Interview / Entretien du mois — ONU

ENTRETIEN

ANATOLI KONDRACHOV,
CHEF DES SERVICES CENTRAUX D’APPUI

M. Anatoli Kondrachov, chef des services centraux d’appui

CHRISTIAN DAVID, ONUG

Monsieur Kondrachov, les Services centraux d’appui viennent d’éditer une brochure sur les salles de conférence de l’ONUG, quel est le but de cet ouvrage ?
J’aimerais tout d’abord souligner que la brochure constitue la dernière étape du projet signalétique récemment mis en place au Palais des Nations. L’ancienne avait dix ans et n’intégrait pas les projets réalisés par la Section des bâtiments et des services techniques. Un travail essentiel a ainsi été accompli en termes de rénovation et de technicité. L’évolution électronique a été intégrée pour la partie sonore et visuelle avec de nouveaux écrans et les cabines d’interprétation ont également été rénovées, malgré les difficultés, notamment en ce qui concerne la compatibilité avec les normes en vigueur. Vingt-trois salles sont maintenant équipées et permettent aux fonctionnaires du Service d’interprétation de répondre au mieux aux demandes. Il faut en effet concilier de manière permanente les impératifs d’efficacité pour offrir aux délégués des conditions optimales tout en respectant et en intégrant la spécificité historique du bâtiment. Depuis 10 ans, des Etats Membres comme la Roumanie, la République d’Azerbaïdjan et l’Espagne, ont aussi pris en charge des travaux de rénovation et de décoration de certaines salles de conférence. Le Directeur général vient de signer récemment un accord avec le Royaume du Maroc et l’ONUG est en contact avec d’autres pays. Ces contributions et cette volonté des Etats Membres démontrent leur intérêt à aider l’ONUG à préserver ce patrimoine historique. Dans ce cadre, l’intervention du Directeur général est à chaque fois déterminante. Vous pourrez ainsi constater le résultat magnifique de ces efforts en visitant les salles ou en parcourant la brochure. J’aimerais préciser que conformément à la politique environnementale de l’Organisation, la brochure a été reproduite en mille cinq cents exemplaires seulement. Mes collaborateurs, Jérôme Gras et Frédéric Rybkowski, l’ont aussi mise en ligne et effectueront une mise à jour régulière, ce qui constitue un avantage par rapport à une édition papier: http://sbst.unog.un.org/BookConfRooms/Default.aspx.

L’objectif principal est donc de fournir tous les renseignements pratiques et techniques nécessaires aux utilisateurs potentiels afin de leur permettre de déterminer quelle salle, au Palais des Nations et au Palais Wilson, leur paraît la plus appropriée pour la tenue d’une réunion. L’ouvrage contient aussi des informations architecturales, le tout illustré de photographies des salles et des oeuvres d’art qui les décorent. Des exemplaires de la brochure ont par ailleurs été expédiés à Paris en vue de la réunion de coordination des directeurs de conférence qui s’est tenue les 24 et 25 Juin 2010.

Quels sont les contacts que vous ou votre service entretenez avec différents partenaires de la Genève internationale ?
Nos contacts sont quasi quotidiens avec les missions permanentes et je côtoie tous les chefs des Services généraux. La FIPOI et la Mission suisse sont également mes interlocuteurs privilégiés. Nous avons ainsi été soutenus par la FIPOI pour l’installation du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme dans le bâtiment Motta et travaillons étroitement avec la Mission pour la délivrance de visas depuis que la Suisse a intégré l’espace Schengen. Il faut aussi mentionner de nombreux contacts avec la Ville de Genève et le Pays hôte. Nous sommes d’autre part très présents dans le cadre du réseau inter-agences (Inter-Agency Network of Facilities Managers {INFM}), composé de professionnels à l’échelle des Nations Unies et d’autres institutions spécialisées. Ce réseau établit des groupes de travail techniques spécifiques pour traiter des questions d’intérêt commun et pour communiquer. Cet échange d’informations se fait par le biais d’un forum en ligne des organisations membres de l’INFM permettant un partage de l’information. A l’occasion des réunions annuelles, nous présentons et partageons notre vision de la maintenance des bâtiments.

Enfin, nous sommes également actifs dans le cadre du Groupe des activités communes d’achat de l’ONUG et des organisations membres (GACA/CPAG), dont le Secrétariat est assuré par la Section des achats et des transports des Services centraux d’appui: Les buts sont d’accroître l’efficacité et l’efficience des opérations permettant à chaque organisation membre de profiter des résultats des opérations menées par les autres; et de bénéficier d’économies d’échelle en groupant les achats.

Comment concevez-vous la démarche environnementale prônée par l’ONU et la réalité au Palais des Nations?
Les Services centraux d’appui ont été très impliqués dans l’organisation de la journée portes ouvertes qui s’est déroulée le samedi 5 Juin 2010 dans le cadre de la Journée mondiale de l’environnement, 2010 étant également l’Année internationale de la biodiversité. Les personnalités qui ont inauguré cette manifestation, le nombreux public qui s’est déplacé sous un soleil radieux et les organisateurs, tous bénévoles et qui ont fait un travail fantastique, ont contribué à faire de cette journée une réussite en termes d’accueil, de communication et d’image des Nations Unies. C’est, en effet, un véritable bonheur de partager cet espace magnifique en termes de biodiversité, entretenu par nos jardiniers, qui sont de grands professionnels et qui aiment par-dessus tout leur travail, en y apportant leur touche personnelle. Le fait de voir ce public parcourir le parc représente vraiment une grande satisfaction et je souhaite que cette expérience se renouvelle. Il me serait difficile de tous les citer mais chaque membre de mon service a été impliqué dans cette journée et tous ont réalisé, je le répète, un travail fantastique. A ce propos, j’aimerais souligner que l’ONUG s’est vu décerner en 2009 le prestigieux « Certificat de réserve naturelle » attribué par la Fondation Nature et Économie, organisation suisse à but non lucratif. Ce label de qualité de l’environnement est décerné à des organismes qui protègent la nature et contribuent à la diversité biologique par le recours à des moyens naturels pour la gestion d’au moins 30 % des espaces verts entourant des bâtiments. D’autres travaux ont été réalisés pour prôner cette démarche environnementale, comme par exemple le projet Genève-Lac-Nations (GLN), qui permet de rafraîchir les locaux avec l’eau du Lac Léman (http://www.unspecial.org/UNS674/t27.html), dont une présentation a été faite au Club suisse de la presse en 2008 sur le thème « L’ONUG se met au vert ». Je ne vais pas énumérer toute la liste des travaux réalisés dans ce cadre car elle serait très longue, mais sachez que notre politique d’économies d’énergie a permis une réduction de près de 40 % des factures énergétiques ces dernières années. Enfin, je ne pourrai terminer sans citer le prix décerné par la Ville de Genève pour l’installation de panneaux solaires, l’installation d’abris vélos et de douches et, bien entendu, le démarrage d’un projet majeur pour la préservation du Palais des Nations, le Plan stratégique patrimonial, qui se trouve dans sa phase préparatoire et dont l’exécution est planifiée pour 2014/2015. Comme vous le voyez, nous avons déjà fait beaucoup pour l’environnement et en ferons davantage encore dans les années à venir... enfin, nos successeurs.

On critique parfois l’institution en la qualifiant de bureaucratique, qu’en pensez-vous?
Il ne faut pas oublier que l’ONU compte 192 « employeurs » à qui il faut rendre des comptes. Les contrôles internes et externes sont nombreux, notamment en ce qui concerne les achats. Sur un plan plus général, il faut garder à l’esprit que la tâche est immense et complexe compte tenu de la sensibilité par rapport à des sujets qui requièrent diplomatie et prudence. Je considère cette critique comme facile et ce qui compte pour moi c’est le résultat, c’est-àdire les dossiers menés à bien et les conflits résolus par l’Organisation. La bureaucratie sert à structurer le travail. Le problème, c’est quand elle est mal utilisée et ralentit ou bloque le travail, ce qui, à ce moment-là, est inacceptable. Parmi ceux qui critiquent l’Organisation, beaucoup en connaissent mal les règles fondamentales, ne les suivent pas, puis s’étonnent de ne pas aboutir et la critiquent.

Lorsque l’équipe est compétente, il suffit de déléguer les tâches, chacun étant responsable de son travail. Je profite d’ailleurs de cette occasion pour remercier mon assistante et tous mes collègues de la Section des bâtiments et des services techniques, de la Section des achats et des transports et du Groupe d’appui aux opérations, de leur excellent travail, parfois dans des conditions très difficiles, depuis ma prise de fonction.

Vous aviez été chargé par le Directeur général, avec le Conseil d’administration du SAFI, d’accompagner l’avenir de ce magasin, quel est le point de la situation?
La situation est quasiment réglée puisque le SAFI a désormais le statut d’une association à but non lucratif, enregistrée en tant que telle auprès du Registre du Commerce du Canton de Genève. Depuis 2010, le SAFI paie les impôts fédéraux, cantonaux et municipaux. Les prochaines étapes pour clore le dossier sont les suivantes: finalisation des nouveaux statuts et établissement d’un Comité paritaire. Le Conseiller juridique et le Conseil de coordination travaillent de concert sur ce dossier. Ce magasin « historique » rend d’énormes services dans divers domaines, son personnel est très compétent.

Vous allez quitter prochainement vos fonctions, quels instantanés, regrets, satisfactions garderez-vous de votre carrière? Quel est votre programme pour les dix prochaines années?
Je ressens une grande satisfaction et une grande fierté d’avoir travaillé aux Nations Unies. Mon parcours a été jalonné d’expériences comme la coopération technique en Algérie. J’ai ensuite travaillé au BIT puis j’ai rejoint les Nations Unies à Genève en tant que Chef adjoint de la Section des achats et des transports et Chef du Groupe des achats et des contrats. J’avais précédemment travaillé dans mon pays, l’Ukraine, en tant que directeur d’une compagnie de commerce extérieur pendant la préparation de son indépendance. J’ai le souvenir de belles rencontres, avec des personnalités d’envergure mondiale, mais également et peut-être surtout, avec des personnes, des collaborateurs qui travaillent, sans compter leur temps car ils croient profondément en leur mission. Ces personnes ne sont pas visibles parce qu’elles sont modestes et je considère que le rôle des managers est de les mettre en évidence. Une de mes grandes satisfactions est d’avoir participé activement à la préservation et à l’amélioration de ce patrimoine qui nous est confié; mon regret est peut-être de m’arrêter alors que mon métier me passionne et qu’il y a encore tant à faire.

Pour les dix prochaines années, je souhaite partager mon expérience et notamment participer à des séminaires à Kiev pour parler des Nations Unies, de leur potentiel, ainsi que de l’avenir de cette institution unique et indispensable.

J’ai également des projets familiaux, comme passer davantage de temps avec mon épouse et mes petits-enfants (Christina et Anton)... et je continuerai à cultiver mon jardin comme Candide de Voltaire.

 
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