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ESCAPADE EN PAYS CATHARE

Le Sud-Ouest de la France cache, sous ses airs bucoliques, un lourd passé
historique. Les citadelles royales en Languedoc datent du XIIIe siècle.
Mentionnées sous le terme de « châteaux cathares » par le tourisme
contemporain, elles furent édifiées par le roi de France à la frontière sud
de ses domaines sur les ruines des petits castra – bourgades fortifiées –
susceptibles d’avoir abrité des adeptes du catharisme durant la Croisade
contre les Albigeois.

JOELLE MENETREY, OMS

Nos pas nous guident tout d’abord au sudouest de Narbonne, dans le massif des Corbières, vers l’Abbaye de Fontfroide construite à la fin du XIe siècle.
D’abord Bénédictine, Fontfroide fut affiliée à l’Ordre de Cîteaux en 1145. Les moines de l’abbaye furent d’ardents défenseurs de l’orthodoxie catholique face aux hérétiques durant la Croisade. Au XIVe siècle, la peste ravage la contrée et l’Abbaye connaît dès lors un long déclin au plan religieux. Elle tombe en commende jusqu’en 1791, départ du dernier moine. L’abbaye appartient alors aux hospices de Narbonne, puis à un privé. De 1858 à 1901, une communauté cistercienne s’implante à Fontfroide. Sa destinée est enfin scellée en 1908 en devenant à nouveau propriété privée. Elle a perdu aujourd’hui sa vie monastique, mais des visites et des manifestations perpétuent l’histoire de ce haut lieu.

Le château de Fontcouverte – minuscule village entouré de vignobles des Corbières – abrite notre première nuit dans cette région chargée d’histoire, et le lever du soleil sur les vignes nous invite à poursuivre notre route vers la cité médiévale de Carcassonne.

Agglomération fortifiée de l’Age du Fer (Oppidum), Carcassonne devint une ville romaine au Ier siècle avant notre ère. Le Vicomte Trencavel en fait l’acquisition au XIe siècle. Lorsque la croisade contre les Albigeois prend fin, de nouvelles fortifications sont érigées et la cité représente alors le pouvoir royal sur la ligne de démarcation entre la France et l’Aragon. Elle perd son rôle stratégique suite au Traité des Pyrénées, en 1659. Le XIXe siècle marque le début de sa restauration, confiée par le Service des Monuments historiques à Eugène Viollet-le-Duc qui lui redonne son apparence passée.

Notre but étant d’allier quête de l’Histoire et découverte du Languedoc-Roussillon et de ce « produit du terroir » qui fait la réputation du Massif des Corbières, nous faisons une halte chez un viticulteur qui produit de la blanquette de Limoux selon la méthode traditionnelle, et nous écoutons assidûment les détails de toutes les phases nécessaires à l’élaboration de ce breuvage avant d’avoir droit, enfin, à une dégustation!

Puis départ pour une visite-éclair à Rennes le Château, petit bourg perché sur un promontoire rocheux. On y accède par une route sinueuse; ses ruelles étroites furent le témoin d’un mystère : avec quels moyens le curé Bérenger Saunière entreprit-il des travaux pour plusieurs millions de francs, en 1891? Découvrit-il un trésor? Comment érigea-t-il sa fortune? Sa servante-maîtresse hérita de ses biens et de ses terres, mais ne fit jamais aucune révélation.

Nous méditons tandis que le paysage défile. Que la distance paraît courte quand l’esprit s’envole ! Nous arrivons déjà à destination de la prochaine citadelle.

Après une petite grimpée, nous découvrons l’un des plus remarquables modèles d’architecture militaire du Moyen Age, le château de Peyrepertuse, dont l’ampleur des ruines dénote de la qualité de sa construction. Composé principalement de trois enceintes successives, l’ensemble avoisine 300 m de longueur. Devenu place-forte française en 1240, le Traité de Corbeil confirma son rôle stratégique en l’érigeant forteresse-frontière à partir de 1258.

Nous atteignons la courtine méridionale. Le point de vue qui s’ouvre à nous depuis la tour nous saisit. A nos yeux se dévoile l’enceinte basse, limitée par une courtine septentrionale flanquée de deux tours semi-circulaires et se terminant côté Est par une tour triangulaire, dans un écrin de verdure où monts et vallons se succèdent. Nous nous arrachons difficilement à cette vue à couper le souffle.

Saint-Paul-de-Fenouillet marque notre étape et la nuit nous surprend à bavarder encore des émotions ressenties au cours de ces deux journées. Le petit-déjeuner apporte une grande joie pour le palais: nous dégustons des « croquants » - ou biscottins – biscuits secs issus d’une recette ancestrale perpétrée par les habitants de Saint-Paul. A Pentecôte, ils échangeaient les recettes autour du four communal. L’ingrédient principal en est l’amande – récoltée dans le Haut Fenouillèdes. Petit arrêt obligé dans la fabrique artisanale du village et nous voilà parés pour la route qui nous mène aux Gorges de Galamus, site naturel classé et protégé s’étendant sur 2 km.

Les grottes calcaires qui percent les parois vertigineuses des gorges de Galamus furent certainement le premier lieu habité de Saint-Paul. La route étroite et sinueuse domine le cours de l’Agly, torrent grondant et bouillonnant idéal pour le canyoning. A l’entrée des gorges, nous empruntons un chemin à flanc de roche qui mène à l’ermitage Saint-Antoine de Galamus, grotte accrochée à la falaise aménagée par un moine venu s’exiler. Cet ermitage a été classé monument historique en 1927.

Après une flânerie de deux heures à épier les oiseaux nichés dans les fentes de roche, découvrir les variétés d’arbustes et de plantes accrochées en aplomb de l’Agly ou suivre les ondulations argentées des poissons dans les eaux plus calmes de la sortie des gorges, notre soif de découverte reprend ses droits et la route nous attire vers Cucugnan – village rendu célèbre par la nouvelle tirée des Lettres de mon moulin d’Alphonse Daudet, Le curé de Cucugnan, traduite du conte de Roumanille – et le château de Quéribus qui surplombe ce village.

Quéribus – nid d’aigle construit à 728 mètres d’altitude sur un étroit piton rocheux dominant Corbières, Fenouillèdes et Plaine du Roussillon – fut mentionné pour la première fois en 1020. Propriété du Comte de Bésalù entré sous domination du futur Roi d’Aragon, le Comte de Barcelone, il devint le gardien du nord de l’Aragon. Lors de la Croisade, il abrite des religieux cathares, dont Benoît de Termes, diacre du Rayès, qui s’y réfugie et y meurt en 1241. Dernier bastion à tomber aux mains des croisés français en 1255, il a été classé monument historique en 1907.

Puilhaurens, Aguilar et Termes qui, avec Quéribus et Peyrepertuse, furent appelés « les cinq fils de carcassonne », ont été bien moins préservés de l’outrage des hommes et du temps.Ainsi s’achève donc notre visite en pays cathare, contraste déroutant entre la force de l’Histoire qui émane de ces vieilles pierres et l’aspect champêtre, tranquille des paysages environnants, des villages et hameaux paisibles à l’architecture typique.

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