M.Wilfried Lemke lors de sa nomination en avril 2008 et le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon.
A l’aube du XXIe siècle, la manière de vivre a beaucoup changé dans la plupart des pays du monde, indépendamment des guerres, des catastrophes, des maladies, de la famine ou des injustices qui les frappent toujours. L’ordinateur et Internet sont venus révolutionner le travail et les loisirs. Le développement du câble permet la réception de films à la maison et les écrans plats offrent le cinéma chez soi. Les réseaux sociaux prennent de l’ampleur et les téléphones portables deviennent de véritables centres de communication. La liste est longue et le constat certain : nous passons une très grande partie de notre temps devant des écrans ; du bureau, à la maison ou ailleurs et ne consacrons pas assez de temps dans la pratique d’activités sportives dans le monde réel.
M. Wilfried Lemke est le Conseiller spécial du Secrétaire général pour le sport au service du développement et de la paix. Il est chargé de promouvoir et d’encourager le recours au sport comme un outil efficace dans la poursuite des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD).
Participation de M.Lemke en octobre 2008 à une course de 10 km près d’Abidjan en Côte d’Ivoire.
Comment votre bureau peut-il faire
face à cette réalité ? N’est-ce pas un
pari perdu d’avance ?
Certainement pas. Lorsque j’étais le Sénateur
pour l’Education et les Sciences de l’Etat de
Brème, en Allemagne, je me suis battu pour
promouvoir l’éducation physique à l’école.
Aujourd’hui, en tant que Conseiller spécial
du Secrétaire général des Nations Unies, je
poursuis mon travail à l’échelle internationale,
en collaboration avec les fédérations
sportives et les gouvernements. L’accès au
sport et au jeu figure parmi les droits fondamentaux
de l’être humain, et en particulier
de l’enfant. Des droits qui doivent être non
seulement reconnus, mais aussi garantis.
Grâce au sport, l’individu acquiert des valeurs et des compétences essentielles telles que la tolérance, le respect, la persévérance, la connaissance de soi, la confiance en soi et la communication. De plus, il s’assure une vie saine et équilibrée. Mais ce n’est pas tout. Le sport n’est pas uniquement une fin en soi ; il peut également être un moyen. Un moyen utilisé par les acteurs humanitaires et sociaux, au premier rang desquels l’ONU. C’est bien là le coeur de mon mandat en réalité: encourager le recours au sport comme levier de progrès humain au profit des plus défavorisés.
Lors de sa visite à Gaza en juin 2009, M. Lemke a identifi é des possibilités d’utilisation du sport pour améliorer la vie de la population et des plus jeunes en particulier.
C’est-à-dire ? Pouvez-vous nous
donner des exemples ?
Les exemples d’utilisation du sport comme
outil de promotion de la paix et du développement
sont innombrables. Qu’il s’agisse de
personnes souffrant de handicap physique
ou intellectuel, de personnes vivant dans
des bidonvilles, de malades du SIDA, d’orphelins,
de filles et de femmes oppressées,
de réfugiés, de populations en conflit, de
victimes du racisme, de personnes marginalisées,
tous peuvent bénéficier de la pratique
du sport. Attention, je fais référence à
une pratique encadrée, raisonnée et adaptée
aux besoins et attentes des personnes
que je viens de citer.
Des milliers d’individus, ONG, agences gouvernementales et onusiennes, fédérations sportives, entreprises privées utilisent aujourd’hui le sport dans leurs programmes de coopération au développement et de promotion de la paix. Dès lors, mon rôle ressemble à celui d’un chef d’orchestre. Je tente de faciliter les relations entre les différents acteurs du mouvement, tout en me faisant l’avocat de notre cause. Bien évidemment, le sport n’est pas la panacée à tous les maux de notre planète. Mais son potentiel ne doit en aucun cas être sous-estimé.
Quelle est votre vision sur l’avenir
du sport ? Est-ce que votre bureau
a un rôle à jouer ?
A mon sens, le sport est un miroir de notre
société. On y retrouve toutes les contradictions
de notre monde. D’un côté, il n’est pas
étranger à la corruption, à la tricherie, à la violence,
au racisme. D’un autre côté, il tend de
plus en plus vers une vision responsable, vers
un rôle davantage social, voire humanitaire.
Mon rôle consiste donc à promouvoir la seconde
tendance aux dépends de la première.
L’ONU peut, à travers ses fonctionnaires,
donner un bon exemple au
niveau de la pratique du sport ?
Que faut-il faire pour que cela
devienne une réalité dans l’environnement
de travail ?
Vous avez entièrement raison. Les fonctionnaires
de l’ONU ont une responsabilité, celle
d’être exemplaires. En tout temps et dans
tous les domaines, en sport comme ailleurs.
Pour ma part, je n’ai jamais cessé de faire du
sport. Aujourd’hui encore, je ne me déplace
jamais sans mes chaussures et mon short
de course à pied. Lors de mes missions,
j’essaie toujours de prendre part aux activités
sportives auxquelles je suis convié. J’ai
notamment pris part à une course appelée
« Les Foulées de la Paix » à Koumassi, en Côte
d’Ivoire. J’ai également participé à plusieurs
camps d’entraînement organisés pour des
jeunes de pays en conflits.
Ici, à l’ONUG, de nombreux projets sont menés dans le domaine de l’environnement. Je pense en particulier au récent projet « Genève-Lac-Nations ». C’est remarquable ! Cela nous renvoie à la notion d’exemplarité. L’ONU doit en permanence prêcher par l’exemple, selon la logique du « faites ce que je dis, mais aussi ce que je fais » !
La suite logique, me semble-t-il, pour l’ONUG, devrait consister à étudier comment nous pourrions, si possible, développer les infrastructures sportives pour les fonctionnaires, comme cela a par exemple été fait à l’Office des Nations Unies à Nairobi. Cela permettrait à ces derniers non seulement de se réapproprier leur environnement professionnel, mais également d’accroître leur bien-être et leur productivité au travail. Sans parler du fait que les sports collectifs peuvent constituer un moyen très efficace pour souder les équipes !