Les premiers essais de la méthode d’impression conçue par Johannes Gensfleish, dit Gutenberg, eurent lieu à Strasbourg en 1440. Elle consistait à utiliser des caractères mobiles en bois, puis en métal, fondus dans une matrice et complétés par l’application d’une presse en bois.1 Paris, ville des Lettres par excellence, bénéficia de cette immense avancée dans le domaine littéraire en 1470. Elle le dut au théologien Guillaume Fichet, qui fit installer le premier atelier typographique au collège de la Sorbonne. Après des études en Savoie puis à Avignon, ce natif d’un village de Haute-Savoie, Petit- Bornand-les-Glières, part pour Paris, où il est licencié ès arts en 1453, puis licencié en théologie en 1468. C’est apparemment lors d’un premier voyage en Italie qu’il remarque ce nouveau moyen qui va permettre la diffusion populaire du savoir, levant ainsi le principal obstacle à l’instruction, à la connaissance. L’imprimerie connaît un essor quasi constant jusqu’à la fin du siècle dernier. Cependant, le début du XXIe siècle est marqué par l’avènement d’Internet, et avec lui la possibilité d’une diffusion des écrits à l’échelle mondiale ; ce qui va agiter le monde des imprimeurs.
Si les termes chers au métier subsistent,
les gestes coutumiers cèdent peu à peu la
place aux clics de souris. Le service de l’imprimerie
de l’OMS (DUP) n’échappe pas
aux changements et bénéficie grandement
des avancées technologiques, en coopération
avec un partenaire représenté par M.
Rachid Benattia, en ayant toutefois à coeur
de conserver le meilleur des méthodes traditionnelles. En témoignent les deux presses
Heidelberg encore présentes utilisées pour
la préimpression des en-têtes en couleur et
les impressions sur papier chimique, de fort
grammage ou de grand format.
DUP travaille principalement avec le service de traduction (TRA) et les différents groupes de l’OMS, l’UNITAID et l’ONUSIDA afin de produire et diffuser des documents de conférence, mais aussi illustrations, articles de revues, directives, rapports d’unités techniques, matériels de formation et de sensibilisation, publications... Chef de cette véritable petite entreprise interne, M. Jacques Deville gère le côté administratif et la comptabilité : établissement de devis demandés par les secrétaires des unités techniques de l’Organisation, facturation, contact avec les fournisseurs, planification des horaires spéciaux du personnel durant les conférences. Il peut être aussi appelé à reprendre épisodiquement sa place au bureau du deuxième sous-sol du bâtiment principal où il retrouve son équipe composée de cinq personnes expérimentées : son assistant M. Julio Pacco, MM. Claude Maillard, Emmanuel Sery et Xavier Duparc, les trois imprimeurs qui se répartissent le fonctionnement de neuf presses numériques, et Mme Odette Lugrin au service finition.
Photolithographe après une formation suivie à l’École des Arts graphiques d’Aix-les-Bains, M. Deville travaille douze ans en France, cinq ans comme temporaire dans les organisations internationales, puis obtient un poste permanent à l’OMS en 1989. Julio Pacco débute en 1992 à l’imprimerie de l’OMS où il collabore en période de conférence en qualité d’opérateur en machine OFFSET (ITECK) et en photocopieurs noir-blanc. En 1994, il acquiert une expérience supplémentaire, notamment dans les nouvelles technologies d’impression numérique grand volume, avant d’intégrer complètement l’équipe de DUP en 2002.
Actuellement responsable d’atelier, il a pour tâches le conseil à la conception de documents de diverses unités, la planification et la coordination du travail journalier en établissant le plan de charge des diverses machines. Il doit évaluer le délai de livraison des produits au plus juste, notion souvent abstraite pour le client dont l’exécution du travail requiert régulièrement un certain degré d’urgence. Julio s’implique pleinement dans le processus de fabrication, car pour lui chaque produit mérite une attention particulière. Comme chaque membre de son équipe dont il reconnaît le professionnalisme et l’efficacité, son objectif premier est de fournir un service de qualité optimale même en période de production intense, par exemple lors de l’Assemblée mondiale de la Santé où il est courant de sortir 400 000 impressions sur presse numérique en une nuit. En dehors de son travail Julio aime s’adonner à sa passion, les chevaux. Il apprécie particulièrement la lecture d’ouvrages sur ce sujet pour parfaire ses connaissances.
Emmanuel Sery, conducteur offset de métier,
travaille principalement sur les machines
d’impression couleur, occasionnellement
sur les presses numériques noir et
blanc. Amateur de courses de montagne très
longue distance – un bon exemple en est la
« Diagonale des Fous » sur l’île de la Réunion
-, « Manu » a commencé à l’imprimerie de
l’OMS en 2001. Comme chacun, il est polyvalent
et peut même avoir à renseigner un
client sur les possibilités de finition et les
démarches pour une commande. Il s’est très
vite adapté au numérique avec toutefois
une certaine nostalgie, ressentie aussi par
ses deux collègues, pour l’offset.
Xavier Duparc vient de l’École des Arts
graphiques de Grenoble (France) où il a
appris le métier d’imprimeur. Ses vingt ans d’OMS lui ont permis d’apprécier l’évolution
de l’impression dans cette organisation. Il
s’enorgueillit d’avoir utilisé les trois principales
techniques d’impression, de « l’âge
du plomb » (la typographie) aux presses
numériques de haute capacité, en passant
par l’offset, sa méthode préférée car elle
permettait plus de créativité et l’utilisation
constante de ses connaissances et de son
savoir-faire. Son expérience et sa polyvalence
lui permettent de travailler sur tous
les postes de l’imprimerie. Il remplace
également le responsable d’atelier lorsque
les circonstances l’exigent. Ses hobbies : la
course à pied et la plongée sous-marine,
qu’il pratique lors de voyages aux quatre
coins du monde.
Claude Maillard, photographe-monteur copiste offset, est entré à l’OMS en 2000 après avoir travaillé seize ans comme reporter photographe dans le domaine du sport automobile. Outre l’emploi des presses numériques, l’utilisation très occasionnelle de la caméra de reproduction, de la flasheuse et de la table de montage, malheureusement bientôt obsolètes, lui permet de conserver ses acquis typographiques. Ce passionné de déserts et de volcans – voyages qu’il partage avec les lecteurs du magazine UN Special à travers ses reportages – regrette la disparition progressive de l’imprimerie traditionnelle.
Odette Lugrin connaît depuis toujours le domaine de l’imprimerie et a roulé sa bosse tant dans le secteur privé que dans celui des entreprises et organisations internationales, en ayant privilégié toutefois son rôle de maman. Son expérience en fait une alliée efficace et zélée dès 1979 déjà, pour les conférences de janvier et de mai. Chaque produit fourni par DUP passe entre ses mains expérimentées pour l’assemblage, l’encollage ou l’agrafage et la finition, après qu’elle en ait vérifié la conformité avec le bon-à-tirer, car elle règne seule dans son atelier où quatre grosses machines demandent des réglages minutieux et des manipulations répétées de chaque pièce, comme pour la finition en dos carré, par exemple. L’utilisation de la modulène pour l’agrafage en piqué pli de formats A4, A5 ou bâtard nécessite une attention et une précision encore renforcées, car de nombreux paramètres sont à observer pour chacun des seize modules en fonction de l’épaisseur et du format du document : aspiration et soufflerie de l’air, montage du plateau, bras de transport...
Ces réglages devant bien sûr être effectués
manuellement.
Pièce après pièce, elle surveille les produits
au fil du processus de finition, détectant le
moindre défaut. Sa présence constante est
indispensable pour éviter des erreurs ou
problèmes pouvant impliquer des retards
de production et de livraison. Elle a aussi
d’autres travaux annexes, finition Wiro ou
Ibico, rainage, perforation, contrôle des
fournitures telles que colle, bobines de
fil à agrafer et autres matériels, sait aussi
manier le pinceau à colle et le tournevis
et bichonne ses « protégées » pour éviter la
panne, ces machines demandant un entretien
régulier. Elle reçoit aussi le personnel
d’unités venant réceptionner leur remote-printer et tient à jour les fiches de travaux
et autres formulaires. Odette est le maillon
indispensable à la finition des produits imprimés
à l’OMS.
1 Les premiers ouvrages imprimés, appelés incunables, étaient gravés ou sculptés en creux, sur une planche complète, d’une seule pièce : les incunables tabellaires ou xylographiques. Avec l’avènement de l’imprimerie apparurent les incunables typographiques, dont les caractéristiques étaient constantes : des marges irrégulières, un papier épais (pur chiffon), en caractères gothiques et, à partir de 1465, en caractères romains; pas de page de titre, colophon (du grec achèvement) mentionnant nom et adresse de l’imprimeur souvent précédé de « venundantur » (sont vendus), texte assez dense sur deux colonnes ou à longues lignes ; la majeure partie de la production était de format in-quarto. Les premiers imprimeurs utilisaient trois repères : les signatures – chaque cahier est désigné par une lettre de l’alphabet suivie d’un chiffre pour chaque feuillet ; le registre – à la fin du livre, il indique le premier mot de chaque cahier ; et la réclame – premier mot de chaque cahier annoncé à la fin de chaque cahier précédent. La pagination apparaîtra en 1499.