d’un travail de fond réalisé sur de nombreux autres dossiers en vue de parfaire la maîtrise de l’impact environnemental lié à l’exploitation de l’aéroport. Voici donc que l’aéroport de Genève, qui accueille déjà une grande mixité de trafic (avions de lignes, jet privés, aviation légère, hélicoptères...), va ouvrir son espace aérien à quantité de nouveaux passagers. Pour conférer au « projet GVApis » (apis étant le nom de l’abeille en latin) une portée symbolique supplémentaire, nous sommes convenus de donner à ces ruches le nom de figures historiques de l’aviation. Mais convenons-en : il y aurait eu une certaine incongruité à affubler la reine d’une ruche, mère de milliers de descendantes, toutes des femelles, du nom de quelque héros moustachu. Décision a donc été prise de graver au frontispice de ces gynécées le nom de quelques pionnières de l’aviation, qui toutes ont marqué l’histoire de cette aventure humaine, technologique et industrielle. Des femmes qui, en leur temps, ont dû bouleverser certains déterminismes sociaux et autres atavismes culturels pour faire évoluer les moeurs et les consciences. Quel meilleur symbole ressuscité, à l’heure où la défense de la biodiversité nous commande précisément de repenser le regard que nous portons sur le monde ? Le rucher Hélène Boucher (1908-1934), du nom de cette étoile de l’aviation française qui pulvérisa plusieurs fois les records de vitesse, hébergera donc des ruches dédiées à la mémoire de ces quelques pionnières qui ont marqué des paliers importants de la longue histoire de l’aviation.

 
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