UNEP

LIENS ENTRE ENVIRONNEMENT ET SANTÉ :

UNE ALLIANCE STRATÉGIQUE VISANT À ENCLENCHER LES MESURES PRATIQUES

ACHIM STEINER

« Reconnaître les liens entre la santé et l’environnement
peut motiver les responsables politiques à s’attaquer de
façon plus offensive aux causes profondes de
la dégradation de l’environnement, à préserver les
écosystèmes de notre planète et à assurer le bien-être et
une meilleure santé pour tous, dans les régions développées
comme dans les régions en développement »

ACHIM STEINER
DIRECTEUR EXÉCUTIF
PROGRAMME DES NATIONS UNIES POUR L’ENVIRONNEMENT (PNUE)
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La relation entre la santé et l’environnement a connu une nouvelle impulsion en 2009 sous l’effet des découvertes récentes sur les incidences des substances chimiques et de l’accumulation de preuves sur les effets des changements climatiques, notamment la propagation de maladies, telles que le paludisme.

Ce sont en partie les faits révélés par le Japon et les Etats-Unis sous la présidence italienne du G8 qui ont ravivé l’intérêt porté aux effets des substances chimiques sur la santé de l’homme.

Au Japon, le nombre de malformations congénitales, telles que le spina-bifida et le syndrome de Down, a doublé au cours des 25 dernières années et les cas d’altération du système immunitaire parmi les enfants de l’école maternelle au lycée ont triplé au cours des 20 dernières années.

Parallèlement, le taux d’obésité, qui aurait une relation avec le dérèglement des systèmes métabolique et hormonal chez les jeunes, a augmenté de 150 % en 30 ans et le nombre de naissances masculines a baissé depuis 1970.

Selon les experts, une large gamme de substances serait à l’origine du phénomène observé, qu’il s’agisse des produits synthétiques remplaçant les hormones féminines oestrogènes ou bloquant les hormones mâles androgènes, ou de l’exposition aux métaux lourds comme le mercure.

Un lien existe également avec le programme sur les changements climatiques puisqu’il apparaît de plus en plus clairement que certaines substances soupçonnées d’être dangereuses – connues sous le nom de polluants organiques persistants, tels que le DDT – sont rejetées une nouvelle fois dans l’environnement lors de la fonte des glaces de l’Arctique et des glaciers montagneux.

Le réchauffement des lacs peut également entraîner le rejet d’anciens dépôts de mercure enfermés dans les sédiments. Les relations entre la dégradation des écosystèmes et la réapparition d'anciennes maladies ou l’apparition de nouvelles maladies sont également de plus en plus évidentes. Dans l’Ouest du Kenya, les chercheurs ont mis en évidence le lien entre l’augmentation des cas de paludisme et le déboisement, qui réduit le nombre de prédateurs des moustiques, tels que les libellules et les scarabées, et crée de nouveaux habitats propices aux larves de moustiques.

Le virus Nipah est un exemple de nouvelle maladie humaine qui est apparue à la fin des années 1990. Les feux de forêt à Sumatra, conjugués au défrichement des forêts naturelles en Malaisie pour faire place aux plantations de palmiers, ont pu obliger les chauves-souris frugivores à se rapprocher des centres urbains, les mettant en contact avec les porcs qui sont à l’origine de la transmission du virus Nipah aux humains.

La restauration des habitats dégradés peut également engendrer d’importants avantages sur les plans de la santé et de l’environnement – la perte de zones humides repousse les oiseaux migrateurs vers les étangs artificiels et les rizières, ce qui favorise le contact avec les volailles domestiques et augmente les risques de propagation des virus aviaires.

La restauration des zones humides permettrait à la fois de réduire ce risque et d’augmenter le nombre de sites et de lieux de stockage et d’épuration de l’eau, utiles aux poissons et à d’autres éléments importants de la biodiversité.

Pour ce qui est des autres écosystèmes, tels que les forêts, la situation est analogue. Leur réhabilitation peut non seulement améliorer la santé publique en réduisant la propagation des maladies, mais aussi produire de multiples avantages au niveau de l’approvisionnement en eau, du stockage du carbone, de la stabilisation des sols et de la conservation des aliments sauvages et des ressources génétiques.

C’est pourquoi l’investissement dans les écosystèmes peut aider à réaliser les Objectifs du Millénaire pour le développement touchant à la santé, à l’environnement et en fin de compte à la réduction de la pauvreté.

L’adoption de mesures efficaces sur les liens entre l’environnement et la santé implique et nécessite un nouveau degré de connaissances et d’engagement vis-à-vis de ce cercle vertueux. Il nous faut traiter les causes profondes de la maladie plutôt que ses symptômes. Il nous faut également reconnaître que les changements réels ne se feront sentir que lorsque les politiques en matière de protection de l’environnement, de santé et de développement économique seront élaborées de façon conjointe plutôt que parallèle. Le partenariat entre le PNUE et l’Organisation mondiale de la santé, établi depuis dix ans, évolue rapidement pour tenir compte des résultats scientifiques relatifs à la santé de l’environnement et à la santé humaine.

Il s’agit notamment de mieux comprendre le rôle que peuvent jouer les écosystèmes sains sur la santé humaine, parallèlement à la science émergente dans des domaines touchant à d’autres risques environnementaux et aux possibilités d’adopter des mesures transformatives.

A ce jour, les processus régionaux impliquant les ministres de l’Environnement et de la Santé en Europe, en Amérique et en Asie ont été mis en place et ont déjà catalysé des discussions collectives et l’adoption de mesures au niveau national. En outre, le PNUE et l’OMS ont récemment conjointement organisé la première Conférence interministérielle sur la santé et l’environnement en Afrique, avec l’appui du gouvernement gabonais.

Cela a engendré la formation d’alliances stratégiques entre de nombreux ministères de la Santé et ministères de l’Environnement sur le continent, qui ont à leur tour stimulé la mise en place des réformes nécessaires sur les plans institutionnel, politique et de l’investissement, ainsi que l’élaboration de politiques sur la conservation des écosystèmes.

Le succès de ces initiatives reposera sur le développement des capacités au niveau national et sur la mobilisation d’un large éventail d’acteurs économiques. De nombreux arguments, d’ordre financier, social et environnemental, militent en faveur de la réduction de la pollution, de la lutte contre les changements climatiques et d’une gestion plus efficace et plus judicieuse des écosystèmes – la santé humaine, notamment celle des enfants, se dégage rapidement comme un nouvel argument de premier ordre.

 
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