Le mot encyclopédie, apparu déjà au XVIe siècle2, vient du grec egkuklios paideia (εγκύκλιος παιδεία), « instruction circulaire » ou « embrassant le cercle entier des connaissances ». Au départ, ce mot ne désignait que des manuels ou des traités, la signification moderne : « ouvrage où l’on traite d’un ensemble de connaissances à intention universelle selon un classement conceptuel (encyclopédie méthodique) ou formel (encyclopédie alphabétique) »3 n’apparaîtrait qu’à la fin du XVIIe siècle. Le but d’une encyclopédie devient « de rassembler les connaissances éparses sur la surface de la terre, d’en exposer le système général aux hommes avec qui nous vivons, et de le transmettre aux hommes qui viendront après nous »4. L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert (http://diderot.alembert.free.fr/), inspirée par la Chambers’s Cyclopaedia or an Universal dictionary of arts and sciences (parue à Londres en 1728), est à juste titre considérée comme la première encyclopédie véritable dans le monde occidental. Pourtant, il a fallu plus de vingt ans à ses auteurs pour surmonter d’innombrables difficultés et conflits (condamnation par les jésuites et le Pape, interdiction par le Parlement de Paris) et venir à bout de ce formidable projet. A peu près à la même époque l’Allemagne a vu paraître Zedler verlegte Universal-Lexicon (http://www.zedler-lexikon.de/), suivie au XIXe s. par la fameuse Brockhaus Enzyklopädie (http://www.brockhaus.de/); en Angleterre a vu le jour un autre chef-d’oeuvre : la célèbre Encyclopaedia Britannica (http://www.search.eb.com/) – elle ne comptait que seulement 3 volumes [en 4] en 1771 contre 32 actuellement.
La Bibliothèque des Nations Unies à Genève
possède plus de environ mille titres d’encyclopédies
et de dictionnaires encyclopédiques
universels ou thématiques, certains
également sous forme électronique (http://www.unog.ch/library/ - online electronic
resources et sur le serveur CD-Rom : http://biblio4/cdlineclient/listecat.asp?INSTANCE=Standard&TERME=18).
Sont-ils encore consultés par nos utilisateurs ou préfèrent-ils plutôt se renseigner sur Internet ? Curieux de savoir leurs opinions à ce sujet, nous avons posé ces deux questions à quelques habitués de la Bibliothèque :
Que pensez-vous de la fiabilité des ‘encyclopédies libres’ (Wikipedia) disponibles sur Internet ? Consultez-vous encore les encyclopédies dites ‘classiques’ (version papier ou électronique) ?
What do you think about the reliability of the free Internet encyclopedias (Like Wikipedia)? Are you still using the “classic encyclopedias” (printed or electronic version)?
... et voici leurs réponses :
Vue l’expansion illimitée des infos circulant librement dans le monde, il n’est plus possible de se passer de Wikipédia et autres moteurs d’infos rapides sur le Web. Avec des mises à jour constantes et de fiabilité satisfaisante. Par contre, à l’internaute de sélectionner, de comparer et de « juger » des infos qui peuvent être contradictoires, voire partisanes ! Les encyclopédies classiques – imprimées ou électroniques – demeurent extrêmement utiles : socles historiques et bases de données référentielles pour les cumuls de savoir.
In general, I think that they are accurate, but if one wants to be sure, check the citation when it matters. Not really. I own one, but have not used it in quite a long time. Wikipedia is very fast and efficient.
Je pense qu’elles peuvent constituer un point de départ pour une recherche, pour autant que les résultats soient vérifiés sur d’autres sites Internet plus crédibles (les sites des encyclopédies papiers, entre autres, les sites des ministères de l’éducation, de la formation, des universités, etc.). L’accès de Wikipedia est facile, tentant, surtout pour les écoliers (enfants et préadolescents). Il faut donc une vigilance de la part des parents et des enseignants, afin que les jeunes utilisent d’autres sources d’information. OUI. J’apprécie tout particulièrement de pouvoir “toucher” les livres, le papier, j’aime l’odeur qui s’en dégage. De plus, mes yeux préfèrent aussi le papier à l’écran. Je ne peux pas lire un long article à l’écran sans une fatigue excessive et inutile (à mes yeux...} De plus, je m’assure qu’à la maison, nous ayons également une bonne encyclopédie ou deux, des dictionnaires et d’autres livres de référence, afin que nos enfants gardent l’habitude des livres.
A l’heure actuelle, on ne peut pas se passer de Wikipedia, mais elle reste un point de départ pour les chercheurs. Oui, je consulte régulièrement l’Encyclopédie Universalis, l’Encyclopédie de l’Islam et Britannica. Je trouve plus facile d’utiliser la version imprimée car elle est moins fatigante pour les yeux. J’aime beaucoup les bibliographies qui se trouvent à la fin de chaque article, cela facilite le travail. Je les utilise pour les recherches et les exposés pour les étudiants. C’est le début, la matière première de la recherche. Par contre, les encyclopédies imprimées sont très lourdes et difficiles à manier. Elles sont aussi, en général, extrêmement chères.
Pretty good. Not really, but I can’t recall using them that much before the Internet age (dictionaries on the other hand I’ve always used a lot).
Don’t know who manages infos on Wiki, but some information is useful. Yes, I often consult electronic versions of printed (classic) encyclopedias.
Excellent. I wish they [Wikipedias] were available 20 or 30 years ago. Rarelest ! But if it means less librarians, I will not say anything.
Partially good (particularly in terms of actuality), but partially contents to be confirmed. For voluntary contributions to an encyclopedia, this may be less incentive for accuracy. Yes, definitely, as sometimes more authoritative.
On peut toujours jeter un coup d’oeil sur la Wikipedia pour avoir une impression générale. Fiabilité ? Non, pas toujours, la fiabilité est difficilement vérifiable. Hélas, il y a d’erreurs assez graves, surtout dans les articles d’actualité ou sur l’histoire moderne. La polémique gène et les pages de « discussion » s’avèrent souvent surréalistes. J’ai dit à mes étudiants qu’ils peuvent consulter la Wiki, e.g. pour s’orienter ou pour avoir accès rapidement à une bibliographie. Mais je n’accepte pas la Wiki comme source dans leurs travaux.
The importance of reading encyclopedias is gaining new and brief insight or general perspectives on issues that matter to me (international law and general issues)... Yes, but I prefer the written [printed] ones.
They are useful sources for finding a quick starting point in research and for researching some basic facts. They are not reliable enough to be cited as sources in academic/professional writing. Yes, occasionally. I have also contributed to the encyclopedia of IGOs and HRs and use these and other encyclopedias occasionally, although I have cited them in my academic writing, this has been very infrequent.
I think they are reasonably reliable, much as people are ready to pick up mistakes and errors they contain. I think the reliability is increasing constantly. Very rarely. By contrast, I use Wikipedia very frequently. It provides a good initial approach to different subjects. Sometimes, that is enough. In some other cases, the information/knowledge has to be deepened through other sources.
La fiabilité n’est pas aussi bonne qu’une encyclopédie classique. Cependant beaucoup de personnes peuvent contribuer et mettre à jour des données qui sont en rapport avec les événements actuels. Tandis qu’avec l’encyclopédie classique il faut attendre la nouvelle version pour qu’elle soit mise à jour. De manière globale, je suis plutôt content de Wikipedia. En ce qui me concerne, je consulte les encyclopédies électroniques. Si je ne dispose pas d’Internet je me tourne vers ma bibliothèque. Cependant comme on est de plus en plus interconnectés au réseau (voire même avec les téléphones mobiles, comme un iPhone), je me tourne résolument plus directement vers Internet.
« Les bibliothèques sont sans mesure plus belles que les encyclopédies, parce qu’elles sont des points de départ, parce qu’elles n’ont point de fin »
1 Dumoulin, Olivier. Encyclopédistes et encyclopédies
au 20e siècle, dans VINGTIÈME
SIÈCLE : REVUE D’HISTOIRE, 1994, no 44, p. 133-
135.
2 Alsted, Johann Heinrich. Encyclopedia septem
tomis distinct. 1620.
3 Robert, Paul. Le grand Robert de la langue
française : dictionnaire alphabétique et analogique
de la langue française, 2e éd. ent.
rev. et enr. par Alain Rey, Paris, Le Robert,
1987.
4 Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des
sciences, des arts et des métiers, recueilli
des meilleurs auteurs et particulièrement
des dictionnaires anglais de Chambers,
d’Harris, de Dyche, etc. par une Société de
gens de lettres, mis en ordre et publié par
M. Diderot, et quant à la partie mathématique
par M. d’Alembert. Paris, Briasson,
etc., 1751-1780.
5 Meschonnic, Henri. L’encyclopédie sortant
de son mot pour se voir, dans TOUS LES
SAVOIRS DU MONDE, encyclopédies et bibliothèques,
Paris, BNF, 1997.