
Monsieur Johnsson, vous entamez
votre quatrième mandat à la tête de
l’Union interparlementaire, comment
présenteriez-vous votre institution en
quelques mots ?
L’UIP est l’organisation mondiale des parlements.
Une comparaison entre l’ONU qui
est une organisation intergouvernementale
et l’IUP qui est une organisation interparlementaire,
permet de constater que les deux
ont un mandat voué à favoriser la coopération
internationale et à résoudre les problèmes
communs de l’humanité. L’ONU le
fait par la coopération entre les gouvernements,
l’IUP l’accomplit par la coopération
entre les parlements.
Quels sont les points communs entre
les Nations Unies et l’IUP ?
Le principe d’action et les convictions sont
les mêmes: favoriser la paix dans le monde à
travers la négociation, le dialogue et la coopération.
La différence entre les deux est que
nous représentons, en quelque sorte, la voix
des peuples. Les parlements sont constitués
par des élus du peuple représentant toutes
les tendances d’une société. Cette « prise
directe » avec le peuple nous permet historiquement
et dans la plupart des dossiers,
d’avoir une certaine avance sur un sujet tel
que de la coopération internationale par une
identification plus fine de la réalité locale.
Ce que souhaite le peuple, nous pouvons
l’identifier assez précisément et rapidement.
Les Objectifs du Millénaire pour
le Développement sont difficiles
à réaliser pour les Nations Unies.
Comment se situe votre institution
par rapport à ce défi ?
Les OMD doivent être réalisés par les Etats.
Notre démarche dans ce domaine vise à promouvoir
l’action des parlements afin de réaliser
ces objectifs. Pour être honnête, la terminologie
internationale relative aux OMD
n’a, en fait, aucun écho dans les parlements.
Si, en revanche, vous évoquez la santé des
enfants, les valeurs familiales, l’égalité et
tous les objectifs en les définissant précisément
par rapport à la situation du pays,
ils sont alors clairement perçus et intégrés.
Notre tâche consiste donc à offrir aux parlements
tous les moyens destinés à les informer
de la manière la plus appropriée de tout
le travail réalisé par le système des Nations
Unies et la communauté internationale et
ce, afin de permettre un travail plus efficace
dans ce domaine. Il faut très souvent modifier
les lois pour permettre de promouvoir
par exemple, l’égalité entre les hommes et
les femmes, le droit à la propriété, le droit de
vote. La politique relative à l’éducation doit
se discuter au sein des parlements en intégrant
également le budget. Les parlements
ont, comme vous le savez, deux fonctions
essentielles, adopter les lois et contrôler l’action
des gouvernements et de toute l’administration
publique. Le rôle des parlements
pour faire avancer un processus qui rejoint
les OMD est donc primordial.
L’UIP tiendra sa troisième Conférence mondiale des Présidents de Parlement du 19 au 21 juillet 2010 au Palais des Nations à Genève, en présence du Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon. Ce sommet parlementaire mondial aura pour thème général Les parlements dans un monde en crise et la responsabilité démocratique mondiale. Il débattra par ailleurs du rôle des institutions législatives et des relations qu’elles entretiennent avec les Nations Unies.
Les travaux seront dirigés par le Président de l’UIP, M. Theo-Ben Gurirab, Président de l’Assemblée nationale namibienne, ancien Premier Ministre et Ministre des Affaires étrangères de la Namibie. Organisée par l’UIP pour la première fois à l’occasion de l’Assemblée du Millénaire en l’an 2000 à New York, « la conférence des Présidents de Parlement est aujourd’hui un instrument important qui aide les parlements à affirmer leur présence sur la scène politique mondiale et à combler ainsi le déficit démocratique dans les relations internationales », a déclaré le Président Gurirab.
Pour plus d’information, voir le site internet de l’UIP: www.ipu.org et le programme de la Conférence des Présidents de Parlement: http://www.ipu.org/splz-f/speakers10.htm
Quels sont les résultats concrets
observés, voire quantifiés en termes
de démocratisation ? Quelle est votre
méthode d’évaluation ?
Nous sommes conscients des bons
et mauvais usages de la démocratie.
Historiquement, la démocratie revêtait, au
temps de la guerre froide, une signification
qui n’avait finalement rien à voir avec son
sens générique. Dans les années 90, notre
organisation a essayé de développer davantage
de clarté en mettant en place une
déclaration universelle sur la démocratie
laquelle a été approuvée par tous les parlements.
Cette dernière est définie comme
étant une valeur accompagnée par une série
d’institutions. Parmi ces institutions, le
Parlement doit jouer un rôle clé. Cette définition
de la démocratie englobe des valeurs,
des principes qui sont extrêmement clairs et
guident toute notre action. Nous avons tenté
de mettre en exergue de grands principes
qui doivent découler de cette déclaration.
L’UIP a développé des critères et principes
pour des élections libres et régulières. Nous
avons ensuite défini la manière de rendre
un parlement démocratique tout en tenant
compte des spécificités locales. En 2006,
nous avons publié un guide intitulé « Les
parlements et la démocratie au XXIe siècle »1.
L’UIP a travaillé sur les outils d’évaluation
des parlements et elle les aide à évaluer leurs
performances. Nous n’avons pas établi de
classement mais proposé, à chaque interlocuteur,
un état des lieux le plus précis possible,
avec des suggestions pour améliorer tel
ou tel domaine afin de favoriser l’autoévaluation.
Il existe d’ailleurs une similitude avec le
système mis en place par les Nations Unies
pour la question des droits de l’homme.
Des questions telles que l’examen des
comptes, la lutte contre la corruption, la
probité politique sont dans une phase positive
avec évidemment des degrés d’évolution
divers selon les pays. On peut observer
plusieurs étapes de progrès. A la fin des
années 80, un mur est tombé. Cela a eu pour
conséquence de provoquer un changement
déterminant dans presque toutes les régions
du monde et un renforcement de la démocratie.
Il est cependant regrettable que certains
restent sur ces acquis, sans entretenir
la flamme et sans investir suffisament dans
ce domaine.
Je note cependant que beaucoup d’opérations internationales visant à rétablir la paix passent par un processus électoral. Nous constatons avec regret qu’une fois le Gouvernement et le Parlement installés, la communauté internationale oublie le Parlement en tant qu’interlocuteur incontournable. La paix ne peut être obtenue que si le peuple participe activement à la vie politique avec un parlement qui fonctionne.
Quelle est votre démarche en terme
de parité hommes-femmes ?
La démocratie impose la participation des
femmes. L’évolution est lente mais positive.
Dans le monde arabe et dans les pays du
Golfe, l’avancée est significative.
Nous notons une prise de conscience politique
sur la question des mutilations génitales
féminines que vous aviez abordée
dans votre magazine. Nous avons travaillé
avec un certain nombre de leaders, notamment
sur le continent africain et nous
tentons de relayer les évolutions dans ce
domaine auprès d’autres parlements. Ces
pratiques sont ancestrales et représentent
une tradition parfois millénaire. Nous notons
depuis dix ans une évolution qui est,
certes lente, mais réelle.
Quelle est votre actualité ?
La troisième Conférence mondiale des
Présidents de Parlement, que nous organisons
du 19-21 juilllet au Palais des Nations
constitue notre actualité. La première conférence s’est déroulée il y a dix ans. Un célèbre
citoyen de cette ville, M. KofiAnnan,
a proposé de faire venir les peuples aux
Nations Unies lors de l’Assemblée Générale
du Millénaire. L’UIP a alors suggéré de commencer
par faire venir les représentants légitimes
des peuples. En 2000, rassembler
tous les Présidents de Parlement lors d’une
conférence mondiale devenait incontournable
pour assurer un soutien de ces représentants
à la coopération internationale et
au système des Nations Unies qui en avaient
grandement besoin. En 2005, nous avons
mis en place une conférence de suivi. Les
deux premières conférences ont eu lieu à
New York et la troisième se déroulera en
juillet prochain à Genève. Ces conférences
mondiales ont pour but d’aborder les questions
essentielles auxquelles est confrontée
l’humanité, d’un point de vue parlementaire.
Les défis du millénaire ont été abordés. Cette
année, nous débattrons des crises économique
et financière et de l’environnement.
Comment les parlementaires sont-ils
protégés ?
Dans les années 60, un certain nombre de
coups d’Etats ont eu lieu. La prise de pouvoir,
notamment par des militaires, a eu pour
conséquence la dissolution du Parlement et
la persécution de certains parlementaires.
L’UIP a été amenée à mettre en place un
mécanisme de protection des droits du parlementaire.
Nous estimons que si les élus ne
peuvent pas exercer leur mandat librement,
le peuple, par voie de conséquence ne peut
pas jouir de la même liberté. Depuis trente
ans, nous recevons des plaintes, nous les
examinons et nous dialoguons avec les autorités
des pays concernés. Dans presque
toutes les régions du monde, sur environ
un millier de cas, nous constatons que dans
95 % des cas, les plaintes concernent des
membres de l’opposition. Les violations des
droits de l’homme peuvent se manifester
par des assassinats, disparitions, tortures,
harcèlements, etc.
Ce mécanisme, le Comité des droits de
l’homme des parlementaires, est unique car
le cas en litige reste actif jusqu’à ce qu’une
solution soit trouvée. Nous venons de clore
un cas qui nous a pris vingt ans en insistant
pour que les responsables soient traduits
en justice et condamnés. L’impunité est très
mauvaise pour la démocratie.
Comment vous positionnez-vous
au sein de la Genève internationale ?
L’UIP est une organisation un peu curieuse.
C’est une des plus grandes organisations
internationales avec 155 membres qui sont
les parlements et un secrétariat minuscule
de quarante personnes. Nous avons des
contacts permanents avec les parlements
mais nous ne disposons pas de moyens
suffisants par rapport à notre mission. Nos
moyens, notamment financiers proviennent
des parlements qui eux-mêmes ne disposent
pas de gros moyens pour leur propre fonctionnement.
1 Déclaration universelle sur la démocratie: voir http://www.ipu.org/cnl-f/161-dem.htm