« Haïti, où la Négritude se mit débout pour la première fois et dit qu’elle croyait à son humanité... »4 selon Aimé Césaire, en 1939, n’est plus qu’une terre de désolation en ce 12 janvier 2010 à la suite de la terrible catastrophe qui y est survenue et de ses conséquences, qui persistent quotidiennement dans ce pays, engendrant de grandes souffrances.
La CONGAF ajoute l’expression de son sentiment de consternation et d’effroi, ainsi que de grande compassion, à celui qui a été très largement manifesté par la communauté internationale. L’Afrique, continent-mère, les organisations de la société civile africaine et la diaspora africaine liées à Haïti par une forte résonance, ont particulièrement ressenti cette tragédie. L’ONU a caractérisé cette catastrophe comme la plus grave à laquelle elle a dû faire face dans son histoire – pire même que le tsunami du 26 décembre 2004 en Asie du sud-est.
La CONGAF, depuis de longues années, s’efforce de mieux faire comprendre la problématique des pays et des populations les plus pauvres dans les instances qui sont responsables du développement, au niveau planétaire et au niveau national, et de lancer des projets pour atténuer cette problématique qui affecte si profondément la vie sur notre planète.
La question géologique du tremblement de terre, aussi bien à Haïti aujourd’hui comme partout ailleurs dans le monde, est une question d’une ampleur qui dépasse l’humanité, même au niveau de la prévision, puisque encore à Haïti la population n’a guère été avertie. C’est la question que notre voisin Voltaire avait déjà posée en son temps à propos du tremblement de terre de Lisbonne. Elle fait intervenir la notion, très ressentie nous le savons à Haïti, de la relation entre l’homme et Dieu, pour ceux, très nombreux dans ce pays, qui sont convaincus de son existence.
Au plan humain la CONGAF estime que, dans le passé, une action plus avisée aurait dû être menée à Haïti pour surmonter le sous-développement, qui a des causes historiques mises en lumière encore récemment dans les commentaires faits autour de la catastrophe. Une ONG haïtienne a déclaré sur une ou plusieurs chaînes de télévision que les fruits et légumes produits dans le pays n’atteignaient pas les marchés des villes, y compris Port-au-Prince - non seulement après la catastrophe, mais aussi précédemment. Les populations urbaines auraient accédé plutôt à des importations. Et certaines, nous en avons reçu des images, en sont venues à se nourrir de galettes de terre - non seulement depuis la catastrophe, mais aussi précédemment. La question sousjacente est celle de la revalorisation de la production et du commerce local et national, à laquelle la CONGAF est très sensibilisée, et qu’elle a soulevée d’une manière répétée à l’ONU, notamment devant la CNUCED.
Une reconstruction qui ne soit
pas étroite et éphémère !
Nous souhaitons qu’elle soit plus fortement
prise en compte dans le cadre des efforts de
reconstruction de Haïti qui ne doit plus être
unijambiste, et donc conçue avec plus d’intelligence,
et aussi plus généralement dans
le monde, où elle peut beaucoup contribuer
à surmonter la crise alimentaire.
Il faudrait, outre les aides financières dont nous ne sous-estimons pas le caractère vital, traiter les questions du développement de Haïti d’une manière plus pratique et mieux inspirée des réalités du terrain. Pour donner un exemple il a été fait une certaine publicité, au cours des années 1980, à un projet à Haïti de distribution de réchauds et de pétrole comme combustible. Le but était évidemment d’enrayer le déboisement, l’exode rural et la diminution de la production agricole. Dans les longs commentaires faits autour de la catastrophe, ce projet, à notre connaissance, n’a jamais été mentionné. Nous ne pouvons présumer de ce qu’il en est advenu. Les commentaires ont simplement fait état du déboisement des mornes de Haïti. La CONGAF souhaite donc pour l’avenir une compréhension plus pointue de la reconstruction de Haïti qui sera proche du terrain, et qui pourra être un exemple en beaucoup de lieux du monde. L’invention du futur enraciné tel que le proclama le roi Christophe s’impose encore aujourd’hui lorsqu’il s’exclama : « Précisément, ce peuple doit se procurer, vouloir, réussir quelque chose d’impossible ! Contre le Sort, contre l’Histoire, contre la Nature, ah ! Ah ! L’insolite attentat de nos mains nues ! Porté par nos mains blessées, le défiinsensé ! »4. Mais c’est au plus bas de la fosse que le peuple haïtien crie aujourd’hui. Raison de plus ! avait jadis rétorqué le grand bâtisseur Christophe dont le message de résurrection intégrale de Haïti nous parvient aujourd’hui encore avec plus d’acuité et plus de pertinence : « Alors au fond de la fosse ! Au plus bas de la fosse. C’est là que nous crions; de là que nous aspirons à l’air, à la lumière, au soleil, Et si nous voulons remonter... un pas, un autre pas, encore un autre et tenir gagné chaque pas !... C’est d’une remontée jamais vue que je parle, ... et malheur à celui dont le pied flanche ! »5
La CONGAF, avec son expérience de terrain, oeuvrera pour une telle compréhension.
1 Djély-Karifa Samoura, Président de la
Commission africaine des promoteurs
de la santé et des droits de l’homme
(CAPSDH). capsdh@hotmail.com
2 Claude Citon, Chargé de recherche à la
Coordination des ONG africaines des
droits de l’homme et du développement
(CONGAF). capsdh@hotmail.com
3 Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays
natal, La Poésie, Ed. Seuil, Paris, 1994,
p.23
4 Aimé Césaire, La Tragédie du Roi
Christophe, Présence Africaine, Paris,
1963, p.62
5 Aimé Césaire, La Tragédie du Roi
Christophe, Présence Africaine, Paris,
1963, p.59