Société

TAPORI AUX NATIONS UNIES
C’EST EN SE RENCONTRANT QU’ON BÂTIT LE MONDE

Des enfants et des adultes s’adressent au Haut-Commissariat aux droits de l’homme et aux Nations Unies pour partager leurs efforts et leurs idées pour un monde sans misère.

XAVIER VERZAT

Ils s’appellent Julien, Laurane, Nils... ils sont venus de la Bolivie, de l’Ile Maurice, de la Suisse, des Philippines, ou de la République démocratique du Congo. Dans leur pays et ensuite pendant quatre jours en Suisse, ils ont préparé un dialogue inédit avec les Nations Unies, les 8 et 9 décembre dernier. Les groupes locaux dont ils font partie sont en lien avec Tapori, un courant mondial d’amitié entre les enfants animé par le Mouvement international ATD Quart Monde (www.tapori.org)

Quelles expériences sont venus apporter ces enfants aux Nations Unies ? Julien (11 ans) de la République démocratique du Congo et Olive animatrice du groupe expliquent  : « nous sommes un groupe d’enfants qui allons à la rencontre de ceux qui vivent des difficultés. Par exemple si un enfant est malade, nous allons lui rendre visite, et nous faisons l’amitié. Un autre enfant n’avait plus de maison, nous lui avons proposé à lui et à sa maman de les aider pour reconstruire leur maison. Et d’autres adultes nous ont aussi aidé ». Ces gestes de solidarité au quotidien on peut les découvrir dans un film réalisé par Tapori à l’occasion de cette rencontre « Viens avec nous ! C’est en se rencontrant qu’on bâtit le monde » : le « train de l’amitié » nous conduit de Thaïlande en Irlande, de Bolivie en Pologne à la rencontre des enfants qui ne veulent laisser aucun enfant en arrière.

En 1999, des enfants Tapori avaient rencontré Mme Robinson, haut-commissaire aux droits de l’homme, et lui avaient offert leurs messages et une sculpture, le Cadeau des pierres, qu’on peut admirer dans le hall principal du Palais Wilson.

A l’occasion du 20e anniversaire de la convention relative aux Droits de l’enfant, c’est une délégation de vingt-trois enfants et seize adultes venus de tous les continents1 qui a rencontré Mme Kyung-wha Kang, haut-commissaire adjointe aux droits de l’homme, et ses collaborateurs, pour un échange entre acteurs des Nations Unies.

Mme Kang a accueilli la délégation par ces mots : « C’est un voyage important pour vous comme pour nous parce que c’est l’occasion de nous parler à égalité, de partager nos idées et nos expériences et pour nous d’entendre ce qui vous affecte et vos espoirs pour un monde meilleur et plus juste. Nous sommes là pour apprendre de vous. »

L’école et la solidarité sont revenues avec insistance dans les interventions : « Un enfant n’apprend pas bien parce qu’il se sent rejeté, incompris dans sa douleur » (Europe), « une mère, soutenue par le voisinage, a accueilli des centaines d’enfants devant sa maison pour leur permettre d’accéder aux apprentissages de base de la pré-école. » (Caraîbes, Amérique latine).

Au cours de ce dialogue, des fonctionnaires ont réagi : « Vos apports nous donnent des outils pour savoir ce qui ne va toujours pas et ce qu’il nous faut dire aux gouvernements. » « Aucun enfant ne devrait être séparé de ses parents pour cause de pauvreté. » « Continuez à élever la voix pour vous-mêmes mais aussi pour les autres ».

Eugen Brand, délégué général du Mouvement ATD Quart Monde a demandé que soit sollicitée l’expertise des personnes très pauvres à égalité avec celles des experts dans le travail d’évaluation des Objectifs du Millénaire et l’élaboration de leurs suites.

Mme Kang a déclaré : « Le courage vient de la jeunesse. Nous avons besoin que vous nous rappeliez jour après jour qu’il faut que nous ayons ce courage pour oser briser le silence qui entoure les violations des droits de l’homme. »

Le lendemain, une douzaine de représentants de pays étaient présents pour un dialogue avec des délégués enfants et adultes, dialogue présidé par la mission permanente des Philippines. Au cours de ces journées, les fonctionnaires, les diplomates, les enfants et les adultes ont pu apprendre les uns des autres.

Les enfants Tapori de RDC ont pu découvrir qu’en France comme chez eux, il n’est pas si facile de se solidariser avec ceux qui sont exclus dans l’école : Laurane (11 ans) a ainsi expliqué lors d’une conférence de presse, qu’elle avait fait un exposé à l’école sur son implication dans Tapori et que « tout le monde s’en fichait ». Un délégué adulte du Burkina Faso a souligné dans son intervention sa surprise et sa peine de voir en Europe de nombreuses situations où les enfants sont séparés de leurs parents (placement en institution) du fait de la pauvreté de la famille. Il soulignait que c’est la transmission des valeurs qui est compromise.

 

Pour en savoir plus sur Tapori et ATD Quart Monde ou pour vous procurer le DVD du film : www.atd-quartmonde.org ou contactez Janet Nelson en écrivant à intgeneve@atd-quartmonde.org

1 Bolivie, Burkina Faso, États-Unis, France, Haïti, Irlande, Maurice, Philippines, Pologne, République Démocratique du Congo, Suisse

 
© 1949-2010 UN Special