Fin mai 2009, une prairie à haute valeur écologique située dans le parc de l’ONU a été valorisée comme source de semences pour créer une nouvelle prairie de fauche diversifi ée. Cette opération s’est déroulée dans le cadre d’un projet de conservation mené depuis près d’une décennie par le bureau In Situ Vivo à l’échelle du Bassin genevois visant la préservation des dernières prairies traditionnelles originales et la conservation des ressources génétiques des plantes fourragères qu’elles abritent.
L’enjeu de cette démarche est de conserver la biodiversité locale et les ressources génétiques des milieux prairiaux tant menacés sur l’ensemble du plateau suisse, véritables joyaux floristiques, faunistiques et paysagers. Par la mise à disposition de cette prairie, l’ONU participe concrètement à la sauvegarde du patrimoine prairial local et à son exploitation respectueuse et durable. Création de nouvelles prairies à haute valeur écologique à partir de la prairie fleurie de l’ONU.
Située dans l’enceinte de l’ONU, la prairie utilisée comme source de graines pour ensemencer une parcelle agricole de la commune vaudoise de Chavannes-des- Bois est vaste d’un hectare environ. Sur le plan floristique, elle s’apparente aux prairies mi-sèches médio-européennes que les scientifiques désignent par le terme de Mesobromion, en référence à sa plante caractéristique, le Brome dressé.
La duplication de ce bijou floristique qui comprend plusieurs espèces d’orchidées a été effectuée dans le cadre du projet agroenvironnemental « Eco Terre Sainte », dont l’un des objectifs est la sauvegarde des milieux prairiaux traditionnels de la région. La prairie source et la prairie cible sont liées génétiquement et c’est pour cela que l’on parle plus volontiers de prairies mère et fille.
Avec le temps qui lui permettra de trouver son équilibre dans son nouvel environnement, la fille ressemblera de plus en plus à sa mère Elle pourra alors à son tour servir de source pour ensemencer d’autres prairies, les petites filles de la praire de l’ONU. Elles seront à leur tour dépositaires du patrimoine floristique et génétique légué par leur aïeule.
Le projet « Eco Terre Sainte » s’étend sur les territoires des huit communes vaudoises de « Terre-Sainte ». Il est promu par un groupe d’agriculteurs de la région, ayant obtenu l’appui de la Confédération, du Canton de Vaud, des communes concernées et du Conseil régional du district de Nyon. Son objectif est la revitalisation paysagère de la région par la constitution d’un réseau complet de milieux naturels et semi-naturels — haies, bois, vergers à haute-tige et milieux herbacés diversifiés. Dans ce réseau, les prairies occupent une place très importante, puisqu’une collection de prairies naturelles à haute valeur écologique de plus de cinquante hectares y sera créée par la duplication des milieux traditionnels et caractéristiques de la région, à l’instar de la prairie source de l’ONU.
La méthode employée pour la duplication des prairies, dite de la « Fleur de foin » est des plus simples. Elle consiste à prélever le foin d’une prairie à maturité pour l’épandre sur une nouvelle surface préparée pour le recevoir. En tombant sur la nouvelle parcelle, les graines contenues dans le foin donneront naissance à une prairie fille apparentée à la prairie d’origine.
Un vrai petit miracle ! La prairie de l’ONU sera ainsi conservée sur d’autres terres garantissant la sauvegarde de la biodiversité locale.
Un élément de patrimoine menacé
Les prairies de fauche issues d’une forme
d’exploitation agricole traditionnelle riches
en espèces sont en forte régression en
Suisse et a fortiori sur le Plateau suisse.
Certaines de leurs espèces caractéristiques
sont menacées, d’autres proches de l’extinction.
Aujourd’hui, face à l’évolution
extrêmement rapide de nos paysages, ce
constat justifie que l’on s’attache à conserver
les prairies traditionnelles encore existantes et que l’on s’applique à les étendre et à les
multiplier.
Les prairies naturelles de fauche ont été créées par des siècles de pratiques agricoles, elles ont conféré à nos paysages ruraux leurs couleurs changeantes. De plus près, elles apparaissent comme autant d’univers, prodigieusement diversifiés, riches en fleurs et en animaux, éclatantes.
Fleur de foin et développement
durable
La méthode d’ensemencement par la Fleur
de foin s’inscrit parfaitement dans la perspective
du développement durable. Elle fait
la part belle aux acteurs locaux (agriculteurs,
propriétaires, communes), leur permettant
de se ré-approprier un processus qu’ils maîtrisaient
autrefois totalement. Elle redonne
aux acteurs locaux un rôle central dans la
préservation d’un patrimoine fragile qu’ils
ont contribué à sauvegarder au travers des
siècles. Enfin, elle confie à l’initiative et à la
compétence locale la conservation et la diffusion
de ce « capital » génétique irremplaçable.
Un objet de préoccupation national
Il faut rappeler que dès 1997, le Rapport
sur la réalisation, en Suisse, du plan d’action
mondial de la FAO pour la conservation et
l’utilisation durable des ressources phytogénétiques
pour l’alimentation et l’agriculture
soulignait le lien qui, dès sa conception, a
uni la conservation de la diversité biologique
sur le plan national à la compensation écologique
dans l’agriculture. Ce même rapport
mettait en évidence la responsabilité cruciale
que porte la Suisse pour la sauvegarde des
plantes fourragères et ce en comparaison
internationale. Cette constatation a mené le
pays à signer, puis ratifier en 2005 le Traité
international sur les ressources phytogénétiques
pour l’alimentation et l’agriculture.
L’application de la méthode de la Fleur de foin dans le cadre de Réseaux environnementaux ou d’autres projets de revitalisation du paysage constitue la voie à suivre pour assurer d’une part la conservation et d’autre part la diffusion des associations prairiales caractéristiques de la Suisse dont la valeur exceptionnelle en comparaison internationale est reconnue depuis 1997 par la FAO qui écrivait alors dans son rapport sur la réalisation en Suisse de son Plan d’action mondial pour la conservation et l’utilisation durable des ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture » que « L’Europe centrale, de l’ouest et du nord n’est pas un centre d’origine d’espèces à l’exception de certaines plantes fourragères. Pour les espèces de plantes fourragères, les écotypes suisses sont d’importance internationales. »
Ainsi, toute notre gratitude va aux collaborateurs et responsables du site genevois de l’ONU pour leur participation à cette démarche en destinant sa prairie de fauche à haute valeur écologique à l’ensemencement de nouvelles parcelles situées au sein de nos projets environnementaux.
Nous remercions aussi Michel Vauthey pour nous avoir mis en relation avec les responsables du parc de l’ONU.