Si pendant les fêtes
de fin d’année
vous avez, comme
moi, essayé d’offrir
un livre de Nikos
Kazantzakis à vos
proches, vous vous
êtes heurtés aux
mêmes difficultés.
Il est en effet devenu
assez difficile et parfois impossible de
se les procurer. Cinquante-deux ans après la
mort de ce grand écrivain grec, ses oeuvres
les plus importantes sont en voie de devenir
introuvables. Par le caractère obsolète de
leur typographie et de leur présentation, les
quelques oeuvres qui sont encore publiées
ne répondent plus aux exigences de l’esthétique
moderne.
La situation est la même dans plusieurs pays du monde, parmi lesquels la France, la Moldavie, la Russie et plus étonnamment la Grèce. Cette rareté s’explique par le peu d’efforts consentis pour promouvoir l’oeuvre de ce très grand écrivain et traducteur. Grand pour son pays, la Grèce, mais aussi pour l’humanité toute entière. Il a notamment traduit en grec moderne quelques-uns des plus grands auteurs européens (Nietzsche, Goethe, Dante) ouvrant les portes de son pays à d’autres cultures.
Poèmes, tragédies, récits de voyage, scenarii (sur Bouddha, Lénine, Mohamed...), romans, essais philosophiques, traductions – l’héritage littéraire de Nikos Kazantzakis est impressionnant. Traduite à son tour en plus de quarante langues, son oeuvre est celle d’un génie de la littérature et de la philosophie. Sa source d’inspiration première est la Crète, son île natale. Pour trouver des réponses aux innombrables questions qu’il se posait, Kazantzakis avait choisi de voyager. Il a ainsi étudié en France, parcouru le monde et vécu un peu partout mais essentiellement en France, en Autriche, en Tchécoslovaquie et en Allemagne. Ecrivain, traducteur et philosophe, il a été avant tout européen et internationaliste. Nommé en 1947 Conseiller à la Littérature à l’UNESCO, il a obtenu en 1956 le Prix international du Comité de la paix.
La liste de ses oeuvres est aussi longue et riche que son parcours personnel. L’auteur de « Zorba le Grec » et de « Les frères ennemis » a essayé de comprendre le monde et la vie, l’homme et la nature. Un demi-siècle après sa mort, comment comprendre que son oeuvre ne soit pas exposée dans toutes les librairies du monde, que des chercheurs et des universitaires n’aient pas accès à ses manuscrits, que beaucoup de textes soient encore inédits, que sa correspondance reste dispersée et en grand partie inédite ?
La Société internationale des amis de Nikos Kazantzakis, crée à Genève en 1998 à la demande de sa veuve Eleni Kazantzakis, dont le principal objectif est précisément de promouvoir sa pensée par différents moyens – études, manifestations et congrès – tire la sonnette d’alarme. Le colloque international organisé au mois de juin dernier, relatif aux aléas éditoriaux de Nikos Kazantzakis, a mis en évidence la situation affligeante dans laquelle se trouvent les éditions de l’écrivain. A travers ses sections nationales actives dans plus de cent pays dans le monde, l’Association a lancé une pétition visant à informer le public et a demandé à l’Etat grec d’intervenir pour faciliter l’accès du « grand public grec et international » aux oeuvres de Nikos Kazantzakis « sous une présentation convenable ». Il n’en va pas seulement de la notoriété d’un grand écrivain du 20e siècle, mais aussi de l’image culturelle de la Grèce.