Xavier de Lauzanne signe un documentaire de cinéma étonnant, à la fois poignant, drôle et profond sur une aventure collective improbable, réunissant des musiciens israéliens et palestiniens lors d’une grande tournée en France. L’exploit de ce film est de montrer les coulisses de la tournée tels quels. Sans faire l’impasse sur les difficultés d’une vie en groupe particulièrement sensible et en mettant en valeur les liens, bouleversants, qui se créent peu à peu grâce à la musique, il raconte, sur le fil du rasoir, l’histoire d’une rencontre qui est un exemple d’ouverture et d’espoir.
Qu’est-ce qui vous a le plus marqué
sur place pendant le tournage au
Moyen-Orient ?
Le mur. Ce mur qui lacère les paysages,
comme une excroissance hideuse, comme
une anomalie de l’Histoire, comme un
échec. Ce mur qui emprisonne physiquement
les Palestiniens et intellectuellement
les Israéliens. Je suis consterné par ces personnages
politiques, qui, des deux côtés,
par une propagande « sécuritaire » ou « religieuse
», maintiennent la société dans la
crainte pour mieux arriver et se maintenir au
pouvoir. C’est un abus du système démocratique
et un exemple de ses limites.
Un film sur la « Paix » peut-il être
réaliste ?
Atef, le chef de l’Ensemble musical de
Palestine dans le film, a le courage de clamer haut et fort que le dialogue est une
urgence. Sans dialogue, il ne reste que la
souffrance. La rencontre est la seule voie
vers la paix.
Pour cela, il faut que les mentalités changent,
c’est le coeur du film : la rencontre
qui ne peut exister pour le moment sur
le terrain peut se faire sur scène comme
une expérimentation du possible, comme
un travail de la conscience. Il s’agit d’une
préfiguration de la paix et non de la paix
elle-même. La paix ne pourra jamais se
satisfaire de l’attentisme, ni du cynisme. Si,
dans un premier temps, nous n’acceptons
pas de la faire exister par l’utopie alors
nous ne pouvons prétendre en être l’ouvrier.
C’est la valeur universelle que le film
sous-tend, bien au-delà du conflit israélopalestinien.
En quoi le film nous concerne-t-il ?
On peut constater une radicalisation des
opinions inquiétante dans les communautés
arabes où juives, particulièrement dans
les banlieues des grandes agglomérations
où les origines diverses se côtoient et s’affrontent.
Cette radicalisation est nourrie par
les actualités que les jeunes ne savent pas
décoder ainsi que par la propagande, la
passion, l’ignorance et une susceptibilité à
fleur de peau.
Il existe donc aujourd’hui un réel besoin
de créer le débat sur les idées du « vivre
ensemble » et sur « le dépassement des préjugés
», avec des supports qui encouragent
le dialogue. Nous qui ne sommes pas directement
concernés par les affrontements
israélo-palestiniens, avons ce pouvoir d’encourager
la rencontre, qui est aujourd’hui
presque impossible sur place.
Maya Shavit, la directrice israélienne
du choeur Effroni, nous dit dans le film :
« Lorsqu’on chante la musique de l’autre, on
ne peut plus le bombarder ». Tout est dit. Le
film « D’une seule voix » est un exemple de
« liaison » des différences, en opposition à
ceux qui les « délient » à des fins politiques
ou idéologiques.
Le film a-t-il aussi un potentiel
à l’étranger ?
La version originale est en anglais et j’ai
d’ailleurs obtenu le platinium award du
festival international de Houston et le prix
du meilleur documentaire du festival international
de Palm Beach aux Etats-Unis.
D’autre part, la thématique du « rapprochement
par l’art » et des « murs qui séparent »
est universelle. A ce propos, le film sera
projeté à Berlin le 8 novembre à l’initiative
conjointe de l’Institut de France et de l’Institut
américain pour la diplomatie culturelle,
lors des commémorations de la chute du
mur. Nous avons produit et distribué ce film
avec excessivement peu de moyens. Il nous
faut maintenant des partenaires et des aides
pour nous permettre de le distribuer et de
le faire connaître à l’étranger.
Toutes les informations sur le film :
www.duneseulevoix-lefilm.com