L’histoire des droits de l’enfant est très brève au regard des systèmes de droit dont l’humanité s’est dotée au fil de siècles pour limiter l’usage de la force. C’est une histoire façonnée par des figures éclatantes, et par des progrès conceptuels et juridiques constants mais discontinus.
La plus emblématique de ces figures est bien entendu celle de Janusz Korczak, ce pédiatre polonais qui le premier, dès avant la Première Guerre mondiale, avait milité sans relâche pour ce qu’il appelait « le droit de l’enfant au respect », titre de l’un de ses livres. Après la guerre, la Société des Nations, consciente de la gravité des massacres de civils qui avaient jalonné le confl it, avait élaboré une « Déclaration de Genève », liste de principes qui ne sont pas très éloignés de ceux de la Convention dont nous disposons aujourd’hui.
Pourtant Korczak s’était montré très critique à l’égard de ce texte dont il dénonçait le caractère incantatoire, non contraignant pour les Etats.
La Seconde Guerre mondiale éclate, balayant la SDN. Korczak, qui était juif, meurt assassiné à Treblinka avec les deux cents enfants qu’il aura jusqu’au bout tenté de protéger dans le ghetto de Varsovie. Après la fin de la guerre, il fallut pourtant attendre 1959 pour que l’on assiste à une véritable renaissance des droits de l’enfant, en quelques étapes:
Comment faire appliquer un texte aussi large et aussi exigeant Le principal mécanisme, dont l’existence est consacrée par la convention elle-même, est le Comité des droits de l’enfant des Nations unies composé de dix-huit experts indépendants et dont le secrétariat est assuré par le haut commissariat aux droits de l’homme de Genève. Ce comité examine les rapports que tous les Etats doivent lui remettre, d’abord dans les deux ans qui suivent la ratification par leur parlement, puis tous les cinq ans. Les dix-huit experts entendent d’abord les ONG et autorités indépendantes – lorsqu’elles existent – qui leur exposent leurs constatations. Plusieurs mois plus tard, le Comité auditionne le gouvernement du pays en cause, auquel il adresse ensuite ses observations.
En outre, le Comité émet régulièrement des recommandations générales sur la manière dont ce texte doit être observé par la communauté internationale. Rappelons que la convention est un traité de droit international auquel les pays ne peuvent pas se soustraire. Le rôle du Comité apparait ainsi, aussi bien pour l’examen de la situation individuelle des pays que pour l’élaboration de recommandations générales, absolument indispensable.
Pourtant, un certain nombre de pays ont jugé qu’il était nécessaire d’adjoindre à ce mécanisme une contrainte interne, sous la forme d’une institution indépendante qui joue le rôle d’une vigie, au coeur même des institutions nationales, fonction que j’ai exercée moi-même en France de 2000 à 2006. Il y a aujourd’hui trente défenseurs ou médiateurs, ou ombudsmans pour les enfants à travers l’Europe, une cinquantaine à travers le monde, et le mouvement de création ne cesse de prendre de l’ampleur, comme le démontre l’intérêt grandissant que ces institutions suscitent en Europe de l’est et en Afrique, notamment.
La situation des enfants dans
le monde
L’ensemble de ces mécanismes suffit-il à
assurer le plein respect de la convention
sur les droits de l’enfant A l’évidence non,
et je ne prendrai ici que quelques exemples
des violations massives qui subsistent dans
notre monde.
On peut déduire des quelques exemples qui précèdent que la convention et les divers mécanismes dont la communauté internationale s’est dotée pour assurer le respect des droits de l’enfant sont aussi indispensables qu’insuffisants au regard de la gravité des violations. Le monde n’en est qu’à l’aube de son combat pour les droits de l’enfant. Il s’est doté d’outils juridiques, politiques, institutionnels, qui sont de puissants leviers d’amélioration, et les Nations Unies ont joué un rôle moteur dans cette construction. Mais ce qui reste à accomplir est colossal. Cet engagement doit se poursuivre.
* Ancienne défenseure des enfants (France), 2000-2006. Médiatrice de la Ville de Paris. Expert de l’Organisation internationale de la Francophonie pour les droits de l’enfant