Notre visite guidée de la Genève internationale continue avec l’entretien accordé par M. Reinhard, directeur de la Fondation des immeubles pour les Organisations Internationales (FIPOI).
M. Reinhard, vous êtes directeur de la
FIPOI depuis 2007, quelle est l’origine
de votre Fondation et quelles en sont
les modalités de fonctionnement ?
FIPOI est une fondation de droit privé
constituée en 1964 sous l’égide de la
Confédération suisse et du canton de
Genève. Elle a été créée dans le but de
mettre à disposition de la Genève internationale,
des structures de bureaux et
de conférences, tout en restant un outil
souple et efficace permettant de répondre
aux besoins des OI. La FIPOI octroie des
prêts aux OI pour financer leurs projets de
construction à des conditions favorables.
L’Etat de Genève met à disposition les terrains
sous la forme de droits de superficie
gratuits. Le Conseil de fondation comprend
six membres, avec trois représentants de
la Confédération qui sont les départements
des affaires étrangères, des finances et l’Office des constructions fédérales et de la logistique. Côté Genève, les trois membres
sont les départements des constructions et
des technologies de l’information, des institutions
et la Ville de Genève. Ce Conseil se
réunit environ quatre fois par année pour
entériner les grandes lignes de fonctionnement
et de décision.
Quelle est la nature des contacts
avec les organisations internationales
et qui sont vos interlocuteurs
habituels ?
Nous sommes évidemment en contact avec
les directions des OI et leurs services des
bâtiments lorsqu’ils existent. Une de nos
activités étant aussi de mettre à disposition
des infrastructures pour les conférences,
nous sommes également en contact avec
les services de conférence des OI.
Avec le CICG et le centre de conférences
de Varembé, nous organisons environ trois
cents évènements par année. quatre-vingts
pour cent de nos « clients » sont des OI. Il
convient de noter que le CICG est mis gratuitement
à disposition des OI dans le cadre
de la politique d’accueil de la Suisse. La
Confédération compense ce manque à gagner
par le versement annuel d’une contribution
à la FIPOI.
La FIPOI n’intervient pas seulement
à Genève, quels dossiers mériteraient
d’être connus davantage ?
La majorité de nos dossiers concernent le
territoire du canton de Genève. Néanmoins,
nous avons modifié nos statuts pour permettre
des activités ponctuelles sur le canton
de Vaud. Un de nos projets se déploie
à Gland, pour lequel la FIPOI a accordé un
prêt de 20 millions : il s’agit de l’extension
du siège de l’UICN (Union Internationale
pour la Conservation de la Nature). Nous
sommes en mesure d’apporter nos conseils,
notamment pour la sécurité, dans d’autres
cantons dans lesquels des OI sont implantées
comme par exemple à Berne (UPU)
et à Bâle. Ces prestations sont néanmoins
limitées vu nos effectifs.
Par le biais de notre magazine, nous
avons tenté, depuis plusieurs mois,
d’identifier, de présenter et de mettre
en présence les différents acteurs
de la Genève internationale, quels
conseils nous donneriez-vous pour
faire un tour complet de la question ?
Plusieurs entités s’occupent de la Genève
internationale. Elles ont été déjà citées, car
elles font partie intégrante de notre conseil
de fondation. Il convient de préciser qu’au
niveau de la Confédération, le Département
des affaires étrangères avec la Mission Suisse
représentent l’état hôte. Le Département fédéral
des finances intervient aussi lorsque
la Confédération accorde des prêts pour
la Genève internationale et pour la FIPOI.
L’office fédéral des constructions fait partie
de notre Conseil et des différentes commissions
qui s’occupent des différents projets.
Sur le plan cantonal, il faut savoir que le canton fournit les terrains mis à disposition
gratuitement par l’intermédiaire du département
des constructions. Côté département
des institutions, le délégué à la Genève internationale
est rattaché à ce département.
Enfin, le département du territoire par sa
politique d’aménagement, prend en compte
la Genève Internationale. La ville de Genève
est impliquée, différents services s’occupent
de cette question.
Pour compléter ce tour d’horizon, il
convient d’ajouter le CAGI, la fondation
du Centre Internationl de Genève, le Club
diplomatique, la Fondation pour Genève,
Mandat International et la FIPOI.
Tous ces acteurs se rencontrent, se concertent
et travaillent ensemble pour la réussite
des projets relatifs à la Genève internationale.
Votre expertise est souvent demandée
dans le domaine de la sécurité ?
Effectivement, la FIPOI pilote un groupe
de travail qui est composé de l’ensemble
des entités sur le plan fédéral, cantonal et
communal. Tous les projets de sécurisation
des périmètres extérieurs des OI sont pris
en charge par l’état hôte par le biais d’un
financement mixte (Confédération/Canton).
Des projets très importants ont été réalisés
pour le HCR, le CCI, les locaux du HCDH,
l’UIT. D’autres sont en cours d’étude :
l’OMPI, l’OMS, l’OMC. Les surfaces sont
très grandes et les montants financiers le
sont aussi. Une estimation a été faite pour
calculer le montant de ces frais de construction
et d’entretien, elle s’élève à 25 millions.
Le périmètre de sécurité de l’ONUG a été
réalisé dans les premiers, ce renforcement a
été payé directement par les Etats membres.
Un dossier est en cours d’étude
pour édifier une crèche internationale,
disposez-vous de solutions en terme
de locaux ?
La question des crèches, du logement sont
des questions importantes. Le service de
la petite enfance de la ville de Genève et
la FIPOI sont régulièrement en contact.
Un partenariat entre le CICR et la ville de
Genève a permis de réaliser la crèche des
Morillons. Pour une éventuelle extension,
nous sommes confrontés au problème du
terrain. Il faut savoir que le terrain voisin
est hypothéqué par le projet de Campus
santé. J’ai suggéré que la problématique de
la crèche soit prise en compte dans le projet
futur du Campus santé. Nous pourrions
envisager de mettre en place une structure
provisoire, en attendant la construction défi
nitive du Campus santé.
Des solutions pourraient éventuellement
être trouvées dans les bâtiments du BIT qui
va rénover son siège et qui dispose de surfaces
immenses (100 000 m2 de surface).
Quels sont vos projets en cours et
ceux en phase d’aboutissement et
enfin ceux terminés récemment ?
Nos principaux projets en cours sont ceux
qui concernent l’OMC. Le budget prévu
s’élève à environ 130 millions. La rénovation
du Centre William Rappard constitue la
première phase. La deuxième phase concernera
l’extension intra muros du bâtiment
par l’aménagement des deux cours intérieures.
Quatre nouvelles salles de conférences
seront construites, le patio qui est à
l’air libre sera couvert et transformé en une
salle des pas perdus destinée aux délégués.
La troisième phase est la construction d’un
nouveau bâtiment à l’extérieur sur l’emplacement
du parking. Il s’agit du bâtiment qui
nécessite une modification de zone, qui a
été soumise à votation (référendum municipal).
Le bâtiment comprendra environ trois cents postes de travail et un parking souterrain
d’environ deux cents places. Pendant
les travaux, un bâtiment est loué au chemin
des Mines pour deux cent cinquante postes
de travail.
Le périmètre de sécurité, n’est pas compris
dans ce budget. Pour le réaliser, nous avons
lancé un concours (architecte paysagiste)
pour élaborer un projet dont le cahier des
charges devrait permettre la meilleure intégration
possible dans le site.
La FIPOI a accordé un prêt au Cern, qui
construit un nouveau bâtiment pour les
physiciens (trois cents postes de travail).
Une halle logistique pour le CICR est
construite dans la zone industrielle de
Meyrin Satigny. Le chantier du doublement
des locaux de l’UICN à Gland sera terminé
l’année prochaine. A ce sujet, les exigences
de construction sont très pointues en termes
de protection de l’environnement et visent
le label leed platinium, soit cinquante-deux
points de mesures contrôlés par un organisme
indépendant. Le bâtiment sera soumis
aux normes minergie-plus et minergieéco
qui sont des normes suisses. Je tiens à
souligner que cette réalisation sera une première
européenne, et que la FIPOI dispose
d’une charte en matière de développement
durable.
Nous conseillons le projet Campus santé. Il
s’agit d’un bâtiment important pour le Fonds
mondial qui sera réalisé dans le périmètre
du Jardin des Nations. La valorisation des
terrains du BIT devrait permettre de trouver
les fonds nécessaires à la rénovation de son
siège. Sur ces terrains, des bâtiments seront
réservés pour les missions diplomatiques ;
Mandat international construira une structure
d’hébergement et de bureaux. Enfin,
il est prévu de construire des bâtiments
pour le logement des internationaux. Tout
ce programme est en cours d’étude sous
l’égide d’un groupe de travail auquel participe
la FIPOI.
L’OMPI a un nouveau projet de salles de
conférences (environ neuf cents places)
financé par les Etats membres. Enfin, la
FIPOI s’occupe de la construction d’un nouveau
bâtiment (automne 2011) sur l’avenue
de France à cinq minutes de la place des
Nations. Ce bâtiment, de 10 000 m2 de surface
sera destiné aux missions diplomatiques
et aux organisations internationales.
Dans un cadre de démarche écoénergie que faudrait-il faire pour le Palais des Nations ? Les aspects de protection de l’environnement devront être pris en compte. Le Palais des Nations ainsi que les bâtiments de la FIPOI sont reliés au GLN, une procédure qui consiste à réguler la température des bâtiments avec l’eau du lac. Le Palais des Nations mérite une cure de jouvence, il faut le rénover et l’assainir. Une étude est en cours pour évaluer le coût de cet assainissement. Il s’agit assurément d’un des grands chantiers de ces prochaines années pour la Genève internationale.