LE TOUR DU MONDE EN STOP...
CINQ ANNÉES À L’ÉCOLE DE LA VIE
1er janvier 2003. 21h30.
Sous la neige, Ludovic Hubler débute son
rêve. Il a décidé d’aller au bout de ses idées,
d’obéir à sa citation favorite « La vie n’est pas
un restaurant mais un buffet, levez-vous pour
vous servir » (Dominique Glocheux). Il lève
le pouce. Un Wallon s’arrête. Son tour du
monde est lancé.
Il voyage en voiture mais aussi en camion, en skidoo, en voilier, en cargo, en brise-glace même lorsqu’il s’agit de se rendre sur le continent Antarctique. Toujours en stop, proposant son aide lorsque cela est possible.
Partage du tour du monde en stop dans une école de jeunes filles près
de Kunduz dans le nord de l’Afghanistan.
« Le stop est pour moi une excellente école de vie, explique le jeune homme de 31 ans originaire de Strasbourg en Alsace: Une école de patience, de persévérance, d’attitude positive, de débrouillardise, d’ouverture d’esprit, de tolérance, de diplomatie. J’ai énormément appris par ce biais depuis mes débuts lorsque j’avais 16 ans ».
Sa technique pour aborder les conducteurs est astucieuse. Plutôt que d’attendre des heures le pouce en l’air au bord de la route, Ludovic se rend dans les stations service et entame la discussion avec les chauffeurs, un livre de photos et une carte du monde plastifiée représentant son trajet à la main. « Ce n’est ainsi plus les gens qui me choisissent mais moi qui choisis mes futurs conducteurs. Un excellent moyen de réduire le risque et d’augmenter mes chances d’être embarqué » affirme-t-il. Dans les bateaux, il propose ses services à bord pour voyager gratuitement: vaisselle, lavage du pont, boulot d’équipier...
« Le bateau-stop est plus difficile que l’autostop, affirme-t-il. L’un est une question d’heures d’attente et de recherches, l’autre de semaines ». Il a mis notamment deux mois pour trouver un bateau qui lui fasse traverser l’Atlantique. Dans le Pacifique, par deux fois, le voilier s’est heurté à des récifs, avec d’énormes frayeurs à la clé.
Fin de la route, début du désert de Gobi. 20h d’attente avant l’arrivée de
la première voiture.
La patience, la loi de l’auto-stop.
« Un doctorat de la route »
Pour tenir son budget de dix dollars par jour,
Ludovic dort dehors, dans les camions, dans
des hôtels à moins de deux euros la nuit
mais surtout chez l’habitant utilisant notamment
ses deux sites favoris www.couchsurfing.com et www.hospitalityclub.org: « deux
sites prêts à révolutionner le monde du
voyage » où des locaux du monde entier accueillent
pour deux-trois jours les étrangers
de passage contre quelques histoires de
monde. « Un moyen fabuleux de rendre le
voyage plus abordable et de permettre davantage
d’interactions entre touristes et locaux » explique-t-il. Au-delà des paysages magnifiques
qu’il a croisés aux quatre coins du
monde, c’est l’aventure humaine qu’il retiendra.
« Ce tour du monde est pour moi comme un
doctorat de la route, une étape logique et nécessaire
entre la fin de mes études (master
commerce international) et le début de ma
vie professionnelle. A la seule différence que
mes professeurs ne sont pas dans une salle
mais à mes côtés sur le siège du conducteur.
Qu’ils soient routiers, paysans ou ministres,
tous laissent quelque chose: une
trace, une sensation, une information, une vibration,
tous ont quelque chose à m’apprendre ». Il a appris infiniment sur lui-même
comme sur le monde.
Parti au départ pour deux ans, Ludovic a
finalement prolongé son aventure jusqu’au
1er janvier 2008, soit cinq ans plus tard. La raison?
« Je me suis rendu compte au fil du temps
que mon aventure était une mine d’or pour
approcher les écoles et universités et faire
passer un certain nombre de messages me
paraissant importants, notamment environnementaux ». Résultat: Ludovic s’en est allé
donner près de trois cent cinquante conférences
pendant cinq ans, dont cent quatorze
lors d’une tournée d’un an aux Etats-Unis et
au Canada. Il est aussi allé toquer aux portes
des écoles coraniques en Indonésie, au Pakistan
ou en Afghanistan « afin de partager
mon parcours mais aussi de provoquer un
dialogue me paraissant nécessaire. Nous devons
apprendre à mieux nous connaître [...].
La plupart des conflits sur terre trouvent leur
racine dans l’ignorance, terreau de l’intolérance » affirme-t-il.
D’aucuns diront que partir cinq années sur
les routes du monde à vingt-cinq ans est une
folie et qu’il est à cet âge plus sage de préparer
sa carrière professionnelle et de trouver
la femme de sa vie. Ludovic balaie l’argument
d’un revers de la main « cinq ans ne
constituerait que 5% de ma vie si je devais vivre
cent ans. Passer 5% de ma vie à essayer
de mieux connaître et comprendre le monde
qui m’entoure ne me paraît pas excessif » affirme-t-il. « Je suis aujourd’hui en accord avec
moi-même. Il n’y a rien de plus important
que cela ».
Projet pédagogique avec les enfants
de l’hôpital de Strasbourg
Avant de partir, il avait programmé des missions
humanitaires et un échange internet
(webcam, envois emails et photos) avec des
enfants atteints de cancer à l’hôpital de Strasbourg.
« Un moyen de permettre à ces enfants
peu épargnés par le destin de voyager autour
du monde par procuration et de penser à autre
chose que leur maladie l’espace de
quelques minutes ou quelques heures ». Ainsi,
5 années durant, les éducateurs de l’hôpital
ont utilisé son parcours comme support de
cours, enseignant le Brésil lorsque Ludovic
était au pays de la samba, faisant dessiner des
voiliers ou des manchots en Antarctique
lorsqu’il était dans l’océan ou des manchots
en Antarctique. « Internet est un moyen merveilleux
pour ces enfants de s’éloigner de
leur difficile réalité » mentionne-t-il.
Après avoir parcouru 170 000 kms dans cinquante-neuf pays avec mille trois cents
conducteurs de tous horizons, Ludovic a aujourd’hui
écrit un livre relatant son expérience
intitulé Le monde en stop... cinq années
à l’école de la vie (éditions Géorama). Il
travaille aujourd’hui sur un site internet dont
le but est d’encourager les voyageurs au long
cours de son espèce à se rendre dans les
écoles du monde, mettant notamment à disposition
une base de données de professeurs
intéressés par la venue d’un globetrotter
dans leur salle de classe. Il cherche
également à mettre son expérience au profit
des Nations Unies.
Plus de détails sur son site:
www.ludovichubler.com.
Son email ludovichubler@yahoo.fr

LUDOVIC HUBLER