Société

LE MONDE À L’HEURE DE LA MONDIALISATION,
OÙ VA L’HOMME?

Nous voilà à nouveau à
un tournant de notre
humanité.
Devant nous s’offre la
possibilité de restructurer
en profondeur la gestion
de nos richesses, de nos
matières, de nos désirs et
de nos ressources. Tout
ce que nous avons créé
est à l’image de ce que
nous sommes.
C’est ainsi que notre
monde repose sur des
rapports de force, en est-il
pour autant une illusion
ou une utopie? Ce monde
est-il moteur de joie, de
respect, de coopération, de
tolérance, d’union et de
partage sur notre planète?

NICOLAS-ÉMILIEN ROZEAU

La morosité est ambiante. Mauvaises nouvelles, idioties visuelles, laideur, violence et haine... Emportée par cet engrenage obscur, la population se crispe. Il est évident qu’être dans le déni et l’ignorance des facteurs géopolitiques qui nous conduisent au chaos dans une société de l’information telle que la nôtre n’est plus imaginable. Données, analyses, statistiques et ouvrages nous informent sur le comment et le pourquoi des explosions des bulles. Les causes majeures: déréglementation des marchés financiers, irresponsabilité des acteurs de surveillance, soif effrénée d’échanges commerciaux et de gains immédiats, spéculation sur les matières premières alimentaires, incapacité de freiner la surproduction, mutisme des gouvernants devant «une vérité qui dérange», apathie et indifférence de la population. Avec effroi, j’observe face à la démence de notre manière de consommer la démesure de nos réactions individuelles et collectives. La convergence de ces deux polarités est à l’origine de l’émergence de nouvelles formes de barbarie à l’intérieur même de nos demeures. Il se peut qu’en courant après un mieux être, nous ayons fini par acheter un mal être. Dans ce brouhaha d’agitations, où sont les voix qui nous parlent de justice, des réussites, des victoires et des nouvelles opportunités de cette mondialisation sous l’angle de vue d’une politique de solidarité et d’une cohésion sociale?

Ce cycle de raisonnement m’amène à penser à la manière dont des milliards de dollars et d’euros ont été injectés dans les organes malades de nos «grands individus», nos Etats. Force est de constater que les appareils politiques et administratifs de nos systèmes sont fatigués, aliénés et rouillés. La solution est de s’extraire de la méfiance et de travailler avec cohérence et persévérance sur l’interdépendance de nos stratégies d’ensemble interétatiques. L’unification du projet européen devant tant d’inégalités et de frustrations est un objectif fédérateur par excellence. Dès lors, notre avenir réside dans notre capacité à nous régénérer. Il nous appartient de nous réformer, refondre et maîtriser nos institutions gouvernementales et non-gouvernementales. L’application des lois internationales restant la clef de voute de l’édifice structurel mondial. Pour être dans l’efficacité opérationnelle, les rouages des outils et des instruments au service de l’humain ont le devoir de se fluidifier, de s’alléger et de s’humaniser pour se tourner face aux défis du XXIe siècle qui frappent à nos portes. Mais nous autres occidentaux qui avons été des cannibales et des prédateurs économiques vis-à-vis des pays du Sud, que pouvons-nous attendre de leur part maintenant? Maintenant que les rapports de force s’inversent et que le centre de gravité de l’économie mondiale se déplace vers l’Est, comment vont se comporter les pays de l’Asie et du Sud à notre égard? Vont-ils faire preuve de pitié et de compassion pour nos cultures en déclin, de vengeance ou de prédation face à nos systèmes sociétaux?

J’ai l’étrange impression que le «grand individu » vivote et chancèle comme un être schizophrène. Entouré de déclinologues, cerné par un catastrophisme ambiant et persécuté par un pessimisme de mauvais augure permanent, le cas de la France me paraît être emblématique du syndrome qui touche notre manière «occidentale» de nous définir. Elle est aussi symptomatique de la réforme de nos institutions multilatérales. La désinvolture mondiale du système financier néolibéral global face à la diversité des cultures a eu raison d’un grand nombre d’entreprises, de particuliers, de familles et de peuples. Sanction, culpabilité, acteur, assainissement, régulation, concession, répartition et renouveau, qui et comment? Une modernisation des disciplines systémiques sans transparence, ni célérité est une machinerie sans régulateurs, c’est-à-dire livrée à ses propres conflits d’intérêts. En demi-teinte, l’Europe et le monde rechignent à prendre des décisions pour se recentrer et coopérer autour de leurs connaissances transdisciplinaires. Les populations sont au désarroi face au rêve d’idéal, de jeunesse et de beau qui se brise avec cette énième crise. La population des pays «riches» est frustrée, exaspérée et inquiète. La population des pays «pauvres» est affamée, envieuse et en colère. Les déréglementations de notre monde sont telles qu’un seul individu peut être plus riche que plusieurs dizaines d’Etats les plus pauvres réunis. Notre monde mute vers une autre vision, une autre philosophie, vers d’autres rapports de force. Comment enrailler cette course folle lancée à toute vitesse qui finira par se retourner contre notre propre manière de penser le monde?

La France, quant à elle, cette patrie de contrastes, de beautés, de talents, de diversités, de langues, de savoir est confrontée à la difficulté de sa classe politique à s’unir et aller de l’avant ensemble pour le bien commun de ses citoyens. Dans la sphère politique où sont le rêve, l’espoir et l’esprit? Où est l’Homme? Il est l’heure de sortir du narcissisme, de l’idolâtrie et du prosélytisme pour créer une synergie du dialogue, de la contre-proposition, du pragmatisme et de l’échange intelligible entre les parties, les étiquettes et les groupes; constat d’un désengagement des responsabilités du local au national au profit d’une croyance d’impuissance vis-à-vis de la supranationalité. Une fois encore le cas de la France est emblématique d’un symptôme macro-étatique de la gestion de nos mondes et de notre planète. Pourtant, la culture est l’essence véritable de la nation et celle de l’Homme. Culture des pôles énergétiques tels que les traditions, l’artisanat, les sciences, l’agriculture, l’éducation, l’information, la langue, les arts, la nouveauté et la modernité. L’évolution d’un individu est liée à sa capacité de dialogue, d’adaptation et de fluidité dans l’absorption des changements, des mouvements internes et externes. Sans cette acceptation d’évolution, l’individu se meurt. Il se craquèle, se ronge de l’intérieur, met en danger son univers extérieur, perd sa vitalité et disparait. Il en a été ainsi des civilisations, comme des peuples et des « grands individus ».

En recherche de vérité, l’Etat-nation doit réapprivoiser dans ce nouveau contexte géostratégique ses ressources intellectuelles, environnementales, agricoles, diplomatiques, militaires, industrielles, technologiques, artistiques, culturelles et artisanales. Il doit surtout réapprendre à tisser un maillage d’économies locales solides et respectueux de sa terre pour ensuite aller à la rencontre du monde et partager avec lui. Une politique d’équilibre doit s’instaurer entre ses intérêts vitaux, sa réalité, sa sécurité économiques et ses idéaux universels. Il doit s’ouvrir au pluralisme culturel pour recevoir les flux et les échanges commerciaux dont il est à la fois le récepteur et l’émetteur. Son instinct, sa créativité, son goût du plaisir, son effervescence sont les atouts d’un monde qui prend le temps de jouir de l’existence. Un monde où l’homme reste le pivot central de l’édifice social.

L’élection du président des Etats-Unis, Barack Obama, en est un exemple probant. L’homme est porteur d’espoir, de lumière et de réussite. Il se bat pour les intérêts de son pays. Fédérer l’unité politique nationale et être l’acteur médiatique majeur au centre de la vie internationale composent son dessein. Energie difficilement quantifiable et pourtant véritable force motrice planétaire. Plus qu’un leader, une personnalité est née. Partout, chaque jour, sur tous les continents des personnalités naissent et prennent conscience du rôle de l’humanisation sociale du collectif entre un équilibre et une harmonisation du champ des possibles et de leurs contraires.

Nous voilà à un moment de notre histoire humaine où la conjonction de tous les paramètres qui ont fondé nos sociétés et nos civilisations peuvent être réévalués et réajustés simultanément pour le bien-être de tous. Il est temps de replacer l’Homme au coeur du débat mondial et des enjeux internationaux de notre siècle. In fine, à quand la prise de conscience où tous les politiciens assureront la conjonction des rythmes des mondes sociaux, économiques et financiers pour enfin être en équilibre avec le Tout? Aurons-nous au sein de nos Etats, de nos institutions et des Nations Unies la volonté de repenser les liens qui unissent les hommes entre eux et le courage d’agir en regardant le coeur de notre humanité?

 
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