On sait que les dinosaures sauropodes ont laissé de très nombreuses traces de pas sur la plupart des continents, mais les empreintes découvertes à Plagne, en France voisine, sont les plus grandes traces connues au monde.
Quadrupèdes herbivores, les sauropodes ont vécu entre le Jurassique moyen (–176 à –161 millions d’années) et le crétacé supérieur (–93 à –71 millions d’années). Animal dont le long cou se terminait par une petite tête, cette espèce de dinosaure avait un corps énorme et une longue queue. Le sauropode est l’animal le plus grand et le plus lourd qui ait vécu sur terre. Il pouvait mesurer jusqu’à 40 mètres de long et son poids pouvait atteindre les 60 tonnes (soit quinze fois celui de l’éléphant d’Afrique !).
Si la girafe, est l’animal le plus haut de nos jours puisqu’elle culmine à 5 mètres, le sauropode quant à lui, dépassait les 18 mètres. Que l’être humain peut se sentir tout petit à côté de telles créatures... On a du mal à imaginer la taille du barbecue qu’il aurait fallu pour faire griller une cuisse de sauropode si la race n’avait pas été décimée lors de la chute d’une météorite géante, dans le golfe du Mexique, et qui plongea la terre dans l’obscurité et le froid pendant plusieurs centaines d’années. D’autres spécialistes, comme Vincent Courtillot (géophysicien, directeur de l’Institut de Physique du Globe de Paris), attribuent quant à eux l’extinction des dinosaures à des épanchements gigantesques de basaltes dus à une forte activité volcanique.
Tout comme en Suisse, au-dessus du lac d’Émosson et dans le Jura suisse, les dinosaures ont déjà fait parler d’eux dans la région frontalière de Genève: tout d’abord en Haute-Savoie, sur le Salève, puis dans le département de l’Ain, à Échenevex, à Belleydoux et à Coisia, ce dernier site ayant été découvert par des membres de la Société des naturalistes d’Oyonnax (S.D.N.O). La découverte de Plagne est également à mettre à l’actif de cette association.
«Jurassic Plagne»
Au sein de la S.D.N.O, Marie-Hélène
Marcaud, Patrice Landry et d’autres
membres de l’association sont, depuis plusieurs
années, en quête de traces de dinosaures.
Convaincus que la région d’Oyonnax
abonde d’un important patrimoine paléontologique,
ils ont ciblé des sites potentiels et
les explorent de façon systématique. C’est
lors de l’une de ces explorations, le 5 avril
2009, que Marie-Hélène Marcaud et Patrice
Landry ont trouvé les traces exceptionnelles
de Plagne. En fait, tout l’honneur de cette
découverte revient à Marie-Hélène qui, la
première, a aperçu un petit morceau de
bourrelet qui dépassait des gravats du chemin
sur lequel ils se trouvaient. D’ailleurs,
une partie du site porte son nom. Un autre
secteur est dédié à Christian Gourrat. Le
regretté président de la S.D.N.O avait été
le premier à trouver des traces de pas de
sauropodes en France, à Coisia.
À peine remis de leur trouvaille exceptionnelle, les deux membres de l’association ont contacté Jean-Michel Mazin et Pierre Hantzpergue, du laboratoire paléoenvironnements et paléobiosphères (CNRS, Université Claude Bernard, Lyon 1) pour leur présenter leur découverte. Les deux scientifiques ont alors authentifié les traces sur des critères morphologiques et sur l’origine des sédiments où elles se trouvent. Leur expertise confirme que le site de Plagne correspond donc à une zone de passage de dinosaures sauropodes.
Les empreintes de Plagne apparaissent sous la forme de dépressions ovales comprenant la trace de pas elle-même et sa couronne formée d’un important bourrelet de sédiments calcaire. Les empreintes de pieds sont de très grande taille, pouvant atteindre 1,20 m à 1,50 m de longueur, ce qui correspond à des animaux dépassant 30 ou 40 tonnes pour plus de 25 m de long. Selon la première approche des chercheurs, ces traces de dinosaures seraient les plus grandes connues au monde. De plus, les pistes formées par ces empreintes s’étendent sur des centaines de mètres. Le calcaire date du tithonien basal, jurassique supérieur (–150 millions d’années), période pendant laquelle le secteur était recouvert par une mer chaude et peu profonde. Par la dimension des empreintes et le nombre de pistes observables et potentielles, le site de Plagne est tout à fait exceptionnel. Mais, les études géologiques et les travaux de fouilles sur une telle superficie vont nécessiter des moyens techniques et humains très importants. La révélation au grand public, début octobre, de cette fabuleuse découverte a déjà fait le tour du monde. De l’Australie aux États-Unis, toute la presse s’est emparée de l’événement. Souhaitons que cette médiatisation soit bénéfique à la S.D.N.O en lui apportant les moyens de poursuivre ses recherches.
Passionné de volcanisme, Patrice Landry parcourt les volcans de la planète avec Marie-Hélène Marcaud, sa compagne. Géologue de métier, il dirige un cabinet d’expertise géologique à Oyonnax. Dès sa thèse, il a croisé des empreintes de dinosaures. Très impliqué dans la découverte des premières pistes de dinosaures dans le Jura français, en 2004, il a été le chef d’orchestre des recherches menées par la S.D.N.O.
Le site de Plagne est situé à une quarantaine de kilomètres de Genève, entre Bellegardesur- Valserine et Nantua. À mi-chemin entre les deux villes, à Saint-Germain de Joux, prendre à droite, direction Giron – Échallon – Plagne.
L’avenir ?
En ce samedi d’automne, la forêt jurassienne
s’est parée de ses plus belles couleurs. Mais
le ciel nous gratifie de quelques averses entrecoupées
de beaux moments ensoleillés. La
foule se presse sur le site de Plagne. Français,
Suisses... mais aussi un Californien et une
Tchèque. La Radio Suisse Romande est là,
ainsi que le « Nouvel Observateur ». Marie-
Hélène Marcaud et Patrice Landry sont en
pleine conversation avec les journalistes.
Depuis la révélation de leur trouvaille, les
deux chercheurs n’arrêtent pas. D’autres
membres de la S.D.N.O sont également sur le
terrain. Dominic Orbette, Denis Schmuck et
Denis Bombois dialoguent quant à eux avec
les curieux qui ont fait le déplacement et qui
veulent en savoir plus sur les sauropodes.
Tous sont émerveillés et stupéfaits par l’étendue
et le gigantisme des traces de pas. Et dire
que seulement une infime partie du site a été
mise à jour ! Beaucoup de travail, beaucoup de
patience et beaucoup de fonds vont être nécessaires
pour trouver les empreintes encore
enfouies. Imaginez, pour dégager une seule
trace de patte de sauropode, il faut défricher
manuellement et avec la plus grande minutie
6 m2 de terrain. Et puis maintenant, il faut également
penser à la sauvegarde des traces déjà
mises à nu. Le gel qui commence à sévir dans
la région risque de faire éclater la roche. Il faut
aussi compter avec l’incivilité de certains qui
aimeraient bien emporter un petit souvenir
d’empreinte de sauropode à la maison !
Trois cent mille euros (environ 500 000 fr.) permettraient de faire avancer les travaux. Mais, aussi bien pour la commune de Plagne, paisible village de cent vingt habitants, que pour la S.D.N.O, ce budget est colossal... et un petit coup de pouce de l’Unesco qui classerait le site à son patrimoine serait le bienvenue.
Patrice Landry (Ain Géotechnique)
04 74 77 86 86
S.D.N.O – Site:
http://www.sdno.asso.fr/index.php
S.D.N.O – Forum:
http://www.sdno.asso.fr/phpBB/index.php