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PRAIRIES NATURELLES ET DÉVELOPPEMENT DURABLE L’EXEMPLE DE LA PRAIRIE DE L’ONU, UN JOYAU DE NOTRE PATRIMOINE NATUREL ET CULTUREL

Prairie fleurie
Prairie fleurie à haute valeur écologique de l’ONU, prairie mûre prête à être utilisée pour l’ensemencement d’une nouvelle prairie, juin 2009

SYLVIE VIOLLIER SCHAERRER ET YVES BISCHOFBERGER

Fin mai 2009, une prairie à haute valeur écologique située dans le parc de l’ONU a été valorisée comme source de semences pour créer une nouvelle prairie de fauche diversifi ée. Cette opération s’est déroulée dans le cadre d’un projet de conservation mené depuis près d’une décennie par le bureau In Situ Vivo à l’échelle du Bassin genevois visant la préservation des dernières prairies traditionnelles originales et la conservation des ressources génétiques des plantes fourragères qu’elles abritent.

L’enjeu de cette démarche est de conserver la biodiversité locale et les ressources génétiques des milieux prairiaux tant menacés sur l’ensemble du plateau suisse, véritables joyaux floristiques, faunistiques et paysagers. Par la mise à disposition de cette prairie, l’ONU participe concrètement à la sauvegarde du patrimoine prairial local et à son exploitation respectueuse et durable. Création de nouvelles prairies à haute valeur écologique à partir de la prairie fleurie de l’ONU.

Située dans l’enceinte de l’ONU, la prairie utilisée comme source de graines pour ensemencer une parcelle agricole de la commune vaudoise de Chavannes-des- Bois est vaste d’un hectare environ. Sur le plan floristique, elle s’apparente aux prairies mi-sèches médio-européennes que les scientifiques désignent par le terme de Mesobromion, en référence à sa plante caractéristique, le Brome dressé.

La duplication de ce bijou floristique qui comprend plusieurs espèces d’orchidées a été effectuée dans le cadre du projet agroenvironnemental « Eco Terre Sainte », dont l’un des objectifs est la sauvegarde des milieux prairiaux traditionnels de la région. La prairie source et la prairie cible sont liées génétiquement et c’est pour cela que l’on parle plus volontiers de prairies mère et fille.

Avec le temps qui lui permettra de trouver son équilibre dans son nouvel environnement, la fille ressemblera de plus en plus à sa mère Elle pourra alors à son tour servir de source pour ensemencer d’autres prairies, les petites filles de la praire de l’ONU. Elles seront à leur tour dépositaires du patrimoine floristique et génétique légué par leur aïeule.

Le projet « Eco Terre Sainte » s’étend sur les territoires des huit communes vaudoises de « Terre-Sainte ». Il est promu par un groupe d’agriculteurs de la région, ayant obtenu l’appui de la Confédération, du Canton de Vaud, des communes concernées et du Conseil régional du district de Nyon. Son objectif est la revitalisation paysagère de la région par la constitution d’un réseau complet de milieux naturels et semi-naturels — haies, bois, vergers à haute-tige et milieux herbacés diversifiés. Dans ce réseau, les prairies occupent une place très importante, puisqu’une collection de prairies naturelles à haute valeur écologique de plus de cinquante hectares y sera créée par la duplication des milieux traditionnels et caractéristiques de la région, à l’instar de la prairie source de l’ONU.

La méthode employée pour la duplication des prairies, dite de la « Fleur de foin » est des plus simples. Elle consiste à prélever le foin d’une prairie à maturité pour l’épandre sur une nouvelle surface préparée pour le recevoir. En tombant sur la nouvelle parcelle, les graines contenues dans le foin donneront naissance à une prairie fille apparentée à la prairie d’origine.

Un vrai petit miracle ! La prairie de l’ONU sera ainsi conservée sur d’autres terres garantissant la sauvegarde de la biodiversité locale.

Un élément de patrimoine menacé
Les prairies de fauche issues d’une forme d’exploitation agricole traditionnelle riches en espèces sont en forte régression en Suisse et a fortiori sur le Plateau suisse. Certaines de leurs espèces caractéristiques sont menacées, d’autres proches de l’extinction. Aujourd’hui, face à l’évolution extrêmement rapide de nos paysages, ce constat justifie que l’on s’attache à conserver les prairies traditionnelles encore existantes et que l’on s’applique à les étendre et à les multiplier.

Les prairies naturelles de fauche ont été créées par des siècles de pratiques agricoles, elles ont conféré à nos paysages ruraux leurs couleurs changeantes. De plus près, elles apparaissent comme autant d’univers, prodigieusement diversifiés, riches en fleurs et en animaux, éclatantes.

Fleur de foin et développement durable
La méthode d’ensemencement par la Fleur de foin s’inscrit parfaitement dans la perspective du développement durable. Elle fait la part belle aux acteurs locaux (agriculteurs, propriétaires, communes), leur permettant de se ré-approprier un processus qu’ils maîtrisaient autrefois totalement. Elle redonne aux acteurs locaux un rôle central dans la préservation d’un patrimoine fragile qu’ils ont contribué à sauvegarder au travers des siècles. Enfin, elle confie à l’initiative et à la compétence locale la conservation et la diffusion de ce « capital » génétique irremplaçable.

Un objet de préoccupation national
Il faut rappeler que dès 1997, le Rapport sur la réalisation, en Suisse, du plan d’action mondial de la FAO pour la conservation et l’utilisation durable des ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture soulignait le lien qui, dès sa conception, a uni la conservation de la diversité biologique sur le plan national à la compensation écologique dans l’agriculture. Ce même rapport mettait en évidence la responsabilité cruciale que porte la Suisse pour la sauvegarde des plantes fourragères et ce en comparaison internationale. Cette constatation a mené le pays à signer, puis ratifier en 2005 le Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture.

L’application de la méthode de la Fleur de foin dans le cadre de Réseaux environnementaux ou d’autres projets de revitalisation du paysage constitue la voie à suivre pour assurer d’une part la conservation et d’autre part la diffusion des associations prairiales caractéristiques de la Suisse dont la valeur exceptionnelle en comparaison internationale est reconnue depuis 1997 par la FAO qui écrivait alors dans son rapport sur la réalisation en Suisse de son Plan d’action mondial pour la conservation et l’utilisation durable des ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture » que « L’Europe centrale, de l’ouest et du nord n’est pas un centre d’origine d’espèces à l’exception de certaines plantes fourragères. Pour les espèces de plantes fourragères, les écotypes suisses sont d’importance internationales. »

Ainsi, toute notre gratitude va aux collaborateurs et responsables du site genevois de l’ONU pour leur participation à cette démarche en destinant sa prairie de fauche à haute valeur écologique à l’ensemencement de nouvelles parcelles situées au sein de nos projets environnementaux.

Nous remercions aussi Michel Vauthey pour nous avoir mis en relation avec les responsables du parc de l’ONU.

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