Loin de l’agitation urbaine de la ville de Naples, mais tout proche avec son million d’habitants, règne un autre frémissement, souterrain celui-là, et beaucoup plus dangereux : le volcanisme.
Troisième ville d’Italie après Rome et Milan, Naples est la capitale de la province homonyme et de la Campanie, région mondialement connue pour sa spécialité, la mozzarella. Mais en fait, l’aire urbaine de Naples regroupe près de 4,5 millions d’habitants, ce qui en fait une des plus grandes cités méditerranéennes. Bordée de plusieurs îles (dont la célèbre Capri), du volcan Vésuve et au sud la côte sorrentine, la baie de Naples offre un panorama exceptionnel. De ce carrefour méditerranéen incontournable, de nombreux ferries desservent non seulement les îles environnantes, mais aussi la Sardaigne, la Sicile, les îles Éoliennes, la Corse et la Tunisie.
Si l’implantation d’une première ville de
Naples remonte au VIIe siècle avant notre
ère, la fondation de la ville actuelle, nommée
alors Néapolis, date de 475 avant J.-C.
Alliée de Rome, la cité conservera longtemps
sa culture grecque. Après avoir connu
une période byzantine, puis normande, angevine
et catalane, Naples devient la capitale
du royaume des Deux-Siciles en 1759.
Charles III de Bourbon, roi d’Espagne, offre
le trône de ce royaume à son fils Ferdinand,
grand bâtisseur qui donnera à la ville et à
ses environs de nombreux palais et monuments.
C’est également lui qui lancera
les premières fouilles d’une ville romaine
disparue, Herculanum. La cité de Naples
a la particularité de détenir la plus grande
concentration de ressources culturelles
et de monuments qui représentent deux
mille huit cents ans d’histoire. Inscrit au
Patrimoine mondial de l’UNESCO, le centre
historique regroupe quatre cent quarante
huit églises, mais aussi châteaux, fontaines,
palais royal...
Soumis au risque sismique (séismes de 1930 et 1980), Naples et son agglomération seraient également en danger en cas d’éruption du Vésuve qui culmine à l’est à 1270 mètres au-dessus des habitations. Mais ce que l’on sait moins, c’est qu’à l’ouest sommeille un autre volcan, le Solfatare, qui fait partie d’une zone volcanique très active, les Champs Phlégréens. Les populations de Pouzzoles et Cumes, villes construites dans ce périmètre en constante ébullition, ont d’ailleurs dû être évacuées en 1984 à la suite d’un regain d’activité du volcan dont le niveau s’est élevé de 2 mètres depuis 1970.
Si la dernière éruption remonte à 1538, il n’est pas exclu qu’une telle catastrophe se reproduise, tant l’activité souterraine est importante, comme en témoigne la chaleur dégagée par le sol et les fumerolles qui s’en échappent.
Quant au Vésuve, le seul volcan en activité
d’Europe continentale, il est l’un des plus célèbres
de la planète. Avant sa terrible éruption
de l’an 79 après J.-C., son sommet culminait
à près de 2500 mètres. Autant dire que
son explosion a été dantesque et désastreuse
pour les villes construites à ses pieds, comme
Naples, Pompéi et Herculanum. Et, seize ans
auparavant, la région avait déjà été dévastée
par un violent tremblement de terre !
L’éruption du 24 août 79 détruisit entièrement Pompéi, Herculanum et Stabies. Sous l’effet de l’explosion, un des flancs de la montagne se déchira sur environ 2 kilomètres et de cette faille jaillirent en furie des scories volcaniques, de la boue, des gaz toxiques, de la lave, des pierres ardentes et des cendres. Composé de gaz, de cendres et de roches incandescentes, un nuage dont la température dépassait alors plusieurs centaines de degrés dévala la pente du volcan à plus de 200 km/ heure. Cette nuée ardente s’abattra sur toute la baie de Naples jusqu’au cap Misène. Une partie de la population environnante, médusée par ce phénomène d’une telle ampleur n’aura pas le temps de fuir et sera ensevelie sous 7 mètres de détritus, ce qui ne lui laissera aucune chance d’en échapper.
Aujourd’hui, lorsque l’on arrive au sommet
du Vésuve, on est stupéfait de constater que
son cratère est vraiment énorme. Et, lorsque
l’on se retourne, en voyant la ville de Naples
à nos pieds, on comprend mieux que ce
volcan soit le plus étudié et le plus surveillé
au monde !
Bâtit autour d’un village fondé par les Osques (peuple dont l’origine reste inconnue qui occupait la partie méridionale de l’Italie) au VIIIe siècle avant J.-C., Pompéi connut un essor rapide deux siècles plus tard sous l’influence hellénistique par l’intermédiaire de Cumes, alors puissante colonie grecque. La ville, ensuite conquise par les Samnites (population originaire de la région montagneuse du centre de l’Italie), vécut une période prospère jusqu’au début du Ier siècle. En l’an 80 avant J.-C., la cité tomba sous la domination de Rome et devint un lieu de séjour apprécié des riches familles romaines qui y imposèrent leur langue, leurs moeurs, leur organisation et leur façon de construire et de décorer.
À la veille de l’éruption du Vésuve, Pompéi était donc une ville aisée, comptant quelque vingt cinq mille habitants. Seuls mille quarante- quatre corps ont été déterrés au cours des fouilles. À ce jour, un quart de la ville reste encore ensevelie.
Également inscrit sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO. Herculanum (Ercolano) fut fondée, selon la tradition mythologique, par Hercule lors de son passage en Italie, de retour d’Espagne. Avant l’éruption du Vésuve, cette grosse bourgade comptait quatre mille habitants, la plupart fort aisés qui avaient choisi ce lieu pour sa situation privilégiée sur la côte du golfe de Naples. Herculanum a été ensevelie sous 12 à 20 mètres de boue volcanique qui, en séchant forma une carapace qui la protégea durant des siècles contre le pillage et contre l’érosion. C’est pourquoi, lors des fouilles, on retrouva de nombreuses fresques et mosaïques, ainsi que des éléments en bois et en tissus parfaitement conservés.
Il serait dommage de quitter Naples et sa région sans descendre plus au sud, vers les côtes Sorrentine et Amalfitaine. De nombreux villages, très pittoresques, agrippés à flanc de montagne, sont éparpillés le long de ces reliefs très déchiquetés bordés par la Méditerranée : Sorrente, Positano, Amalfi, Ravello, Salerne, méritent vraiment que l’on prenne le temps de flâner dans leurs ruelles.
Un peu plus au sud, le site archéologique
de Paestum est de toute beauté. L’antique
Poseidonia grecque fondée vers l’an 600
avant J.-C. par les habitants de Sybaris (sud
de l’Italie, Calabre actuelle), tombera aux
mains des Lucaniens (population venant de
Lucanie, dans la région de Basilicate) avant
de devenir romaine en 273 avant J.-C. Plus
tard, la malaria obligera ses habitants à fuir
les lieux... et c’est seulement en 1750 que
l’on découvrit le site sur lequel se dressent
trois magnifiques et colossaux temples parfaitement
conservés. Quant au musée tout
proche qui regroupe une imposante collection
d’objets retrouvés à Paestum, il faut
absolument s’y attarder...
...et comme toutes ces visites donnent faim,
un détour dans un élevage de bufflonnes
s’impose pour déguster, non seulement la
célèbre mozzarella, mais aussi la délicieuse
crème qui accompagne si bien un petit expresso !