Interview / Entretien du mois — UIP

ENTRETIEN DU MOIS

ANDERS B. JOHNSSON, SECRÉTAIRE-GÉNÉRAL, UIP

M. Anders B. Johnsson, Secrétaire-Général, UIP
A la veille du prochain sommet qui réunira tous les présidents des parlements du monde, UN Special a souhaité rencontrer Anders B. Johnsson au siège de l’Union interparlementaire.

CHRISTIAN DAVID, ONUG

Monsieur Johnsson, vous entamez votre quatrième mandat à la tête de l’Union interparlementaire, comment présenteriez-vous votre institution en quelques mots ?
L’UIP est l’organisation mondiale des parlements. Une comparaison entre l’ONU qui est une organisation intergouvernementale et l’IUP qui est une organisation interparlementaire, permet de constater que les deux ont un mandat voué à favoriser la coopération internationale et à résoudre les problèmes communs de l’humanité. L’ONU le fait par la coopération entre les gouvernements, l’IUP l’accomplit par la coopération entre les parlements.

Quels sont les points communs entre les Nations Unies et l’IUP ?
Le principe d’action et les convictions sont les mêmes: favoriser la paix dans le monde à travers la négociation, le dialogue et la coopération. La différence entre les deux est que nous représentons, en quelque sorte, la voix des peuples. Les parlements sont constitués par des élus du peuple représentant toutes les tendances d’une société. Cette « prise directe » avec le peuple nous permet historiquement et dans la plupart des dossiers, d’avoir une certaine avance sur un sujet tel que de la coopération internationale par une identification plus fine de la réalité locale. Ce que souhaite le peuple, nous pouvons l’identifier assez précisément et rapidement.

Les Objectifs du Millénaire pour le Développement sont difficiles à réaliser pour les Nations Unies. Comment se situe votre institution par rapport à ce défi ?
Les OMD doivent être réalisés par les Etats. Notre démarche dans ce domaine vise à promouvoir l’action des parlements afin de réaliser ces objectifs. Pour être honnête, la terminologie internationale relative aux OMD n’a, en fait, aucun écho dans les parlements. Si, en revanche, vous évoquez la santé des enfants, les valeurs familiales, l’égalité et tous les objectifs en les définissant précisément par rapport à la situation du pays, ils sont alors clairement perçus et intégrés. Notre tâche consiste donc à offrir aux parlements tous les moyens destinés à les informer de la manière la plus appropriée de tout le travail réalisé par le système des Nations Unies et la communauté internationale et ce, afin de permettre un travail plus efficace dans ce domaine. Il faut très souvent modifier les lois pour permettre de promouvoir par exemple, l’égalité entre les hommes et les femmes, le droit à la propriété, le droit de vote. La politique relative à l’éducation doit se discuter au sein des parlements en intégrant également le budget. Les parlements ont, comme vous le savez, deux fonctions essentielles, adopter les lois et contrôler l’action des gouvernements et de toute l’administration publique. Le rôle des parlements pour faire avancer un processus qui rejoint les OMD est donc primordial.

L’UIP tiendra sa troisième Conférence mondiale des Présidents de Parlement du 19 au 21 juillet 2010 au Palais des Nations à Genève, en présence du Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon. Ce sommet parlementaire mondial aura pour thème général Les parlements dans un monde en crise et la responsabilité démocratique mondiale. Il débattra par ailleurs du rôle des institutions législatives et des relations qu’elles entretiennent avec les Nations Unies.

Les travaux seront dirigés par le Président de l’UIP, M. Theo-Ben Gurirab, Président de l’Assemblée nationale namibienne, ancien Premier Ministre et Ministre des Affaires étrangères de la Namibie. Organisée par l’UIP pour la première fois à l’occasion de l’Assemblée du Millénaire en l’an 2000 à New York, « la conférence des Présidents de Parlement est aujourd’hui un instrument important qui aide les parlements à affirmer leur présence sur la scène politique mondiale et à combler ainsi le déficit démocratique dans les relations internationales », a déclaré le Président Gurirab.

Pour plus d’information, voir le site internet de l’UIP: www.ipu.org et le programme de la Conférence des Présidents de Parlement: http://www.ipu.org/splz-f/speakers10.htm

Quels sont les résultats concrets observés, voire quantifiés en termes de démocratisation ? Quelle est votre méthode d’évaluation ?
Nous sommes conscients des bons et mauvais usages de la démocratie. Historiquement, la démocratie revêtait, au temps de la guerre froide, une signification qui n’avait finalement rien à voir avec son sens générique. Dans les années 90, notre organisation a essayé de développer davantage de clarté en mettant en place une déclaration universelle sur la démocratie laquelle a été approuvée par tous les parlements. Cette dernière est définie comme étant une valeur accompagnée par une série d’institutions. Parmi ces institutions, le Parlement doit jouer un rôle clé. Cette définition de la démocratie englobe des valeurs, des principes qui sont extrêmement clairs et guident toute notre action. Nous avons tenté de mettre en exergue de grands principes qui doivent découler de cette déclaration. L’UIP a développé des critères et principes pour des élections libres et régulières. Nous avons ensuite défini la manière de rendre un parlement démocratique tout en tenant compte des spécificités locales. En 2006, nous avons publié un guide intitulé « Les parlements et la démocratie au XXIe siècle »1. L’UIP a travaillé sur les outils d’évaluation des parlements et elle les aide à évaluer leurs performances. Nous n’avons pas établi de classement mais proposé, à chaque interlocuteur, un état des lieux le plus précis possible, avec des suggestions pour améliorer tel ou tel domaine afin de favoriser l’autoévaluation. Il existe d’ailleurs une similitude avec le système mis en place par les Nations Unies pour la question des droits de l’homme. Des questions telles que l’examen des comptes, la lutte contre la corruption, la probité politique sont dans une phase positive avec évidemment des degrés d’évolution divers selon les pays. On peut observer plusieurs étapes de progrès. A la fin des années 80, un mur est tombé. Cela a eu pour conséquence de provoquer un changement déterminant dans presque toutes les régions du monde et un renforcement de la démocratie. Il est cependant regrettable que certains restent sur ces acquis, sans entretenir la flamme et sans investir suffisament dans ce domaine.

Je note cependant que beaucoup d’opérations internationales visant à rétablir la paix passent par un processus électoral. Nous constatons avec regret qu’une fois le Gouvernement et le Parlement installés, la communauté internationale oublie le Parlement en tant qu’interlocuteur incontournable. La paix ne peut être obtenue que si le peuple participe activement à la vie politique avec un parlement qui fonctionne.

Quelle est votre démarche en terme de parité hommes-femmes ?
La démocratie impose la participation des femmes. L’évolution est lente mais positive. Dans le monde arabe et dans les pays du Golfe, l’avancée est significative. Nous notons une prise de conscience politique sur la question des mutilations génitales féminines que vous aviez abordée dans votre magazine. Nous avons travaillé avec un certain nombre de leaders, notamment sur le continent africain et nous tentons de relayer les évolutions dans ce domaine auprès d’autres parlements. Ces pratiques sont ancestrales et représentent une tradition parfois millénaire. Nous notons depuis dix ans une évolution qui est, certes lente, mais réelle.

Quelle est votre actualité ?
La troisième Conférence mondiale des Présidents de Parlement, que nous organisons du 19-21 juilllet au Palais des Nations constitue notre actualité. La première conférence s’est déroulée il y a dix ans. Un célèbre citoyen de cette ville, M. KofiAnnan, a proposé de faire venir les peuples aux Nations Unies lors de l’Assemblée Générale du Millénaire. L’UIP a alors suggéré de commencer par faire venir les représentants légitimes des peuples. En 2000, rassembler tous les Présidents de Parlement lors d’une conférence mondiale devenait incontournable pour assurer un soutien de ces représentants à la coopération internationale et au système des Nations Unies qui en avaient grandement besoin. En 2005, nous avons mis en place une conférence de suivi. Les deux premières conférences ont eu lieu à New York et la troisième se déroulera en juillet prochain à Genève. Ces conférences mondiales ont pour but d’aborder les questions essentielles auxquelles est confrontée l’humanité, d’un point de vue parlementaire. Les défis du millénaire ont été abordés. Cette année, nous débattrons des crises économique et financière et de l’environnement.

Comment les parlementaires sont-ils protégés ?
Dans les années 60, un certain nombre de coups d’Etats ont eu lieu. La prise de pouvoir, notamment par des militaires, a eu pour conséquence la dissolution du Parlement et la persécution de certains parlementaires. L’UIP a été amenée à mettre en place un mécanisme de protection des droits du parlementaire. Nous estimons que si les élus ne peuvent pas exercer leur mandat librement, le peuple, par voie de conséquence ne peut pas jouir de la même liberté. Depuis trente ans, nous recevons des plaintes, nous les examinons et nous dialoguons avec les autorités des pays concernés. Dans presque toutes les régions du monde, sur environ un millier de cas, nous constatons que dans 95 % des cas, les plaintes concernent des membres de l’opposition. Les violations des droits de l’homme peuvent se manifester par des assassinats, disparitions, tortures, harcèlements, etc.
Ce mécanisme, le Comité des droits de l’homme des parlementaires, est unique car le cas en litige reste actif jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée. Nous venons de clore un cas qui nous a pris vingt ans en insistant pour que les responsables soient traduits en justice et condamnés. L’impunité est très mauvaise pour la démocratie.

Comment vous positionnez-vous au sein de la Genève internationale ?
L’UIP est une organisation un peu curieuse. C’est une des plus grandes organisations internationales avec 155 membres qui sont les parlements et un secrétariat minuscule de quarante personnes. Nous avons des contacts permanents avec les parlements mais nous ne disposons pas de moyens suffisants par rapport à notre mission. Nos moyens, notamment financiers proviennent des parlements qui eux-mêmes ne disposent pas de gros moyens pour leur propre fonctionnement.

1 Déclaration universelle sur la démocratie: voir http://www.ipu.org/cnl-f/161-dem.htm

 
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