UN Special 60 ANS

PAROLE DE RÉDACTEURS

Quels sont vos meilleurs souvenirs autour du journal?
Quelques rédacteurs nous répondent

CHRISTIAN DAVIDCHRISTIAN DAVID
Que représente pour vous UN Special ?
L’aventure avec ce magazine, c’est un premier rendez-vous manqué en 2001. Agent de sécurité je suis à New York, en renfort au siège. J’envoie un long article à une rédactrice, qui, j’aime à le croire. oublie de le transmettre. Peu importe, il paraît dans la presse locale. Quelques années passent, je suis représentant du personnel à la sécurité. Je publie à l’époque un bulletin d’information. Après avoir lu un article de J.M.  Jakobowicz qui dénigre, avec un réel talent, la sécurité, je lui réponds sur le même ton en prenant le contre-pied de ses arguments : exercice de style. Jean Michel demande à me rencontrer et m’embauche. Je suis tout de suite fasciné par le fonctionnement de ce magazine, j’apprends « sur le tas » pendant quelques années.

Quels sont vos meilleurs et / ou pires souvenirs ?
Mes souvenirs sont divers, ils vont de la panique après avoir accepté, en 2007, le poste de rédacteur en chef au réel plaisir de la recherche, de la gestation, de la naissance et de la communication de l’évènement. UN Special ce sont avant tout des rencontres humaines, des échanges interculturels sur un pied d’égalité quelque soit la personne, son rang, son statut. Ce sont aussi des prises en charge de dossiers parfois compliqués qu’il faut maîtriser avant de rencontrer la personne interviewée. Le magazine permet d’avoir une vision externe et un certain recul par rapport au fonctionnement de l’organisation et de pouvoir comparer avec l’environnement international par le biais des collègues qui envoient leurs articles.

UN Special est une petite entreprise dans laquelle un nombre de paramètres important doivent être maîtrisés afin de pouvoir permettre l’essentiel : l’écriture, la communication et l’envie de lecture.

C’est enfin une fierté d’assurer la continuité d’un magazine chargé d’Histoire et d’histoires.

MARIA DWEGGAH MARIA DWEGGAH, WHO
What’s your best and/or worst memory?
My special/memorable moments that stand out for me over the past twelve years. Well, there are two, actually three, well maybe five:

One. The November 2006 issue where the young woman from China was featured on the cover page and the resulting publicity for her in the Chinese press and for the UN Special. Thank you Shuibao.
Two. The positive feedback received by readers as well as the sometimes negative comments. It gets quite discouraging at times and you want to quit. Luckily, the positives outnumber the negatives.
Three. This was an especially memorable moment, the production of the September 2007 issue which was focused on Ethiopia. Four of us on the Editorial Board, David, Rachel, and Pierre travelled to Ethiopia for ten days. We met up with our colleague Seble in Addis. She planned our travel, accommodations, our appointments, our cultural events. They were very busy ten days, many without sleep but filled with wonderful moments, stories and discoveries.
Four. Working as a team with a group of colleagues, devoted to putting out a good product... I loved the day we spent in Talloires organized by Emmanuelle. First there was a training given by our colleague Pierre on photography, followed by a superb meal at a top notch restaurant on Lake Annecy. I had never been to the lake before.
Five. The progression over the years of the magazine headed by Jean Michel followed by Christian as Editors.
Six... well, I said five. But six is the professionalism of my colleagues on the Board, their dedication, hard work and camaraderie, notably André and his perseverance to increase distribution and his negotiation skills, Evelina and her poetic/dreamy/cultural/historic side of life; Sergio, his photographic/artistic outlook, Claude and Joëlle, the newest recruits with colourful stories and pictures of far away lands ...
Seven. The contributors... Keep those articles coming... and
Eight... Monique. She played a very important role when we were reaching out to readers. Her entrepreneurial skills cannot be beaten.

CLAUDE MAILLARDCLAUDE MAILLARD
Journaliste-photographe dans le sport automobile, puis imprimeur à l’OMS, je suis correspondant pour le UN Special depuis 10 mois.

Que représente pour vous UN Special ?
Dans ma jeunesse, j’ai travaillé pendant seize ans comme journaliste-photographe pour des revues automobiles françaises (Auto-Hebdo et Échappement). J’ai quitté ce milieu pour des raisons personnelles. Mais j’avais toujours l’envie d’écrire et surtout la passion de la photo. J’ai retrouvé avec plaisir le monde de la presse grâce à UN Special qui m’a donné l’occasion de faire profiter aux autres de mes expéditions dans les déserts et sur les volcans, mes nouvelles passions.

UN Special me permet aussi de pouvoir mettre en avant des employés des services généraux de l’OMS, personnel souvent mal considéré par une certaine partie de la haute hiérarchie, mais sans qui l’organisation aurait bien du mal à tourner!

Quels sont vos meilleurs et / ou pires souvenirs ?
Pas de meilleur souvenir en particulier, à part peut-être avoir pu faire la connaissance d’un vrai passionné, Guy Nègre. Après de longues années de travail, a pu enfin commercialiser sa fameuse voiture qui fonctionne à l’air. Mais les meilleurs moments, c’est lorsque des collègues de l’OMS me remercient pour leur avoir fait passer un bon moment d’évasion lorqu’ils ont lu mes articles.

Couverture préférée : janvier 2009

EVELINA RIOUKHINA EVELINA RIOUKHINA, UNECE
Evelina Rioukhina has been working with UN Special since 1997, Editorial Board – 2000, Assistant Editor – 2008

What does UN Special represent for you?
It’s very simple: it’s my breath, my secret garden, my mirror. My grandfather, who is my example, was a journalist and a diplomat, so was my father, my mother wrote articles and books on political science, and also lyrics. All my life, and now too, I’ve been surrounded by all sorts of manuscripts, articles and publications of my family. I’ve been writing for as long as I can remember, mainly lyrics and theatrical plays. My first article was published when I was 14. When she was about the same age I found pieces that my daughter had written, so it’s a “chronic family disease”.

I long dreamt of being a member of an Editorial Board, and to be able to write freely on subjects of my choice. In this sense, UN Special gave me the chance to realize my dream and to keep my independence of expression, which for me is very important. For me UN Special is more than just something I love, it is my dedication, my passion, my inspiration, my devotion, it is also my teacher, my child, my beloved, who has given me inspiration, courage, strength, without which my life would not be the same. I simply cannot imagine life without UN Special !

What’s your best and/or worst memory?
I don’t have bad memories at all. Good memories? I don’t think that word is relevant. There are very deep, very emotional memories that deeply affected me personally: the tragic accident in Mongolia that took the lives of two of my next-door colleagues of OCHA in 2001 and then our project on the Memorial that UN Special implemented together with the UNOG Director-General and also with the support of the former Secretary-General.

Still the most striking and horrible memory was the activity that I organized for the children hostages in Beslan. Difficult emotionally were issues with 11 September, Iraq, the tsunami. All issues reflecting human tragedies are extremely difficult and marked me profoundly. At the same time I am proud that UN Special gives us, to my colleagues and me, the real possibility to do something concrete. I’m always afraid that we don’t do enough, I do hope that we will be able to do more within UN Special, for disabled children, for example, and some other important projects.

JEAN MICHEL JAKOBOWICZ JEAN MICHEL JAKOBOWICZ
Que représente pour vous UN Special ?
Nous nous sommes rencontrés en 1981 et nous avons vécu vingt-sept ans ensemble. Vingt-sept ans faits d’amour, de haine, de colère, de moments de déprime et d’autres exaltations.

Notre rencontre a été fortuite : j’étais au Conseil, il manquait un rédacteur pour représenter l’ONU au comité de rédaction d’UN Special sous le règne de Ned Willard de l’OMS. L’aventure m’a parue intéressante et sans bien réfléchir je me suis laissé embarquer tout d’abord comme rédacteur pour finir pendant les douze dernières années, jusqu’en 2008, comme rédacteur en chef.

UN Special a été pour moi une merveilleuse soupape de sécurité, pour lutter contre la bêtise de notre bureaucratie. La sacro-sainte liberté de la presse m’a ainsi permis de traiter notre administration de tous les noms. De dénoncer l’absurdité de ses pseudo-innovations comme le PAS de triste mémoire ou bien encore le système de rotation à 360° qui permet au plus malin de faire le tour de son bureau tout en récoltant au passage une promotion. Le revers de la médaille c’est qu’ UN Special n’est ni bon pour la carrière, ni bon pour les nerfs. A chaque fois qu’un numéro sortait j’avais tendance à fermer les yeux pendant une heure ou deux en attendant le ou les coups de téléphones qui me signaleraient les bêtises que j’avais pu commettre. Faire onze numéros par an relève parfois de l’exploit. Je peux bien vous avouer maintenant qu’en période de disette, il m’est arrivé d’écrire l’intégralité du magazine à moi tout seul en utilisant des pseudos. Heureusement, dans les dernières années j’ai eu la chance d’avoir un comité de rédaction super et prolixe toujours prêt à aider.

Quels sont vos meilleurs et / ou pires souvenirs ?
Des souvenirs positifs il y en a des centaines : dicter au téléphone mes corrections sous la pluie dans une cabine téléphonique à Hong Kong, interviewer des gens formidables comme notre collègue Charlotte qui à 104 ans était pleine d’une énergie vitale incroyable. Elle me racontait avec gourmandise qu’elle allait aller passer des vacances avec son fils de 85 ans en Italie et que chaque année elle partait toute seule pour les Etats-Unis. Le secret de sa longévité : un petit verre de Bordeaux par jour et une cigarette par semaine ! Ou bien encore, des personnes impressionantes comme Mme Robinson, qui m’a tellement fascinée que je n’ai absolument pas suivi ce qu’elle m’a dit. Ou bien encore KofiAnnan qui alliait gentillesse avec intelligence et qui même dans les périodes difficiles a toujours eu un petit moment pour UN Special.

C’est vrai qu’il y a eu des interviews plus difficiles comme celle de Mme KoffiAnnan qui parlait d’une voix tellement douce que mon enregistreur n’a absolument rien enregistré. Ou bien encore ce chef d’agence qui m’a longuement parlé mais au bout du compte en écoutant l’enregistrement je me suis aperçu que non seulement il n’avait pas fini une seule phrase mais qu’en plus il n’avait absolument rien dit. J’ai donc tout bonnement inventé son interview qu’il a beaucoup aimée.

Les moments les plus pénibles : une interview du directeur général de l’ONU qui parut avec la photo d’un plombier de l’OMS en tenue. Ou bien encore le scandale provoqué par la photo en couverture d’une candidate à Miss France qui allait au lycée de Ferney et qui m’a valu une pétition signée par un millier de fonctionnaires en colère. Cette colère ne s’est éteinte qu’avec la publication d’un article sur le fait que Miss Univers avait été choisi comme ambassadrice de bonne volonté pour un programme des Nations Unies qui plus est un programme dirigé par une femme. En résumé : beaucoup de plaisirs, beaucoup d’amusement et pas mal de stress et de nuits blanches.

DAVID WINCH DAVID WINCH
Writer and Editor at UNS since 2001.

What does UN Special represent for you?
A good means to communicate among UN staff and, for me, a foothold in general-interest journalism. With its greatly improved layout/design and larger editorial group, there is room for a more professional product in years to come.

What is your best and/or worst memory?
I have few bad memories from UN Special, although lack of feedback from our readers is a negative, and many positive ones. Top among the good memories would be our 2007 mission to Ethiopia and the resulting special issue on the country (September 07). All volunteer labour but lots of fun and a good product. Being a reporter again and forced to come up with new story ideas is always stimulating.

SERGIO DA SILVA SERGIO DA SILVA
Que représente pour vous UN Special ?
Je travaille dans le Service des technologies de l’information et de la communication à l’ONU et je suis membre du comité de rédaction du magazine UN Special depuis une dizaine d’années, fondateur et président du Club Photo International à l’ONU et membre du Comité des activités culturelles de l’ONU à Genève. Mes intérêts vont dès les voyages aux activités artistiques et culturelles. J’aime le ski de piste, les activités nautiques et plus récemment le golf et les vols en montgolfière.

Je ne peux que me réjouir de faire partie d’une équipe d’amateurs enthousiastes et volontaires, qui comme moi, cherchons à partager nos quelques connaissances, expérience ou points de vue à l’ensemble de nos collègues.

Quels sont vos meilleurs et / ou pires souvenirs ?
UN Special est un magazine d’information qui m’a laissé de très bons souvenirs, tels que la préparation du livre du riz à l’occasion de l’année internationale qui lui a été consacré en 2004, l’organisation de séminaires à l’intention du comité de rédaction de notre magazine grâce au concours du Club suisse de la presse et des associations de presse étrangère en suisse, ou la visite de travail au magazine L’Express pour nous confronter au travail des « vrais pros » du métier.

Je me suis beaucoup amusé avec la préparation de beaucoup d’articles, sans oublier celui sur l’origine de l’arobase et très sensibilisé par la réaction émue de nos collègues lors de la cérémonie d’attribution de médailles pour leur nombre d’années passées au service de l’organisation et surtout, j’ai été profondément touché à l’occasion de l’attentat qui a couté la vie à plusieurs de nos collègues en Irak en 2003.

JOËLLE MENETREYJOËLLE MENETREY
Joëlle Menetrey travaille depuis huit mois comme rédactrice à UN Special et depuis 1995 comme proofreader au service de traitement de texte français de l’OMS.

Que représente pour vous UN Special ?
UN Special traite de sujets très intéressants, très instructifs et les articles concernant les conditions de travail du personnel des Nations Unies sont nécessaires à leur amélioration. La variété des sujets traités évite la lassitude dans la lecture de ce magazine. J’ai plaisir à partager les thèmes que j’aborde avec les lecteurs et les membres du comité de rédaction.

Quels sont vos meilleurs et / ou pires souvenirs ?
Avoir été invitée à assister à la réunion du comité de rédaction dès mon premier article et avoir été acceptée d’emblée.

Que d’agréables et bénéfiques souvenirs – pas de mauvais !

Meilleur article : édito de juillet / août 2009
Couverture préférée : janvier 2009

JACK WOODAL JACK WOODAL
What does UN Special represent for you?
I joined WHO/HQ in 1981 and soon complained to the Editor of UN Special about the copy-editing – so he drafted me! Over the years I also became a contributor and associate editor. In 1992 I took over the editorship from Nedd Willard and Peter Ozorio, and in 1994 handed it over to Jean Michel Jakobowicz.

What’s your best and/or worst memory?
My worst memories were three. For the 500th issue I persuaded the publisher, at the last minute, to give UN Special its very first colour cover. But then couldn’t find a suitable non-copyrighted picture by the deadline, so it ended up with a joint design by me and the layout technician. It was supposed to show UN Special gliding towards the rainbow’s end in a glorious future, with a diminishing perspective similar to the titles of “Star Wars” scrolling into the distance, but which one critic compared to a
Crayola advertisement! That edition may not even have been the exact 500th, because there was a numbering mistake around issue No.50, and the archives in the library were incomplete. But the commemorative issue was distributed free to agencies like
the ILO who did not normally contribute to UNS or distribute it.

The second bad occasion was when an article was scrambled irretrievably in the layout on the day the issue was to go to press, and I had no pending article with which to replace it. I did not want to leave a blank page, so that page appeared illegibly in the magazine. But there was only one complaint about that — from the author of course (I’m not sure what that says about
the level of interest of the thousands of UN Special readers). The article was printed in clear in the next issue.

The third was when I reprinted a newspaper article alleging that the Scots had the worst diet in the world, and the poor health outcome of such a diet, citing a partiality for fried dough as a particularly flagrant example. A reader – who wasn’t even a Scot by his name – wrote telling me he was going to sue UN Special, and me in particular, for libel! But after a couple of sleepless nights I gave up worrying, and I never heard anything more from him.

Among my best memories, two stand out. One was being able to write the Editorial about whatever took my fancy, and print my own original articles on a wide range of subjects, from straight reporting to science fiction stories (there was a lack of original material submitted by other staff members). The other was having a Press Pass that got me into the front row of a press conference by the Dalai Lama, who exuded bonhomie the whole time (in contrast to his sad demeanour lately), and into the UBS reception for ex-President Gorbachev, to honour his foundation in aid of green projects. Gorbachev was presented with a large parcel from the UBS President. Quipping that he hoped it was money, Gorbachev unwrapped it, and to his barely concealed disappointment found it was a painting of Geneva. All in all, being Editor of UN Special brought a lot of satisfaction – I hope to the readers as much as to me.

ANDRÉ ROTACHANDRÉ ROTACH
Quels sont vos meilleurs et / ou pires souvenirs ?
Mon plus mauvais souvenir avec UN Special : les « difficultés » que j’ai eues avec deux directeurs, suite à mes articles sur les groupes paritaires alors que je n’écrivais que la vérité tout en profitant de faire des propositions constructives.

Mon meilleur souvenir avec UN Special : la sortie du fascicule sur les randonnées avec toutes les réactions positives et remerciements que j’ai reçus.

NEDD WILLARDNEDD WILLARD
What does UN Special represent for you?
Ah, the UN Special in its ups and downs! I can barely remember when I first took over the Editorship of UN Special. Probably when I was also Editor and Chief of World Health Magazine. The first UN Specials were all in black and white but later someone suggested adding advertisements. When we did, there were covers and photos to print in color at last.

My predecessor had kept all the texts mild and harmless. I decided one of my tasks was to wake people up and be unafraid of using irony. Most people liked that and a few did not. Provocation in my articles and covers such as, “Are Women necessary!” elicited letters of all kinds, particularly from women who felt aggrieved even though the last lines clearly stated that if women no longer existed, the man and woman tango would stop forever. Interestingly enough, “Are men necessary!” was tough on men but elicited no written replies.

My successor, Jean-Michel Jakobowicz, was a true French wit and keen observer of the world around us. So let’s hope that this kind of reportage surfaces again and survives.

What’s your best and/or worst memory?
It was a joy to write editorials and travel writings and still is. But today it seems some want to go back to the milk toast of the past. In any case, they have my hearty good wishes for success.

CLAUDE CITTON CLAUDE CITTON
Que représente pour vous UN Special ?
Une plate-forme d’expression, dans un milieu international qui est censé inspirer ses valeurs essentielles au monde contemporain, mais qui souvent, en réclamant tous les droits pour tous les humains, s’en tient à des dogmes rigides ou à des apparences. Cela dans un monde conduit par des bourgeoisies (mon mandat a suivi la fin des bureaucraties politiques) qui ont gardé la vanité du « Bourgeois gentilhomme » de Molière, mais avec évidemment beaucoup plus de puissance, beaucoup plus de prétentions et un rôle planétaire.

Pendant mon mandat mon comité de rédaction et moi-même avons reflété au mieux les activités et les causes et les activités culturelles des organisations internationales qui recevaient UN Special, de leurs services et des associations et ONG actives dans ces organisations (pour ne donner qu’un exemple dans un court article les jeux interorganisations occupaient annuellement une vingtaine de pages, pour couvrir toutes les disciplines et toutes les organisations). Mais il y avait aussi un débat d’idées, qui personnellement me paraissait essentiel dans un monde superficiel et affecté. Ce débat était une source de profondeur et de sincérité.

Aujourd’hui, alors que la civilisation matérialiste animée par les élites contemporaines semble approcher d’un crépuscule, avec ses milliards de pauvres, son milliard d’affamés et ses dizaines de millions de morts prématurées annuelles, même si elle ne cesse de crier « O les beaux jours », comme dans la pièce de Samuel Beckett, ce débat d’idées me semble rétrospectivement encore plus précieux, surtout dans une Genève dont le passé est animé de sursauts de l’esprit.

Quels sont vos meilleurs et / ou pires souvenirs ?
Mon meilleur souvenir a part cette contributions la réaction de nombreux fonctionnaires internationaux et d’ONG à ce que je viens d’appeler un débat d’idées. Il y a eu des responsables des administrations et des conseils du personnel (en minorité) mais surtout des personnes qui n’étaient pas très en vue, pas très influentes ni appuyées, qui apportaient des contributions parfois, mais qui surtout m’encourageaient dans les couloirs. C’était une sorte de monde international second, où il y avait des préoccupations de maintien de l’emploi et de promotions, et assez souvent des victimes d’abus. J’avoue qu’à un moment j’ai espéré qu’UN Special stimulerait un changement général de mentalités, mais c’était quand même trop espérer.

Mon plus mauvais souvenir : il y avait un manque de moyens et de temps. Je me souviens d’un entretien avec le chef de l’administration de l’ONU au cours duquel je voulais plaider pour un peu plus de temps accordé aux rédacteurs : dans un rendezvous qui avait demandé des mois il a passé une vingtaine de minutes à m’expliquer qu’il aurait aimé être plus jeune, puis il s’est excusé, se déclarant occupé. Au bout de trois ans je suis parti, pour ma santé et pour un mariage exotique. Mon pire souvenir a été postérieur à la fin de mon mandat. Deux textes que j’ai envoyés à UN Special ont été obscurément rejetés. Un émanait d’un des plus hauts fonctionnaires de l’ONU, qui était prêt à mettre son nom et son titre derrière un projet de séminaires sur les droits de l’homme à l’intention des fonctionnaires internationaux. Ce n’était pas superflu : j’avais personnellement relevé, et exposé dans les colonnes d’UN Special, une assez large discrimination raciale dans le logement des fonctionnaires internationaux et d’une manière plus ambiguë dans l’emploi, couverte par un impérieux tabou (je parlais plus haut d’apparences ; voir UN Special d’août 1991), l’arbitraire dans beaucoup de recrutements, le licenciement des plus faibles (des temporaires qui n’avaient pas la protection sociale courante en Europe) en période de réduction de postes, etc. Le second texte, de moi, était un schéma de changement de civilisation, présenté discrètement et métaphoriquement.

MICHEL SCHNEGG MICHEL SCHNEGG, GRAPHISTE
L’UN Special est formidable ! C’est ce que je me dis à chaque clôture du numéro. Au début, par contre c’est pas la même sensation, quand je reçois le cornet rempli de manuscrits, photos, CDs et autres objets hétéroclites, j’ai plutôt l’impression que je ne vais jamais y arriver !

Et F. qui oublie systématiquement d’écrire un titre à ses articles, et G. qui me renvoie huit versions différentes du sien, et les photos qui sont trop sombres ou de la taille d’un timbre-poste... Alors commence un long travail, heureusement que ma photothèque personnelle est bien garnie, je peux illustrer un article avec une image de mes vacances; suggérer un titre, et j’en profite pour dessiner des moustaches sur le portrait de la personnalité du mois (histoire de voir si le rédac’chef contrôle bien mon travail avant de l’envoyer à l’imprimeur).

 
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