Les préoccupations quotidiennes se mélangent habilement, naturellement et sans concession avec les sujets de société. L’implication dans la cité côtoie le rôle de la Suisse dans le monde. L’éthique journalistique, la neutralité, l’histoire du pays sont tour à tour abordées. On peut être interpelé par certains propos de Paul Grossrieder qui évoquent la nature au service de l’homme et penser à la phrase célèbre de B. de Saint-Pierre « Le melon a été divisé en tranches par la nature afin d’être mangé en famille » bien loin de la théorie de l’évolution de Darwin. La lecture de cet ouvrage est indispensable pour toute personne qui, ne se contentant pas de vivre ou de travailler dans un environnement helvétique, veut toucher du doigt son espace de vie.
Florilège de phrases extraites du livre : Paul Grossrieder
Brigitte Perrin
Paul Grossrieder, ancien directeur général du CICR, et Brigitte Perrin, journaliste à la TSR, sont nés à trente ans d’intervalle et se sont trouvés dans le rôle de porte-parole, ou de porte-image, de la Suisse et des Suisses. Ces entretiens, menés entre 2006 et 2009, reviennent sur une descente aux enfers qui a transformé une Suisse qui a fait rêver, en une Suisse qui fait douter. Les réorganisations décomplexées, la surfinanciarisation, l’infantilisation et l’angoisse, le sabordage des affaires étrangères, la perte de dignité du politique : ces principes sont toxiques pour l’esprit suisse, qui assure toujours ses arrières avant de s’engager plus loin. Sur ces problèmes, les deux interlocuteurs de ce dialogue ont, par leur âge et leur parcours, deux points de vue décalés, deux éclairages inattendus – faisant appel ici aux trois-huit (version bénédictine : travail, sommeil et lectio divina), là à l’école du réel (du Petit-Mont fribourgeois à la confusão angolaise), là encore à l’assèchement de l’humanité (dix commandements et seize mille normes ISO...).
Piqûre de rappel des valeurs et des idées qui ont fait la renommée et le rayonnement universel des Suisses, ces entretiens sont aussi critiques d’une certaine modernité, à l’heure où l’on commence à voir les vrais fruits du détissage à l’oeuvre depuis une quinzaine d’années. Avec pour conséquence un avenir instable pour une jeunesse qui fait peur, et qui a peur.
En retard au paradis –
Dialogues autour du
génie helvétique;
Entretiens menés par
Frédéric Ballenegger
Xenia éditions, 2009,
190 p., 25.– / 16 €