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SUISSE – VALAIS
CABANE BERTOL

Depuis 1984, la Patrouille des Glaciers attire tous les chevronnés de ski alpinisme pour s’affronter dans cette mythique course, longue de 53 kilomètres, qui relie la station de ski de Zermatt à celle de Verbier.

TEXTE & PHOTOS CLAUDE MAILLARD

La Patrouille des Glaciers a des origines militaires. Durant la seconde guerre mondiale, l’armée suisse met en place une course réservée à ses soldats pour tester leurs capacités. La première édition a lieu en 1943 et dix-huit patrouilles de trois skieurs sont engagées. Durant quelques années l’épreuve n’est plus organisée et c’est le 10 avril 1949 qu’elle revoit le jour. Malheureusement, un terrible accident sur un glacier coûtera la vie à trois participants et la course fût interdite jusqu’en 1984, année de sa résurrection qui donnera également la possibilité aux civils d’y participer.

D’un dénivelé de 8084 mètres, la course se déroule tous les deux ans. La dernière édition qui a eu lieu fin avril 2010 a vu la victoire de l’équipe composée de Florent Troillet, Martin Anthamatten et Yannick Ecoeur qui ont par là même établi un nouveau record de cinq heures et cinquantedeux minutes (le dernier record qui datait de 2006 a été amélioré de vingt-sept minutes !).

Haut lieu de la manifestation, le col Bertol culmine à 3279 mètres. Il est au 20e kilomètre, juste avant de descendre sur le village d’Arolla situé 1300 mètres plus bas dans le val d’Hérens.

Dominant le col Bertol, la cabane Bertol trône sur un éperon rocheux à 3311 mètres d’altitude. Depuis l’an passé, Anne-Marie Dolivet s’en est vu confier la gestion. Gardienne de refuge depuis 1983 dans les Alpes françaises, elle était tentée par le Valais. Après examen de passage, les membres du comité des cabanes de la section neuchâteloise du Club Alpin Suisse la choisiront.

Inaugurée le 7 août 1898, la cabane Bertol subira différents travaux d’agrandissement durant quatre-vingts ans avant d’être complètement reconstruite en 1976. Depuis, elle ne cesse d’être transformée afin d’améliorer les conditions de travail du gardien et bien sûr le bien-être de ses pensionnaires. Sur quatre niveaux, cinq dortoirs bien équipés peuvent recevoir quatre-vingts personnes et une chaleureuse salle à manger panoramique permet, tout en profitant d’une vue exceptionnelle sur les glaciers, de déguster la bonne cuisine familiale proposée. Ici, pas de conserves. Soupes, viandes, gratins, légumes, tartes et gâteaux sont préparés dans les cuisines de la cabane. Toutes les matières premières proviennent du Valais... tout comme les vins (Dôle, Humagne, Gamay, Fendant...) fort appréciés par tous... mais à boire avec modération surtout si « l’escale » à la cabane Bertol précède l’escalade d’un sommet environnant.

A l’est notre regard est attiré par la Dent Blanche (4357 m), le Cervin (4477 m) et la Dent D’Hérens (4171 m). Au sud, on aperçoit la Tête Blanche (3724 m), la chaîne des Bouquetins et l’arête de Bertol. Avec le petit Mont Collon et le Pigne d’Arolla à l’ouest et les Douves Blanches au nord, la vue depuis la terrasse de la cabane est superbe.

Via la cabane des Vignettes située au pied du Pigne d’Arolla, la cabane Bertol est accessible depuis Chamonix par un des itinéraires de la Haute Route Chamonix-Zermatt. En huit heures il est également possible de rejoindre la cabane suisse depuis le refuge de Prarayer construit dans le haut val de Bionaz (Italie). Deux heures de plus seront nécessaires en partant de Zermatt (1614 m), mais c’est depuis Arolla qui culmine à 1968 mètres que Paul, notre accompagnateur, nous fera découvrir les joies de la randonnée et... de l’escalade. Après avoir longé la Borgne qui prend sa source au pied du glacier d’Arolla, l’ascension débute sur le versant opposé au glacier, avec une magnifi que vue sur celui-ci. En fait, ce glacier situé près de la frontière avec l’Italie regroupe deux glaciers distincts, le glacier du Mont Collon (nommé aussi « Bas glacier d’Arolla ») et le « Haut glacier d’Arolla ». A eux deux, ils couvrent une surface de 7 km2 et s’étendent sur une longueur de 6 km. Dans sa partie supérieure, le glacier mesure 1 km de large.

A mi-chemin, après avoir passé devant la Vierge bleue, le chalet des Plans de Bertol (2664 m) donne l’occasion de souffler un peu et de jeter un dernier regard sur le glacier.

Depuis là on peut apercevoir, tout là-haut, la cabane Bertol... et on doit se rendre à l’évidence que le plus dur reste à faire. Une heure trente sera nécessaire pour traverser un névé très abrupt avant d’atteindre le but final. Crampons, piolet et corde seront utiles car une malencontreuse glissade pourrait nous faire sauter une barre rocheuse. Mais le thé de bienvenue offert à tout pensionnaire de la cabane Bertol n’est pas encore pour tout de suite ! Une récente chute de rocher a eu la mauvaise idée de défoncer une partie de la passerelle qui permettait d’accéder au sommet... et c’est là que vont commencer les joies de l’escalade ! Sujets au vertige s’abstenir...

Finalement, suivant les conseils de M. Paul, l’arrivée bien au chaud dans la cabane Bertol se fera (presque) sans encombre et une belle nuit près des étoiles, face au géant Cervin nous réconciliera avec la montagne.

 
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