MALTE LA REBELLE
L’archipel maltais se distingue par ses sept îles, dont seules
les trois plus grandes – Malte, Gozo et Comino – sont habitées.
En pleine Méditerranée, quelques 80 km le séparent du sud de
la Sicile et 230 km du nord de l’Afrique. S’il a trouvé maintenant
la sérénité territoriale, il fut l’objet de nombreuses convoitises.
Dès le Moyen Âge, l’île a subi de nombreuses conquêtes: les Normands, les Souabes, les Angevins, les Aragonais, les Espagnols, les Siciliens, les Français et les Anglais. En 1530, l’empereur Charles Quint accorda les îles de Malte à l’ordre des Hospitaliers de Saint-Jeande- Jérusalem, un ordre militaire mais religieux défenseur du Royaume latin de Jérusalem. Ces nouveaux possesseurs de l’archipel prirent le nom de Chevaliers de Malte. Ils furent généralement bien acceptés par les insulaires et marquèrent fortement l’île de leur empreinte en édifiant plusieurs fortifications (fort Saint Ange, fort Saint-Elme, fort Saint-Michel, etc.). Sous l’autorité du Grand Maître de l’Ordre, Jean Parisot de La Valette, les Maltais résistèrent au Grand Siège des Turcs de 1565. La Valette, la capitale, fut fondée l’année suivante. L’an 1798 marqua la fin du pouvoir des Chevaliers par la reddition de leur Grand Maître, l’Allemand Ferdinand von Hompesch, au Général Bonaparte. Mais assujettis à des lois promulguées par l’empereur qui le rendirent impopulaire, les Maltais se soulevèrent et firent appel à l’amiral anglais Nelson. Les Français durent se retirer de Malte après deux ans de siège. Les Britanniques ayant refusé de restituer l’archipel à l’Ordre de Malte (définitivement expulsé de l’île), l’île devint une colonie anglaise.
Malte, qui avait obtenu son indépendance du
Royaume-Uni en 1964, prit le nom de République
de Malte en 1974. Cet État arabophone
est l’un des très rares gouvernements
à démocratie parlementaire et, de plus, catholique.
Au cours de son histoire, l’île de
Malte a été arabisée, mais pas islamisée, ce
qui la rend si singulière, aussi par la diversité
des langues parlées sur l’île. Le maltais,
langue nationale utilisée par 95 % des insulaires,
est dérivé de l’arabe maghrébin parlé
dans l’archipel et transcrit en «alphabet latin
complété», et compte de nombreux emprunts
au sicilien et à l’italien.
Le 1er mai 2004, Malte fut acceptée, après
onze ans de négociations, comme premier
État arabophone membre de l’Union européenne,
et sa langue nationale devint aussi
l’une des langues officielles de l’UE.
Je ne saurais dire pourquoi la visite de cette
île, particulièrement, prit de l’importance à
mes yeux. Peut-être justement parce que,
pourtant si petite, elle a connu tant de batailles,
d’envahisseurs qu’on ne peut s’empêcher
de vouloir comprendre ce qui a motivé
tant de cultures différentes à la posséder.
Ou parce que, malgré tout si proche, elle
m’était encore inconnue. Ou tout simplement
son climat a-t-il influencé ma décision,
car certains moments de l’année dans notre
Haute-Savoie – pourtant si belle – poussent
à la désertion.
Nous entrons en contact avec l’une des particularités de cette île dès la sortie de l’aéroport. Nous avions connaissance que les Maltais ont gardé le système de circulation à l’anglaise, à gauche; mais lorsque nous prenons possession de notre voiture de location, nous constatons que le volant est à droite!
En sillonnant l’île de part en part pendant la
journée, nous rencontrons très peu de circulation;
peu de promeneurs ou d’amateurs de plage. Peut-être est-ce dû à la température
avoisinant les 42° C – ce qui rend la mer très
agréable, assez chaude pour que l’on soit
bien mais assez fraîche pour ôter cette moiteur.
Le soir venu, les rues, les quartiers s’animent,
et notre oreille écoute avec délectation
cette mélodie du maltais, composition où se
confondent anglais, arabe, italien et même
espagnol, autre singularité. Le soleil couchant
se reflétant dans la baie de Quawra
donne des teintes grandioses aux marais salants.
Nous admirons l’adresse des marins
menant leur bateau à bon port la nuit tombée,
se faufilant entre les embarcations.
Les vallons se succèdent, et s’ils ne paraissent pas très élevés, les villes peuvent pourtant avoir des rues en pente très raide, comme par exemple San Julian’s ou La Valette. Les maisons sont construites en pierre beige assez poreuse qui leur donne un aspect très imposant, adouci par de petits balcons suspendus. La dominance du style anglais mêlé d’architecture maghrébine leur confère un cachet inégalé.
Le littoral est bordé de criques très jolies, le
Nord se réservant les plages de sable fin.
Nous prenons une petite embarcation partant
de Wied’iz-Qurrieq – étroit bras de mer –
pour visiter la Grotte bleue. Selon la légende,
les sirènes envoûtaient de leurs chants les
marins s’aventurant près de ses falaises. Endroit
magique où l’eau, d’une transparence
absolue, dévoile le fond de la mer. Quatre cavernes
reflètent les brillantes couleurs des coraux
et des minéraux sur le calcaire, allant du
bleu intense au turquoise.
Nous nous régalons de mets locaux à prédominance italienne et apprécions leur bière locale au petit goût de pomme, très rafraîchissante. Nous admirons les vignes près de Golden Bay, mais la chaleur nous dissuade de goûter leur cru. Nous faisons bombance de fruits et légumes au goût savoureux produits sur l’île. Les cultures sont très bien irriguées, comme en attestent les couleurs verdoyantes des jardins et plantations, mais nous ne pourrons percer le mystère de l’approvisionnement en eau.
Notre visite sur l’île de Gozo, après un petit voyage en ferry, nous apporte d’autres moments de tranquillité, avec son rythme de vie ralenti et son calme. Elle est aussi vallonnée que sa grande soeur, et Victoria, sa capitale à l’architecture typique du XVIIe siècle, nous offre du haut de sa citadelle une vue splendide de l’île à 360°.
Tous les soirs les autochtones font des grillades sur la plage de galets devant notre résidence – principalement des saucisses si l’on se fie aux senteurs exhalées. Le moment le plus intense vécu lors de notre séjour fut la messe célébrée en plein air, sur un petit espace de moins de 10 m2, sur le quai, où le curé officiait au milieu des statuettes, bougies et lampions, les fidèles apportant leur tabouret ou leur chaise; certains étaient même juchés sur une caisse ou sur un bateau en réparation.
Notre coeur fut pris dès les premiers regards posés sur ses champs morcelés inondés de soleil, sur les hauts murs protecteurs de ses habitations et de ses monuments. Je saisis mieux maintenant les raisons tant stratégiques que passionnelles qui ont animé les conquérants de Malte.
