Entretiens du mois
ENTRETIEN DU MOIS

Mme CÉCILE MOLINIER, PNUD (GENÈVE)

Mme Cécile Molinier, directrice du PNUD à Genève

23h10, Mme Molinier, directrice du PNUD à Genève, nous envoie un dernier message, l’entretien est finalisé. Un long dialogue avec une personne dont l’expérience, la connaissance des Nations Unies n’a en rien altéré la conviction ni la volonté. A nos questions parfois difficiles, la représentante du PNUD à Genève a répondu avec douceur, humanité et fermeté, démontrant que la diplomatie se situe pour elle davantage sur le terrain de l’action que de la parole. Un beau moment qu’UN Special partage avec ses lecteurs.

A. FAVRE, C. DAVID, ONU

Mme Molinier, pouvez-vous nous expliquer en quelques phrases le fonctionnement du PNUD et particulièrement de son antenne à Genève ?
Le PNUD est, chronologiquement et en importance, la première agence de développement des Nations Unies. C’est une organisation opérationnelle avec huit mille personnes qui doivent intervenir dans les pays en développement. Nous fonctionnons en réseaux de connaissances et d’expertises. Notre mandat est centré essentiellement sur la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) que nous tentons d’intégrer dans les stratégies de développement par la réduction de la pauvreté, des inégalités, de la marginalisation. Le deuxième pilier est la prévention des crises et le redressement. Le troisième est lié à l’environnement et au changement climatique. Le quatrième pilier, qui est la base de notre mission, est la gouvernance démocratique, qui englobe le renforcement des institutions, l’accès à la justice, les droits de l’homme et la décentralisation. L’essentiel de notre personnel est réparti dans les pays. Notre siège est à New York, nous avons des antennes dans un certain nombre de capitales de pays donateurs. Le bureau de Genève est important puisqu’il entretient les contacts avec la multiplicité d’institutions qui sont basées en Suisse et en France. Nous disposons d’une unité importante qui relaie les communications du siège sur notre zone européenne. La plate-forme pour les partenariats innovants travaille sur l’approche territoriale du développement qui offre un cadre de cohérence à l’ensemble des partenaires intervenant à l’échelle des territoires, et appuie l’élaboration de plans d’actions intégrés notamment en matière de changement climatique. Un certain nombre de nos collègues travaillent en relation étroite avec l’OMC, la CNUCED, le CCI sur le commerce et le développement humain et avec les institutions qui traitent de la migration. Un autre groupe travaille sur le VIH avec le Fonds mondial, l’OMS et l’ONUSIDA . Une petite unité active travaille sur les droits de l’homme. Un nombre important de collègues du PNUD font partie du bureau de la prévention des crises et le relèvement des pays, ce qui inclut les catastrophes naturelles, la réduction des conflits. Il y a largement plus de cent collègues du PNUD présents à Genève.

Haïti : nous avons relancé le programme « cash for work »

Comment sont répartis vos personnels, quel est leur statut ?
Le PNUD est un programme opérationnel, notre raison d’être est le terrain. Les fonctionnaires nationaux représentent la majorité de l’effectif dans les pays. Je précise que de nombreux « nationaux » parviennent ensuite à entrer dans la carrière internationale par recrutement interne ce qui est signe de leur compétence avérée. Tout collègue recruté sait qu’il passera 80 % de sa carrière sur le terrain sauf pour certains postes à compétence très pointue, je pense à l’audit ou la communication. Nous ne pouvons pas rester plus de six ans au siège. Les lieux d’affectation sont classés par catégories de A à F. Un système de rotation encourage et récompense les collègues en poste dans des endroits difficiles pour un maximum de deux ans. Dans ces cas, des conditions spéciales sont mises en place pour le fonctionnaire et sa famille.

Quelles seront les propositions du PNUD aux participants à la conférence internationale sur la reconstruction d’Haïti ?
Dès le 20 janvier nous avons relancé le programme « cash for work » qui avait été appliqué en 2008 après les inondations. C’est un élément important dans le cadre de l’appel aux donateurs, coordonné par l’OCHA. Nous avons demandé plus de 35 millions de dollars pour financer ce programme qui permet d’employer des Haïtiens pour nettoyer et assainir le milieu et ensuite contribuer à la reconstruction. La communauté haïtienne, les municipalités participent activement, chaque « employé » est payé 4,5$ par jour soit un peu plus que le salaire minimum pour vingt-quatre jours. L’idée est d’injecter de l’argent dans l’économie, de faire participer la population qui est la mieux à même de connaître les besoins et enfin d’éviter les tensions sociales. Ce programme suit aussi l’exode entre Port-au- Prince et la province. La demande dépasse l’argent dont nous disposons, nous lançons donc un appel pressant aux bailleurs de fonds. Le relèvement d’Haïti est aussi notre priorité. Nous préparons, avec le gouvernement et les partenaires, l’évaluation précise des besoins après la catastrophe. Le résultat de cette évaluation constituera la base du document qui sera présenté à la conférence des donateurs au mois de mars à New York. Un certain nombre de mesures destinées à réduire les risques seront également proposées. Elles concerneront essentiellement le renforcement du tissu social, la remise en place des institutions. Le déficit démocratique devra être comblé par le renforcement des liens communautaires. Cette abominable catastrophe est, presque paradoxalement, une occasion unique d’améliorer la vie des Haïtiens.

Les objectifs du millénaire : où en sommes-nous ?
Le secrétaire général a indiqué que 2010 était l’année du bilan. Le bilan de 2005 avait mis en exergue qu’il fallait plus d’argent pour les OMD sociaux. Il était nécessaire d’investir pour sortir du piège dans lequel les pays sans ressources étaient placés. Le rapport du précédent secrétaire général avait quantifié précisément les besoins et insisté sur la nécessité d’investir beaucoup et tout de suite et d’une prise en compte des OMD par les pays eux-mêmes. Ces recommandations ont porté leurs fruits pour les engagements des contributeurs. Malheureusement ces engagements n’ont pas été toujours tenus mais il y a eu une augmentation notable de l’aide publique. En 2010 le bilan devra dépasser le stade du constat. Les pays doivent préparer des rapports sur la mise en oeuvre des OMD et le PNUD les aide avec l’ensemble des agences. Une analyse des écarts entre le niveau atteint et le niveau espéré devra être entreprise. Sur la base de cette analyse nous devrons travailler avec le pays pour déterminer la marche à suivre.

© Mariana Nissen / UNDP

Et si ces recommandations viennent contrarier les dirigeants locaux ?
Le premier défiau-delà de la volonté politique est que la qualité des études et statistiques soit incontestable. Ensuite, intervient un travail de discussions avec les autorités. Le mandat des Nations Unies ne se pose pas en termes de conditionnalité mais d’être là où les besoins sont importants. Nous travaillons avec les autorités centrales et régionales, avec des ONG présentes sur le terrain. Finalement, il nous faut convaincre que la finalité d’atteinte des OMD ne peut que contribuer à diminuer les tensions en permettant un développement plus équilibré et durable et à améliorer l’image du pays. Nous savons bien que les dirigeants sont très sensibles à ce dernier paramètre. Le Secrétaire général présentera la synthèse de ces plans d’actions très élaborés au sommet de septembre prochain.

Existe-il des solutions pour contourner la corruption, la mainmise des banques et des puissants lobbies et faire en sorte que l’aide au développement ne soit pas vampirisée ?
On peut évidemment trouver des exemples d’aide au développement qui, au lieu de contribuer au bien-être, ont aggravé des inégalités et renforcé une certaine élite. Cette critique est fondée mais ne doit pas occulter tout ce qui se passe en terme d’émergence de ces acteurs de l’économie sociale, de la société civile, qui sont capables de montrer des expériences réussies, notamment avec les pays dits développés. Il est important de développer une relation multi-acteurs avec la population, les élus, le gouvernement, le secteur privé, cela constitue des contre-pouvoirs qui aident à faire passer le message. Si vous allez dans ces pays avec une volonté d’écouter, d’apprendre, de dialoguer, vous êtes écoutés. Un grief parfois fait au PNUD est de se retrouver proche de certains gouvernements.

© Adam Rogers / UNDP

Nous ne devons jamais oublier que nous représentons les Nations Unies en rappelant que des conventions ont été ratifiées par des pays, en terme notamment de droits de l’homme et qu’ils doivent les appliquer. La clé du développement est aussi un système de justice indépendant. Des investisseurs n’iront pas dans un pays s’ils savent qu’ils peuvent être expropriés sans aucun recours.

De plus en plus de pays ont adhéré à des initiatives de transparence de l’aide. Cette dernière doit être exigée aussi au niveau des partenaires de développement. La solution consiste sans doute à mettre en place des bases de données exhaustives consultables.

Les énergies renouvelables sont-elles les nouveaux vecteurs d’une économie pour le développement ?
Les Nations Unies sont en avance par rapport à cette approche. Le rapport du PNUE sur les économies vertes en témoigne. Pour le PNUD, c’est clairement une priorité car ces énergies vertes seront ou sont déjà créatrices d’emploi. Les Etats-Unis, la Chine, l’Espagne sont en train de développer des programmes dans ce domaine. La véritable question est : comment conclure un accord contraignant dans le domaine des changements climatiques avec l’ensemble des états membres ? Il faut continuer à travailler dans le cadre de la convention des Nations Unies contre les changements climatiques, tout en pouvant réaliser des avancées réelles.

Il est important de développer une relation multi-acteurs avec la population.

Un des thèmes récemment évoqué dans nos colonnes était celui de la mutilation féminine, comment pensezvous qu’il faille aborder ce fléau ?
J’ai été confrontée à ce problème quand j’étais représentante en Mauritanie. Septante pour cent des femmes étaient victimes de cette pratique et les autorités ne voulaient pas reconnaitre l’ampleur du phénomène. Cette interview de Mme Ras Work est extrêmement intéressante, son travail est fabuleux. Je note cependant qu’elle ne parle pas du travail que font les Nations Unies. Le FNUAP travaille énormément sur cette question puisque c’est au coeur de son mandat, par le biais de la santé de la reproduction. L’UNICEF, le PNUD sont parties prenantes car c’est une question de droit fondamental. Pour aborder ce problème, je suis partisane du dialogue avec notamment les autorités religieuses car, et c’est bien expliqué dans votre article, la présentation que cette pratique est liée à l’Islam est erronée. Il faut travailler au niveau des communautés, des mères, des familles, des villages. Si une communauté est convaincue, elle convaincra les autres. Les autorités mauritaniennes ont reconnu cette pratique comme un problème de droit et de santé publique. A titre d’exemple, au Sénégal c’est un crime.

Avons-nous oublié un domaine que vous auriez voulu aborder ?
Je vous remercie de m’avoir donné l’occasion de parler de ces sujets. Je vous encourage à continuer à développer ce lien entre toutes les composantes de la Genève internationale. Nous sommes tous complètement submergés par notre travail, ce qui nuit parfois à nos contacts au sein de la famille des Nations Unies et avec l’extérieur. Je crois en des initiatives comme un Green Day le 5 juin sur la Place des Nations ou comme celle lancée avec le BIT pour la journée internationale contre la pauvreté en octobre dernier. Pour le sommet sur les OMD, une série d’évènements sera organisée entre le 16 et le 20 septembre 2010, nous aurons besoin de vous à ce moment.

Donations pour le programme « cash for work » : www.undp.org/haiti

 
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