ÉGYPTE:
BIEN ÉTRANGE DÉSERT BLANC
Tous les déserts sont bien différents. Certains sont rocailleux,
certains sont couverts de dunes de sable, d’autres sont composés
de massifs montagneux...
En plus du désert du Sinaï (UN Special de janvier 2009), l’Égypte
compte une autre étendue désertique, bien étrange et unique au
monde: le désert blanc.
Le désert blanc est l’une des curiosités du désert
libyque égyptien qui s’étend à l’ouest du
Nil jusqu’à la frontière libyenne, sur une distance
de 800 km. C’est l’un des déserts le plus aride de la planète. Le désert blanc, qui s’étale
sur 60 km de long et presque autant de large,
est situé entre les oasis de Bahariya et de Farafra.
L’oasis de Bahariya, à 365 km à l’ouest du
Caire, est l’une des cinq grandes oasis du
désert occidental en Égypte. Très peuplée,
l’oasis est riche en vestiges et de nombreuses
fouilles ont permis de mettre à jour plusieurs
nécropoles gréco-romaines. De nombreuses
sépultures, des sarcophages, des centaines de
momies, les restes d’une ville de l’Ancien
Empire et d’un temple construit par Alexandre
le Grand font la richesse de l’endroit.
Farafra, par contre, est la moins peuplée des
oasis avec seulement quatre mille habitants
dont une grande partie sont des bédouins et
des agriculteurs.
Nous laissons derrière nous Le Caire, ses embouteillages
et sa pollution. Dernier regard
sur les pyramides de Guizeh qui se profilent au loin. Direction plein ouest, l’aventure peut
commencer! Dans le désert, les nuits sont
froides. Accompagnés par Ahmed, spécialiste
du désert blanc de «Club Aventure», nous
faisons une halte dans un petit village bordant
la route pour nous approvisionner en
bois de chauffage. Point de départ de notre
treck, l’oasis de Bahariya sera rejointe en fin
d’après-midi. Pas de temps à perdre, l’appel
du désert est trop fort.
Avec le coucher du soleil, la craie éclatante
le jour s’est parée de rose fuschia et de
mauve. Absolument fabuleux, et d’entrée,
nous sommes conquis par ce désert blanc
dont les paysages lunaires vont nous émerveiller
de jour en jour. Au petit matin, la
roche arbore tout d’abord des tons pastel, allant
du bleu au rose tendre. Mais soudainement,
avec les premiers rayons de soleil, tout
se transforme en or... Sur fond d’un ciel bleu
limpide se détachent les silhouettes de craie
du désert blanc. Au fil des heures, la craie se
fera de plus en plus blanche, et telle la neige,
deviendra même aveuglante.
Ce désert blanc et ses curieux monolithes de
craie sont le fruit d’une longue histoire géologique.
A la fin de l’ère secondaire (crétacé), il y a
67 millions d’années, une mer peu profonde
recouvrait l’épaisse couche de grès qui composait
la région. Lors des 30 millions d’années
qui suivirent, 300 mètres d’épaisseur de craie
et de calcaire, plus massif, s’accumulèrent
sur les fonds marins. Il y a moins de 30 millions
d’années, l’englacement rapide de l’Atlantique
provoqua l’abaissement général du
niveau des océans. C’est alors que la mer
qui recouvrait la région se retira.
Les étonnantes sculptures actuelles des
roches du désert blanc sont le résultat de
l’érosion. Trois facteurs prédominents: l’eau,
le vent et la thermoclastie (processus de désagrégation
physique des roches résultant des
écarts thermiques entre le jour et la nuit).
Extrêmement tendre et poreuse, la craie a été
façonnée tout d’abord par l’eau, lors des
pluies diluviennes et des passages de la mer,
ensuite par les vents dominants (nord-ouest)
provenant de la grande mer de sable, ce qui
explique le dépôt sablonneux actuel et l’existence
des yardangs (petites collines profilées
et découpées). Enfin, les roches de craie
feuilletées, identiques aux falaises d’Étretat
(en France, près du Havre), ont été sculptées
par la thermoclastie. De surprenantes formations
calcaires érodées dessinent des figures
tel un animal, un visage, un champignon
géant ou une meringue. On croirait
presque l’oeuvre d’un artiste.
Au crépuscule, lorsque le soleil couchant
enflamme la craie, c’est tout simplement magique.
Quand il fait nuit, les rochers deviennent
luminescents sous les étoiles.
Aujourd’hui encore, on trouve sur les
couches de calcaire des dépôts marins: mollusques,
crustacés, poissons, récifs coralliens...
fossilisés.
Au milieu du sable et des plaques de calcaire,
des minéraux noirs aux formes les plus diverses
(rondes, allongées, en étoile...) parsèment
le sol. Ce sont des sulfures et des
oxydes de fer qui se sont développés dans la
boue crayeuse. On les appelle marcassite, pyrite
et hématite.
Dernière curiosité avant de rejoindre l’oasis
de Farafra et sa fameuse source d’eau
chaude, une colline qui scintille au soleil.
Comme si nous n’avions pas été assez gâtés
durant notre immersion dans ce désert blanc,
nous nous retrouvons dans un autre monde
minéral, bien différent, composé de calcite et
de silex... Arrêtez, c’est trop!
De par sa composition, le désert blanc est un
espace naturel extrêmement fragile qu’il faut
absolument protéger. Il est d’ailleurs question
de le classer en parc national.

